LACAZE
LE DOCTEUR LOUIS LACAZE
pair de France, et créé baron par Louis-Philippe. Il demeurait à Paris, rue Saint-Dominique, N° 93. Un autre frère occupa le siège de député des Basses- Pyrénées. Un troisième entra dans l’armée et parvint au grade de lieutenant-colonel. Le quatrième enfant fut Louis, celui dont nous allons nous occuper. 4 f]
Ses études classiques terminées, le jeune homme déclara à ses parents que la médecine l’attirait, et ceux-ci ne songèrent pas à contrarier ses goûts. Il suivit donc avec plus ou moins d’assiduité les cours
de la Faculté ainsi que les travaux pratiques. En-
tre temps, il se montrait à la Sorbonne, et même à l’Ecole de Droit; mais il faisait souvent l’école buissonnière et ne mettait aucune hâte à conquérir ses diplômes. Bien que recevant de sa famille une pension de huit mille francs, somme importante à cette époque, il fréquentait les crémeries les plus modestes du quartier latin; gardant toutes ses ressources pour amasser des économies, dont il méditait de faire, plus tard, un judicieux emploi. Déjà, il manifestait pour la peinture le goût le plus vif, et son plus grand plaisir était de fréquenter Batelier de certains artistes, entre autre Girodet, qui fit naître chez lui une curiosité des plus remarquées pour les tableaux anciens, curiosité que nous verrons se développer avec les années.
Sitôt qu’il eut acquis le grade de docteur, Louis
Lacaze se mit à exercer, réservant ses soins aux pauvres de son quartier, ce qui lui fit promptement une clientèle nombreuse. Il se vantait, en souriant, d’avoir la plus belle clientèle de Paris! Lorsqu'éclata, en 1832, l’épidémie de choléra, il se fit remarquer par son dévouement et afin de prouver que le mal n’était pas contagieux il n’hésita pas à prendre la place d’un cholérique à l’hôpital. Cet acte d’héroïsme ne passa pas inaperçu et lui valut une médaille d’honneur.
Louis Lacaze était resté célibataire; peut-être par crainte de ne pouvoir se livrer sans contrainte à ses goûts, si celle qu’il eût pu épouser ne les eût point partagés. On ne lui connaît qu’une aventure de cœur : au temps où il suivait les cliniques de la Charité, il s’intéressait à une jeune phtisique, d’une exceptionnelle beauté, qu’il tenta vainement de disputer à la mort. Quand celle-ci fut survenue, il en demeura longtemps inconsolable. Cette idylle,- hrlis-
quement brisée, l’avait déchiré. Si, par la suite, il dédaigna l’amour, il sut, en revanche, grouper autour de lui nombre d’amitiés.
Mais surplus grande, son unique passion fut la peinture. Ayant tenu le pinceau et la palette, il n’en était que mieux préparé à porter un jugement sur la peinture des autres. De bonne heure, il courut les boutiques de brocanteurs et d’antiquaires, cherchant à découvrir des perles au milieu du fumier.