LE DOCTEUR LOUIS LACAZE PHILANTHROPE ET AMATEUR D’ART
Louis Lacaze : un nom qui pour beaucoup n’éveille aucun souvenir. Parmi ceux-là même qui sont passés, indifférents, devant son portrait, au Musée du Louvre, combien ont soupçonné que ce fût l’image d’un homme dont la vie entière fut partagée entre l’Art et la Bonté, entre les jouissances esthétiques et le soulagement de la souffrance humaine.
Ce galant homme, sévère à lui-même, indulgent à autrui, appartient à notre docte corps; et c’est une figure que nous avons d’autant plus de plaisir à faire revivre, qu’elle est plus méconnue, plus oubliée, des générations actuelles.
De tous ceux qui visitent l’incomparable galerie qui porte son nom, combien pourraient apporter sur l’existence du généreux Mécène qui nous a dotés de tant de chefs-d’œuvre, le moindre éclaircissement? Et cependant, quelle dette de gratitude n’avons-nous pas à acquitter envers celui qui a
rassemblé, conservé et donné à son pays un tel trésor.
Avant d’aborder la carrière d’amateur de Louis Lacaze, de faire connaître dans quelles circonstances il fit# ses plus précieuses trouvailles, fixons en quelques traits la silhouette du personnage, en nous aidant de documents plus ou moins dispersés, et des souvenirs qui nous sont restés d’une conversation que nous eûmes jadis avec un témoin de sa vie, l’honorable Me Rousse, qui fut une des gloires du barreau parisien, et membre de l’Académie française.
Louis Lacaze était un Parisien de Paris, où il naquit le 18 floréal an VI (6 mai 1798).
Son père était originaire de Monein, dans le pays basque. Il avait épousé la fille d’un ancien consul de France en Espagne, Marie-Louise-Anastasie-Josèphe-Raymonde Tri fosse Viollet-Sablonière, et, aussitôt après son mariage, il avait acquis une charge d’agent de change dans la capitale. Le ménage occupait un hôtel rue Neuve-des-Mathurins, recevait beaucoup, et de la société la plus choisie.
Le père Lacaze avait fait fortune sous le Directoire, en même temps que le père Rousse, et c’est ainsi que leurs relations s’étaient établies. Madame Lacaze, mère, était une des beautés de son temps.
Quatre fds naquirent de l’union des deux époux. L’aîné embrassa la carrière politique : il fut député,