‹ Les eunuques à travers les âgesChapitre 88 sur 102 · J LES EUNUQUES · texte numérisé non relu

J LES EUNUQUES

y a plus de deux siècles, n'a pas cessé d'être vrai.

Dans la rue, toutes ces femmes se ressemblent, couvertes d'un grand manteau bleu — le ichader — qui les enveloppe entièrement, et la tête dissimulée sous le roubend, pièce d'étoffe blanche fixée en arrière, et dont on a effilé quelque peu la trame à hauteur des yeux et de la bouche, pour leur permettre d'y voir clair et de respirer.

Les eunuques, qui ne les quittent pas plus que leur ombre, annoncent à grands cris leur approche, et chacun sur leur passage, de se retourner avec discrétion ou de gagner une rue avoisinante. Nul ne se soucie d'éprouver le zèle de ces farouches gardiens et de faire plus ample connaissance avec les longs bâtons flexibles dont ils sont armés.

Toutes ces précautions qui ne visent qu'à rendre, bon gré mal gré, les femmes fidèles, tombent, là comme ailleurs, devant la vénalité de l'eunuque. Celui-ci ne sait pas toujours résister à l'offre séduisante d'un châle somptueux ou d'une bourse bien garnie et le mari persan n'est pas, en définitive moins désarmé qu'un autre devant le fâcheux accident tant redouté de sa jalousie proverbiale. « Ne citet-on pas telle princesse qui n'a dû qu'au sang qui coulait dans ses veines d'être sauvée des effets de la colère du maître, après exécution sommaire de son complice; et telle autre, de moins noble origine, qui a failli périr, quand sa grossesse, inexpliquée, a été connue * ? »

Ainsi donc le bon ordre conjugal et la sécurité de chacun dans cette société ne reposent que sur le

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