L’AUTEUR DE LA COLONNADE DU LOUVRE MÉDECIN ET ARCHITECTE
C’est un médecin du xviP siècle qui a lancé le premier cet aphorisme, renouvelé de Vitruve : « Qu’il est indispensable à un architecte de posséder les éléments de la médecine. » Ce médecin se nommait Savot.
Savot avait fréquenté ta Faculté de Médecine vers 1610. Bien qu’en possession du simple titre de licencié, il avait été pourvu d’une charge de médecin du roi. Entre temps, il s’occupait de minéralogie, de numismatique, et surtout d’architecture.
Après avoir publié quelques opuscules médicaux, et traduit du grec en français le livre de Galien, relatif à Y Art de guérir par la saignée (1609), Savot mit au jour Y Architecture française des bâtiments particuliers (1).
1. L’Architecture française des bastimens particuliers, composée par Me Louis Savot, médecin du roy et de la Faculté de Médecine de l’Université de Paris. Paris, Sébast. Cramoisy, 1624, in-8.
L’esprit de cet ouvrage peut se résumer dans cette phrase : les meilleurs architectes sont les médecins et, comme pour donner plus de force à ce paralogisme, Savot n’hésite pas à mettre, en sous-titre de son premier chapitre, cette proposition, dont il va s’attacher à suivre le développement : qu’il n’y a aucune profession qui nous rende plus capables de l'architecture que délié de la médecine; outre les conseils techniques dont son livre est rempli, on voit revenir à tout instant cette pensée qui le hante visiblement.
Si nous ignorons jusqu’à quel point Savot fut la vivante justification de ses doctrines, nous sommes mieux informés sur un de ses contemporains, qui fut à la fois architecte génial et — quoiqu’en ait dit Boileau — savant physiologiste : nous voulons parler de Claude Perrault, dont nous allons essayer d’éclairer la biographie d’un jour nouveau, à l’aide de quelques documents restés plus ou moins ignorés.
Claude Perrault était le fils d’un avocat au Parlement* Pierre Perrault, originaire de Tours, et de dame Paquette Leclerc, laquelle mourut en 1657.
De cette union naquirent six enfants : une fille morte en bas âge, et cinq garçons.
C’est une famille intéressante que celle des Perrault : « Des esprits libres, peu respectueux de la
CLAUDE PERRAULT
Signature autographe d’après un parchemin de la Collection de l’a,uteur
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CLAUDE PERRAULT
tradition, ennemis de la routine, avides de nouveauté, aventureux, hardis, modernes. » Tous ont un trait de ressemblance : « La variété et l’indépendance de l’esprit; même goût de la nouveauté, même haine de la routine qu’ils ne distinguent pas de la tradition; mêmes recherches des expériences à tenter et des aventures à courir. » (1)
L’aîné de tous, Jean, avocat comme son père, mourut d’une lièvre continue en 1669 et fut enterré
à Bordeaux (2).
Pierre, né en 1611, fut receveur général des finances, à Paris. Nicolas, docteur en Sorbonne, prit une part active aux querelles théologiques qui tant passionnèrent à son époque.
Quant à Claude et à Charles, ils méritent une plus longue présentation.
Charles Perrault, fauteur des Contes, prit soin de fournir sur ses frères maints détails, qui nous les dépeignent au mieux. Les frères Perrault avaient fait toutes leurs études à Paris, au collège de Beauvais, situé rue Jean-de-Beauvais, non loin de la Sorbonne, appliqués, studieux, ils ne reçurent jamais le fouet durant tout leur séjour au collège,
1. Em. Deschanel, Le 'Romantisme des classiques et H. Rigault, La querelle des anciens et des modernes, p. 130 et suiv.
2. Voyage à Bordeaux, par Cl. Perrault, édité par P. Bonnefon (Paris, Laure ns, 1909), p. 193 et suiv.
nous affirme Charles. Toutefois, ils aimaient se délasser de l’étude par quelque honnête divertissement.
Le genre burlesque étant à la mode, ill vint un jour à l’idée des frères Perrault de traduire le sixième livre de l 'Enéide en vers burlesques.
C’est, à vrai dire, Charles qui en avait conçu te projet. « Un jour, conte-t-il, que nous y travaillions (avec son professeur, M. Beaurain, qui semblait se plaire fort à ce jeu), nous nous mîmes à rire si haut des folies que nous mettions dans notre ouvrage, que mon frère, celui qui fut depuis docteur de Sorbonne, et qui avoit son cabinet proche du mien, vint sçavoir de quoi nous riions. Nous le lui dîmes et, comme il n’étoit encore que bachelier, il se mit à travailler avec nous et nous aida beaucoup. Mon frère le médecin, qui sçut à quoi nous nous divertissions, en voulut être; il en ht même plus, lui seul, à ses heures de loisir, que nous tous ensemble. Ainsi la traduction du sixième livre de l’Enéide s’acheva et, l’ayant mi$ au net le mieux que je pus, il (Claude) y fit deux estampes à l’encre de la Chine, très belles.» (1)
Encouragés par cet essai, les Perrault entreprirent de continuer ce qui avait si bien réussi : ils écrivirent un poème sur les Mûrs de Troye ou