‹ Les eunuques à travers les âgesChapitre 93 sur 102 · llondcl. Les auto mvlilaleurs · texte numérisé non relu

llondcl. Les auto mvlilaleurs

volontaires tendant à une amputation (arrêt de la Cour de cassation du 1^^ sept. 1814). L'amputation de la verge, à l'exclusion des testicules, serait donc suffisante pour constituer le crime. En un mot, la loi vise toute mutilation des organes sexuels ayant pour résultat d'entraver la fécondité. « C'est la virilité que la loi a voulu protéger. » (Tardieu).

La tentative en elle-même est passible de la même peine que le crime accompli (C pén.,art. 2) et celuici ne rencontrera d'indulgence devant la loi que s'il a été immédiatement provoqué par un outrage violent à la pudeur, auquel cas il sera considéré comme meurtre ou blessures excusables (G. pén., art. 325). En cas de viol, par exemple, le crime cesserait d'être punissable (Dr. com. de Part. 328).

Mais que faut-il comprendre sous cette désignation d'outrage violent à la pudeur? L'excuse ne saurait exister en effet s'il était possible à la victime de l'attentat de le repousser par d'autres moyens que la castration. Encore faut-il reconnaître que les juges auront toujours à faire la part de la colère, de l'indignation ou du trouble de la victime.

En outre, l'excuse de l'article 325 peut-elle s'appliquer à des tiers? La loi romaine étendait l'excuse aux parents du mutilé. De nos jours, on admet que les témoins de l'outrage, effectuant la castration immédiatement et pour le punir, doivent être déclarés excusables. C'est assez dire que l'excuse ne saurait être admise au cas de complot prémédité en vue de la mutilation.

Ainsi que nous l'avons dit, la castration, dans nos

pays du moins, a presque complètement disparu des mœurs criminelles. Elle ne relève plus guère aujourd'hui que du fanatisme religieux ou encore de la folie mystique et des autres formes de l'aliénation mentale.

Les déments imaginent les prétextes les plus invraisemblables pour justifier à leurs propres yeux Fattentat commis sur eux-mêmes. Un paralytique général, dont Snell rapporte l'histoire, exprimait son désir d'épouser neuf cents femmes ; un jour, il tenta de se couper la verge en quatre, non pas, disait-il, dans le but de se faire du mal, mais afin d'augmenter une puissance virile déjà extrême.

Brachet cite d'autre part le cas d'un Italien enfermé pour une maladie délirante, qui se castra «pour changer de sexe. Le spectacle de plusieurs autres malades internés avec lui et qui se livraient avec fureur à la masturbation lui avait suggéré l'idée de cette métamorphose : « Que de semence perdue I avait-il pensé. Combien une femme ici ferait bien ses affaires ! Si j'étais femme, ce serait moi qui profiterais de tout cela I »

Un autre paralytique général, observé par Garnier, fut amené un jour à l'Infirmerie spéciale. 11 avait tenté de s'enlever les testicules au moyen d'un mauvais couteau afin de montrer que chez lui « la puissance virile était telle que la glande testiculaire n'était point nécessaire à la procréation ». Enfin le même auteur rapporte qu'un garçon de magasin chercha à se couper les testicules par simple curiosité, « pour voir ce qu'il y avait dedans ».

Démence sénile, paralysie générale, alcoolisme chronique, mélancolie, tels sont les états psychiques

morbides qui engendrent ces conceptions délirantes aboutissant à Tauto-mutilation.

. Le poète Lucilius parle d'un fou qui se castra pour se venger des infidélités de sa femme : « Dès qu'il a résolu de la punir et de tirer vengeance de ses méfaits, notre homme prend un tesson deSamos; il se coupe la verge et du même coup s'abat les deux testicules ^ » Vengeance imbécile, déclare le poète, qui ajoute que pour son propre compte il préférerait se défaire de sa femme plutôt que de se castrer.

Un cas à peu près semblable est rapporté dans les Facéties du Pogge ^. Dupuytren cite également un homme qui se maria, déjà âgé, à une femme jeune et légère, et qui, un beau jour, tenta de se donner la mort en s'amputant complètement les testicules. Le même fait a été signalé par Pick à propos d'un vieillard qui se trouvait dans Timpossibilité de remplir ses devoirs conjugaux.

