VIII
Pompée 1. César, contre lequel il avait fomenté une émeute à Alexandrie, le fit mettre à mort.
D'ailleurs, le vainqueur des Gaules n'aimait guère les gens de cette espèce, depuis qu'un autre eunuque, Ganymède, ayant réussi à le couper de ses communications, l'avait tenu quelque temps assiégé dans Alexandrie. Certains ont prétendu que ce même Ganymède n'était eunuque qu'à demi, et qu'il obtint les faveurs de là plus jeune fille du roi.
Au ix° siècle, un eunuque nègre, nommé Kafour,à qui le roi x\bou-Bekr avait confié le soin d'élever ses enfants, profita de cette circonstance pour s'emparer du trône à la mort de son souverain. Il gouverna l'Egypte pendant vingt ans et protégea les belleslettres. Le célèbre poète Motenabbi a écrit des poésies en son honneur.
L'activité des eunuques ne s'est du reste pas bornée à la politique ou à l'art militaire. On a dit que Favorinus, le brillant sophiste gaulois de la fin du i^"" siècle, était châtré. En réalité il devait être cryptorchide ou peut-être hermaphrodite. Sa face imberbe et sa voix aux notes aiguës le rendaient tant soit peu ridicule dans un temps où les philosophes affectaient de porter la barbe longue, et s'étudiaient à user d'un débit imposant et viril. Néanmoins, son intelligence vive, son scepticisme éclairé le firent connaître, et ses œuvres, que le temps n'a pas entièrement dispersées, ne se ressentent en rien de l'in-
1. Plutarq, Pom/?ee, 77. — Appicn, Bell, civil, Il 84. — Csesar' III, 108.
jusle disgrâce que lui avait imposée la nature. Encore cette disgrâce ne suffit-elle pas toujoLirs à le mettre à l'abri de certains soupçons, car il disait volontiers, en manière de plaisanterie : « Il est trois choses dont je m'étonne: Gaulois, de parler si bien le grec; eunuque, d'avoir été accusé d'adultère ; adversaire de l'empereur, d'être encore en vie ^ »
Au xvi« siècle, quelques eunuques surent également moissonner sur les champs de bataille des lauriers glorieux. Ce fut d'abord un renégat italien mutilé par les infidèles, Hassan- Agha, qui devint dey d'Alger et défendit vaillamment la ville contre Charles-Quint. Disons toutefois qu'une providentielle tempête vint opportunément au secours de Feunuque, et anéantit une partie de la flotte. Charles-Quint lui-même faillit périr dans le désastre.
Plus connu encore est Ali (fig. 12), général qui commandait l'armée de Soliman II, lors de l'invasion de la Hongrie par les Turcs en 1556. L'historien de Thou rapporte un mot du valeureux castrat auquel un courrier venait apprendre qu'une ville était tombée aux mains des chrétiens : « Insensé I dit tout à coup le général au courrier qui se lamentait, de quoi me parles-tu ? De quelle fâcheuse nouvelle viens-tu m'entretenir ? Voilà, ajouta-t-il en montrant la place de sa mutilation, voilà ce qui est une perte vraiment déplorable pour moi, puisqu'elle m'a privé de ce qui me faisait homme ! »
Vers la même époque, en Perse, sous la dynastie sévéfie, les eunuques jouirent d'une influence considérable. Un surtout, Sarou-Taki-Khan Mirza, qui