‹ Les eunuques à travers les âgesChapitre 9 sur 102 · Arnob. Adv. gent., V · texte numérisé non relu

Arnob. Adv. gent., V

cédaient aux cérémonies sauvages que nous venons de décrire des fêtes de joie, hilaria^ où l'on glorifiait la résurrection et l'apothéose du dieu, et durant lesquelles le phallus était promené triomphalemen à travers les villes K Ces fêtes clôturaient la célébration des mystères de la Grande Déesse.

Celle-ci était également vénérée en Syrie sous le nom de Déesse syrienne. Ses prêtres étaient aussi des eunuques, et s'il faut en croire la légende, le premier de ces prêtres ou galles aurait été un certain Combabus, qui alla mourir à Hiérapolis, où la dévotion des fidèles lui éleva une statue de bronze.

Lucien, ou l'auteur anonyme de la Déesse Syrienne^ rapporte certaine mésaventure survenue à Combabus, au temps de sa jeunesse, mésaventure dont il fut d'ailleurs- la victime volontaire, mais qui décida de sa vocation.

Ce Combabus, jeune Syrien d'une beauté remarquable, avait reçu de son roi,Antiochus P%la mission d'accompagner dans un voyage la reine Stratonice. Elle se rendait à Hiérapolis, pour y édifier un temple à Junon, ainsi que l'ordre lui en avait été donné en songe.

Or, comme il redoutait les suites funestes d'une médisance, et dans la crainte qu'on le soupçonnât de vouloir s'attirer les faveurs de la reine, le jeune homme résolut de se castrer avant le départ. Lors-

1. « C'usL toujours après un événement funeste et malheureux que le phallus paraît publiquement et reçoit des hommages divins, parce que c'est après les frimas et la stérilité de la nature végétante que le soleil paraît et répand partout la vigueur et la fécondité. »

(Dulaure, loc. cit.)

LES RELIGIONS ET l'eUNUCHISME 23

qu'il eut mis à exécution son dessein, il enferma ces tristes dépouilles dans un coffret ; puis il pria le roi de le garder jusqu'à son retour, lui confiant, disaitil, « ce qu'il avait de plus précieux au monde ».

L'événement se chargea de justifier la précaution prise ; mais comme il s'était mis en garde contre toutes les calomnies, il n'eut pas de peine à confondre ses accusateurs et Antiochus le combla d'honneurs et de présents.

Les amis de Combabus, désirant complaire, eux aussi, à l'infortune du favori, se prêtèrent de leur plein gré à une opération identique, dans l'espoir que la communauté de leur infortune atténuerait en lui le regret d'une perte irréparable.

Par la suite, cette coutume subsista et chaque année, dans le temple élevé par Stratonice, un certain nombre déjeunes hommes accomplissaient sur euxmêmes l'atroce mutilation, en l'honneur de Combabus, ou en l'honneur de la déesse ^

Ce jour-là correspondait à la « journée sanglante » du culte phrygien. « Bon nombre de gens, raconte Lucien, qui n'étaient venus que pour voir, se laissent aller à ce que je vais dire. Le jeune homme décidé au sacrifice de sa virilité jette bas ses vêtements, s'avance au milieu de l'assemblée en poussant de grands cris, saisit un glaive réservé, je crois, pour cet usage, depuis de longues années, se châtre lui-même et court par toute la ville, tenant en main ce qu'il a coupé. La maison, quelle qu'elle soit, où il jette ce

1. De cette légende on peut rapprocher un conte égyptien, l'histoire de BiLtiou qui se mutila par dépit d'avoir été accusé faussement d'adultère par la femme de son frère. (Maspéro, Contes popul. de VÉgypte ancienne.)

qu'il tenait est Ifenue à lui fournir des vêtements de femme. »

PrimiLivement, l'opération à laquelle se soumettaient les adorateurs de Cybèle s'effectuait, soit au moyen d'un simple fragment de vase brisé, d'un tesson de poterie de l'île de Samos, samia testa ; soit, le plus souvent, à l'aide de couteaux de terre cuite, fabriqués également dans cette île «dont les souvenirs mythologiques avaient entouré de respect les instruments provenant de son industrie locale. » Au dire de Pline, cette terre de Samos qui était utilisée, intus et extra, dans un grand nombre de maladies, était la seule qui dût servir à la fabrication des couteaux consacrés au culte. Elle seule garantissait l'innocuité de l'opération : nec aliter citra pernicieni.

La mutilation consistait, s'il faut en croire certains auteurs, en une émasculation totale. La loi religieuse, en effet, enseignait que Cybèle exigeait la pureté intégrale de ses chastes amants : c'est dire que la mutilation qui caractérisait chez les Romains les spadones, auxquels on enlevait les testicules, à l'exclusion de la verge, n'eût pas parue, à juste titre, être une garantie suffisante de la chasteté des Galles ^

Cette appellation, sous laquelle étaient désignés les prêtres de la grande déesse, passait pour venir du nom du fleuve phrygien Gallus : d'après Pline, l'absorption immodérée de cette eau fluviale rendait

1. Le titre d'archigalle^ que l'on trouve pour la première fois dans Pline l'Ancien, servait à désigner le grand-prêtre à qui étaitconfiée la haute direction du culte d'Atys et de Cybèle sur tout le territoire d'une ville (fig. 3).

dément; et Pon peut bien tenir pour une folie la castration volontaire.

Mais bien d'autres étymologies, également douteuses, ont été proposées : suivant Bergmann, ils tire-

FiG. 3. — Un archigalle (Bas-relief du muséo du Gapitole). De la main gauche, le personnage tient un panier de fruits, parmi lesquels la pohime de pin, chère à Cybèle, Au-dessus se trouve le fouet garni d'osselets, avec lequel les Galles se donnaient la discipline ; enfin, les attributs ordinaires du culte, les cymbales, le tympanon, les flûtes.

raient leur nom du grand usage qu'ils faisaient, dans leurs cérémonies, de cantiques sacrés et de chants (gallusj coq). Quelques auteurs ont essayé d'établir l'existence d'un mot phrygien qui aurait eu le sens de : prophète. D'autres rattachent le nom de Galle à une racine sémitique, et croient qu'il désignait des prêtres tourneurs. D'autres enfin, s'appuyant sur l'emploi fréquent de ce terme chez les Anciens pour désigner les eunuques, ont supposé qu'il devait signifier par lui-même castrat.

L'aspect déjà efféminé de ces prêtres eunuques s'aggravait encore du port d'un costume féminin : longue tunique blanche bariolée d'étroites bandes rouges qu'une ceinture assujettissait à la taille, ou surplis transparent de couleur jaune.

Le front ceint d'une tiare ou d'un large bandeau, à la mode orientale, ils laissaient croître leur chevelure pour l'offrir chaque année en sacrifice à la déesse. Il semble qu'ils se soient livrés également à d'autres actes d'ascétisme, tels que l'abstinence de certains aliments, le pain en particulier ^ Ils pratiquaient aussi la flagellation au moyen d'une discipline faite de cordes garnies d'osselets ^

Au temps de Périclès, la déesse phrygienne avait obtenu droit de cité en Attique, et les Athéniens lui avaient édifié un temple. Cependant si les Grecs lui donnèrent asile, ils repoussèrent presque toujours avec horreur les sanglantes pratiques que comportait en Asie le culte de cette divinité.

Lorsqu'en 415 avant Jésus-Christ, peu de temps

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