Tous ces faits concernent des hypochondriaques devenus tels, soit du fait de leur impuissance, soit en raison de l'inconduite de leur compagne. « On ne conçoit guère, dit à ce sujet Dupuytren, par quelle aberration de jugement un malheureux jaloux se prive volontairement des organes de la virilité. Il y

1. « Ha,nc iihi viilt maie habere, iilcisci pro scelere ejus,

Testam siimit homo Samiam, sîbiqiie illico telo Prsecidit caulem, teslesque iina amputabat amho. »

2, « Certain habitant de la ville de Gobbio, nommé Giovanni, jaloux à l'excès, se demandait comment faire pour savoir à coup sûr si sa femme s'abandonnait à quelque autre Par une ruse longuement méditée et bien digne d'un jaloux, il se châtra de ses propres mains : « A présent, dit-il, si ma femme devient grosse, elle ne pourra pas nierl'adultère. »(Lcs Facéties de Pogge Florentin.)

a dans cette étrange résolution un mystère du cœur humain fait pour exciter la sagacité des moralistes. Serait-ce une affaire d'amour-propre blessé ? Serait-ce une punition volontaire infligée par le remords et acceptée pour expier des fautes qu'un cerveau affaibli s'exagère ? Nous abandonnons cet examen aux psychologistes. »

Ajoutons que, la plupart du temps, le mélancolique se mutile dans l'espoir que ses blessures entraîneront la mort, en vertu d'une croyance populaire qui veut que l'excision des parties sexuelles soit fatalement mortelle.

Les auto-mutilations répondent encore parfois à des perversions sexuelles plus ou moins singulières. Ces faits s'observent chez certains individus qui s'inspirent sans doute de cette formule que « la grande douleur est sœur de l'extrême volupté », et qui se mutilent dans un but erotique, afin de se procurer des jouissances nouvelles ou de réveiller leurs sens endormis.

A ce point de vue, l'histoire de Gabriel Gallien, ce berger solitaire qui se fendit peu à peu, longitudinalement, les corps caverneux, restera un exemple topique '. Ces cas, du reste, sont exceptionnels;

1. « Depuis l'âge de quinze ans jusqu'à vingt-six, il répète l'acte onanistique plus de huit fois par jour, n'éjaculant souvent qu'un sperme rougi par le sang. Il se met ensuite pendant seize années à titiller son urèthre avec un bâtonnet. La sensibilité s'émousse ! il arme sa main d'un couteau, incise son gland suivant le trajet uréthral, et comme une sensation voluptueuse en est la conséquence, il recommence cette opération des centaines de fois, jusqu'à ce qu'il ait divisé son canal jusqu'au pubis. Il reprend alors son bâtonnet pour exciter voluptueusement les orifices éjaculateurs, pendant dix ans

ils ont trait à des individus auxquels on pourrait réserver assez exactement la dénomination de sadi^ ques intervertis. C'est en effet en s'infligeant à euxmêmes des souffrances atroces qu'ils décuplent la volupté du spasme vénérien, à rencontre du sadique dont la lubricité ne se repaît qu'au spectacle des souffrances subies par autrui.

Nous avons cité tous ces cas d'auto-mutilation à titre de simple curiosité médicale ; ils ne sont d'ailleurs qu'une variété de la monomanie du suicide, laquelle ne saurait tomber sous le coup de la loi. Le Code par conséquent les ignore, mais en revanche il estime que l'épithète d' « eunuque » constitue une injure qualifiée et exige réparation.

C'est à cette opinion du moins que se rangea naguère le président de la onzième Chambre correctionnelle, M. Gallois. La dame qui avait lancé cette épithète malveillante invoquait bien, il est vrai, à l'appui de l'argumentation contraire, la haute considération dont on entoure l'eunuque dans les pays orientaux.

Mais les juges estimèrent que ce qui peut être une marque de distinction en Orient ne l'est pas forcément en France, qu'en outre l'expression d'eunuque comportait, en l'espèce, un caractère d'autant plus injurieux qu'elle s'adressait à un homme marié, et ils condamnèrent aux dommages et aux dépens l'irascible personne. Autres pays, autres mœurs : l'Orient tolère la chose, et nous condamnons même le mot.

encore. Un jour la vessie avale le bâton et force le berger à entrer à l'hôpital de Narbonne. On pratiqua l'ouverture de la vessie sur ce délirant épuisé qui mourut, peu de temps après, de phtisie. » (G. Raymond.).

« A la nature des femmes, il faut ajouter les chastrez, car ils dégénèrent en tel sexe et retiennent la nature d'iceluy comme on voit par la nature féminine et le défaut de poils. »

A. Paré.

Nous venons de passer en revue les différentes causes de mutilations sexuelles chez l'homme. En manière de conclusion, il nous semble indispensable de donner un aperçu d'ensemble des modifications profondes que la castration entraîne chez celui qui l'a subie. Ces modifications ne manquèrent pas de fixer l'attention des anciens auteurs, mais leur ignorance de la physiologie ne leur permit pas de les interpréter; ou du moins, s'ils eurent en quelque sorte la prescience de l'influence primordiale qu'exerce l'appareil générateur sur le reste de l'organisme, ils en tirèrent parfois les plus étonnantes conclusions. C'est ainsi qu'Aristote *, après avoir noté l'embonpoint flasque si fréquent chez les eunuques, parle du gonflement des jambes et de l'absence de varices^ conséquence de la castrastion « qui change la nature du

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