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PRINCESSE MATHILDE

LE DOCTEUR LOUIS LACAZE

lui fut réservé le remit bien vite de ses appréhensions; il devint un des familiers des dimanches de Saint-Gratien ; la princesse le prit en amitié, et c’est par sa puissante intervention, que le docteur Lacaze reçut la décoration de la Légion d’Honneur.

Nous n’avons pas insisté sur les talents de peintre de Louis Lacaze; la peinture des autres, cependant, ne l’avait pas détourné de la sienne propre. Les leçons qu’il avait prises — de Girodet spécialement — lui avaient servi et si Chardin est un des maîtres dont il chercha le plus à s’inspirer, d’autres prédilections marquent son éclectisme. L’Ecole française du dix-huitième sièc'le occupe une large place dans sa galerie, sans que soient dédaignés les petits maîtres hollandais et flamands. Parmi les toiles qu’il convient de signaler, un choix s’impose, et, quoique bien à regret, nous devons limiter notre énumération.

Mettons hors de pair La femme au bain de Rembrandt, pour lequel toutes les formules d’admirations sont épuisées, et dont ie génie défie l'analyse. Qui de nous ne s'est arrêté devant le Pied-Bot de Ribera? L’artiste a restitué, avec un réalisme saisissant, la vivante et picaresque silhouette de ce truand, qu’on n’oublie plus, une fois qu’on l’a à son gré contemplée.

Des Franz Hais, des van Ostade, notamment le Buveur et le Liseur d’Adrian van Ostade; un Steen,

une dizaine de Téniers, dont deux intérieurs de tabagie, sont à signaler.

Nous ne saurions oublier deux tableaux de Brauwer; une bonne toile de Jordaens; la Leçon de lecture, de Terburg; les Pèlerins, de Wouwermann.

Notre xvnL siècle français est en honneur avec ses Watteau,- ses Chardin, ses Boucher, ses Fragonard et ses Greuze. Watteau est représenté par une dizaine de tableaux, où se révèle le peintre des galanteries sensuelles, qui semble avoir deviné quelque chose du sentiment de la nature avant Bernardin de Saint-Pierre, avant J.-J. Rousseau.

Chardin, dont l’œuvre seule suffirait à réhabiliter le « bon » réalisme, si celui-ci avait besoin de réhabilitation; Boucher, que la mode a tué, et qu’elle pourrait bien, quelque jour, faire revivre; Fragonard, dont on a tout dit, quand on l’a qualifié de l’épithète, qui semble créée pour lui, de délicieux, car il fut la grâce et le charme même. Quant à Greuze, il ne figure que par deux pages, mais qui sont simplement exquises : une Tête de jeune fdle, d’une suavité d effet qui ne se peut exprimer; une danle en grisettc, qui Soutient la comparaison avec les plus séduisantes fictions de Fragonard.

Le xvne siècle français, non moins bien représenté, groupe les Philippe de Champaigne, Sébastien Bourdon et les frères Le Nain; puis, faisant la transition entre le xvif et le xvin6 des Coypel, des

LE DOCTEUR LOUIS LACAZE

Rigaud, des Largillière, des Nattier, des de Troy : quel éblouissement! Puis encore des Caliari (dit Paul Véronèse), des Claude Gelée, dit le Lorrain, des David, Gérard Dow, Drolling, Van Dyck, Gainsboroügh, Nicolas Lancret, Murillo, Hubett Robert, Tiepolo, le Tintorct, Van Loo, le Titien, Velasquez... Et nous ne pouvons tout citer.

Ce qui rehausserait, si c’était nécessaire, le mérite du docteur Lacaze, ce qui fait honneur à son goût, c’est qu’il a réuni cette étonnante, cette prodigieuse collection, à une époque où l’Ecole de David régentait l’art. Loin de subir l’influence de ce peintre, pompeux et officiel, il a su discerner de bonne heure ce qu’il y avait de théâtral, de convenu, dans les œuvres de ce maître, et surtout dans celles de ses imitateurs, et il fut sinon le premier, du moins un des premiers « à donner le signal de la réhabilitation de la nature et de la couleur, et d’un juste retour vers ces charmants artistes du xvme siècle, dont le respect pour les règles et les conventions n’arrêtait pas la verve (1).»

On nous traiterait de panégyriste sans mesure, si nous bornions là notre étude. Il y a quelque ombre au tableau et nous devons à la vérité de le proclamer, encore que certains des défauts qu’on lui a reprochés nous paraissent avoir, autant peut-

1. Notice de M. C. Gavard ( Journal des Débats, 19 oct. 1809).

être que ses qualités, contribué à la réalisation du but poursuivi pendant toute sa vie et si magnifiquement atteint. « Je l’ai quelquefois, rapporte Rochefort, dans ses Mémoires (1), surpris, chez lui, achevant les deux œufs sur le plat composant tout son déjeuner. » Mais l’inflexible pamphlétaire ajoute aussitôt : « En revanche, quand un tableau lui avait donné ce qu’il appelait le coup dans l’estomac, les bank-notes ne comptaient plus. »

C’est encore Rochefort qui nous a fait connaître ce détail, à peu près complètement ignoré, que c’est Lacaze qui a découvert, ou à peu près, Franz Hais, dont l’admirable Servante fut acquise, par le docteur, au prix, fantastiquement bas, de trois cents francs ! Il s’offrit, pour le même prix, le Pied-Bot de Ribera. « Autant de fois qu’il recevait un visiteur, poursuit le narrateur dont nous empruntons le texte, il commençait pour lui le tour de sa galerie, dont il décrivait chaque œuvre avec une éloquence imagée, et non exempte de maniérage. Un jour, poursuit Rochefort, comme je m’approchais pour mieux examiner, des Baigneuses de Fragonard jouant à se jeter des flaques d’eau, il me dit en souriant : « Prenez garde, vous allez vous mouiller les pieds ! »

Lacaze avait une douce manie, qui ressemble fort

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