Correspondance } II
médecine, les internes des hôpitaux étaient venus acclamer Sainte-Beuve devant sa porte, un aprèsmidi, pendant qu’il travaillait. Il les fit entrer chez lui, pour éviter tout conflit avec la police et leur adressa ces paroles où se révélait son amour d’une profession à laquelle il ne fut jamais infidèle :
... Ancien élève, trop faible élève de l’Ecole de médecine, mais fidèle et reconnaissant, rien ne pouvait m’être plus sensible qu’une démarche comme la vôtre.
Il y a longtemps que je l’ai pensé : la seule garantie de l’avenir, d’un avenir de progrès, de vigueur et d’honneur, pour notre nation, est dans l’étude, et surtout dans l’étude des sciences naturelles, physiques, chimiques et de la physiologie. C’est par là que bien des idées, vagues ou fausses, s’éclaircissent et se rectifient; que, dans un temps prochain et futur, bien des questions futiles et dangereuses se trouveront graduellement et insensiblement diminuées et, qui sait! finalement éliminées. Ce n’est pas seulement l’hygiène physique de l’humanité qui y gagnera, c’est son hygiène morale (1)...
La prophétie de Sainte-Beuve est en voie de réalisation. L’hygiène physique a fait d’indéniables progrès; mais pour l’hygiène morale, quelle tache laborieuse à accomplir!