‹ Les évadés de la médecineChapitre 100 sur 117 · Pli. Bijrty ( Gazette des Beaux-Arts, novembre · texte numérisé non relu

Pli. Bijrty ( Gazette des Beaux-Arts, novembre

SAINTE-BEUVE

Acquérir la connaissance, la familiarité do railleur qu’il soumet à son investigation, il commence à entrer en lui, à «s’y installer»; puis, il s’emploie à « le produire sous ses aspects divers, à le faire vivre, se mouvoir et parler, à le suivre en son intérieur et dans ses mœurs domestiques aussi avant qu’il le peut; à le rattacher par tous les côtés à cette terre, à ces habitudes de chaque jour dont les grands hommes ne dépendent pas moins que les autres... »

C’est un confesseur et c’est aussi un peintre (1).

On s’enferme pendant une quinzaine de jours avec les écrits d’un mort célèbre; on l’étudie, on le retourne, on l’interroge à loisir; on le fait poser devant soi... Chaque trait s’ajoute à son tour et prend place de lui-même dans cette physionomie... Au type vague, abstrait, général, se mêle et s’incorpore par degrés une réalité individuelle... On a trouvé l’homme (2),

Mais ce que Sainte-Beuve a prétendu faire, avant tout, c’est une « histoire naturelle des esprits ». A ce sujet, une remarque de Brunetière est à retenir, au passage. Pour le critique combatif, Ja raison de la brouille fameuse qui sépara définitivement Bal-

1. « Ses portraits sont le plus souvent étonnants; ils sont faits avec la patience obstinée d’un miniaturiste, le zèle inquiet d’un chasseur de documents, et la curiosité subtile d’un directeur de conscience. » E. Faguet, infra cit.

2. Emile Faguet, Sainte-Beuve (Revue de Faris} 1er février 1897).

zac et Sainte-Beuve serait ailleurs que là où on l’a voulu chercher; les deux écrivains se proposaient en réalité, le même but : les Espèces Sociales de Balzac étaient les Familles d’esprit de Sainte- Beuve; il y a, dans les Portraits littéraires ou contemporains autant de physiologie que dans les romans de Balzac; leurs moyens seuls différaient.

Ceux de Balzac étaient de La synthèse; ceux de Sainte-Beuve étaient de l’analyse : l’un était le Cuvier, l’autre le Geoffroy-Saint-Hilaire de l’histoire naturelle psychologique; et, se disputant ainsi le même public, comment voudriez-vous qu’ils se fussent entendus?

Ce que l’on doit ajouter, c’est que Sainte-Beuve, plus cultivé, plus savant que Balzac, avait le véritable tempérament de l’analyste, et il ne se vantait pas quand il s’intitulait un « directeur de consciences. »

On lui a contesté une méthode, mais alors com-

ment appeler ces déclarations, qu’à tout moment il renouvelle, comme les professions de foi successives de quelqu’un qui tient à ce que nul n’en ignore :

J’ai souvent entendu reprocher à la critique moderne, à la mienne en particulier, de n’avoir point de théorie, d’être tout historique, tout individuelle. Ceux qui me traitent avec le plus de faveur ont bien voulu dire que j’étais un assez bon juge, mais qui n’avait pas de Code. J’ai une méthode pourtant , et quoiqu’elle n’ait point préexisté et ne se soit point produite d’abord à

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