‹ Les eunuques à travers les âgesChapitre 78 sur 102 · E. Godard. Egypie et Palestine, Paris · texte numérisé non relu

E. Godard. Egypie et Palestine, Paris

2. On a observé chez certains individus un trouble particulier de la voix parlée, qu'on a désigné de voix eunuchoïde, caractérisé par une exagération d'une octave environ sur le timbre habituel de la voix normale. Ce n'est pas là le résultat d^un trouble de croissance ou d'un défaut organique des organes laryngés ou génitaux; c'est un trouble fonctionnel dans l'émission et la pose de la voix qui se rattache au phénomène de la mue. Il existe alors une véritable contracture des cordes vocales que l'on peut également constater sous l'influence de fatigue, de surmenage oratoire.

« Cette manière de parler, aussi désagréable que ridicule disparait en quelques jours d'exercices phonateurs bien con-

Du reste, cette anomalie de développement était connue des anciens, et voici quelle explication Aristote en donnait : « Tous les animaux, quand on les châtre, changent et ils inclinent à la nature féminine ; comme la force nerveuse qui est dans le principe vient à se détendre, ils prennent une voix pareille à celle des femelles. Ce relâchement se produit alors comme il se produit dans la corde qu'on a d'abord tendue, et à laquelle on ôte le poids mis pour la tendre. On sait que c'est là ce que font les tisserands ; ils tendent la chaîne qu'ils travaillent en y accrochant des pierres qu'on appelle des laïes. C'est de la même manière que les testicules sont naturellement suspendus, relativement aux canaux spermatiques ; et ces vaisseaux dépendent de la veine qui va du cœur à l'organe même qui met la voix en mouvement. Aussi, quand les canaux spermatiques viennent à changer, vers Vàge où ils commencent à pouvoir sécréter le sperme, cet organe change en même temps. Avec le changement de cet organe survient celui de la voix. La voix devient alors ce que quelques naturalistes appellent la voix de bouc, quand elle devient rauque et inégale. A la suite de ce changement, les progrès de l'âge développent et constituent la voix grave ou la voix aiguë. Quand les testicules sont enlevés, la tension des canaux se relâche, à peu près comme la corde et la chaîne se détendent quand on retire le poids. De môme cet organe étant détendu, le principe qui

duits, et chose curieuse, ce n'est pas une voix de ténor que les sujets retrouvent, mais le plus souvent une voix de baryton et quelquefois même de basse. » (Ghéroin, Soc Méd. Chir., nov.

met la voix en mouvement se trouve relâché dans la même proportion *. »

Mais laissons Aristote et cette physiologie toute primitive. Ce que l'on constate, c'est que la voix de l'eunuque reste infantile : elle ne tombe pas d'une octave à l'époque de la puberté comme chez l'homme normal. De plus le registre vocal acquiert généralement plus d'étendue et son ampleur devient considérable. Cette particularité si marquante devait assurer aux eunuques une place considérable dans l'histoire du chant.

A l'époque du Bas-Empire romain, les castrats étaient déjà admis, en qualité de chanteurs, dans les édifices religieux, où les femmes ne|pouvaient faire entendre leur voix, conformément à la parole de saint Paul qui voulait que la femme se tût à l'église. Une partie des chantres de la chapelle impériale était donc recrutée parmi les castrats.

Macrobe, dans ses Saturnales, fait mention de ces chanteurs mutilés et l'historien Sozomène ^ rapporte qu'un eunuque du nom de Brisôn, homme de confiance de l'impératrice Eudoxie, fut chargé d'organiser des chœurs de fidèles orthodoxes, et de diriger l'exécution des hymnes que saint Jean Chrysostome se réjouissait d'opposer aux réunions chorales des Ariens. Ces manifestations musicales n'allèrent pas sans entraîner quelques désordres, et au cours d'une bagarre entre hérésiarques et fidèles, Brisôn reçut une pierre à la tête. Les chœurs des Ariens furent alors interdits, mais leurs adversaires purent continuer ces pieux exercices.

i. Arist. Gêner. Anim., V, vi § 12.

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