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FiG. 13. — Abélard (Gab. des Estampes),
se laisse enlever et conduire en Bretagne auprès de la sœur d'Abélard, Denyse. Là, elle met au monde un fils.
Ces événements inattendus ont enfin tiré le chanoine de sa trop confiante quiétude. Il pleure, il menace : Abélard, touché de sa douleur, s'offre à épouser Héloïse, mais à la condition que cette union soit tenue secrète, car le mariage était regardé à cette époque comme indigne de l'état philosophique et des graves méditations qu'il comporte.
Cependant l'amante héroïque refuse de compromettre à ce prix l'avenir et la gloire réservés à celui qu'elle aime. Par des raisons admirables de désintéressement et de tendresse, elle lui représente que les hommes de génie n'ont que faire de s'embarrasser d'une famille, qu' Abélard doit l'abandonner à son triste destin et se consacrer tout entier à son idéal de science et de philosophie. La tendresse virile du moine sait réduire à néant ce magnanime sacrifice et tous deux regagnent Paris où, après une nuit passée en prières, un prêtre bénit leur union au pied des autels. Désormais les époux ne devaient se voir qu'à de rares intervalles, mystérieusement, afin que nul ne soupçonnât jamais ce qui s'était passé.
Mais les événements se précipitent: au mépris de la discrétion promise, Fulbert s'empresse de tout divulguer, soulevant ainsi les protestations d'Héloïse qui se réfugie au couvent d'Argenteuil pour se dérober au ressentiment du chanoine. Ce dernier, ne voyant là qu'un expédient d'Abélard pour se débarrasser définitivement de sa femme, forme aussitôt le projet de punir ce qu'il croit être une trahison. 11 gagne à sa cause un serviteur d'Abélard, il s'assure le con-
cours de quelques parents, et certaine nuit le moine, saisi, ligotté, mis dans l'impossibilité absolue de se défendre, est atrocement mutilé par les misérables. L'inconsolable Héloïse, à la suite de ce drame, prit définitivement le voile au couvent d'Argenteuii, qui lui avait donné asile. Son époux se retira alors à l'abbaye de Saint-Denis où, quelques mois plus tard, les clercs vinrent en foule le solliciter de reprendre son enseignement interrompu de manière si tragique.