Of. la Bevue d’hist. littéraire de la France
Eloge de CL Perrault, trois volumes sur l’histoire des animaux; ce ne sont presque que des descriptions anatomiques, qui même ne peuvent servir à l'anatomie comparée, parce qu’elles ne sont point faites sur un même modèle. Mais ces mémoires contiennent beaucoup de faits particuliers, intéressants et nouveaux, et surtout ils ont servi à détruire une foule de préjugés accrédités chez les anciens les plus respectables. Il n’y avait point de science où il fût plus nécessaire de détruire la déférence aveugle pour T antiquité. »
Dans un recueil publié en 1669, c’est-à-dire à la veille de l’achèvement de la colonnade du Louvre, Frédéric Léonard, imprimeur ordinaire du Roy, à l’Enseigne de VE eu de Venise, a réuni plusieurs de ces dissertations, sur le Chaméléon {sic), le Castor, le Dromadaire, l’Ours et la Gazelle. Quelques citations feront apprécier, mieux que des commentaires, l’esprit de ces travaux, aux lecteurs qui ne sont familiarisés qu’avec l’œuvre architecturale de l’auteur.
« Il n’y a guère d’animal plus fameux que le caméléon, dit notre anatomiste-architecte. Ses admirables propriétés ont été, de tout temps le sujet de la philosophie naturelle aussi bien que de la morale; le changement de couleur et la manière particulière de se nourrir qu’on lui attribue ont donné dans tous
CLAUDE PERRAULT
ceux qui s’appliquent à 'la connaissance de la nature et les merveilles que les physiciens ont raconté de ce chétif animal, l’ont fait être le plus célèbre symbole dont on se soit servi dans la morale et dans la rhétorique pour représenter la lâche complaisance des courtisans et des flatteurs et la vanité dont les esprits simples et légers se repaissent. Son nom même, dans Tertullien, est la matière d’une sérieuse méditation sur la fausse apparence et il le propose comme l’exemple de l’effronterie des trompeurs et des fanfarons. »
Nous ne suivrons pas Claude Perrault dans le développement de sa thèse, pour laquelle il met à contribution tous les auteurs anciens.
Après avoir observé sur le vif le Caméléon, qu’on lui avait apporté d’Egypte, lorsque l’animal mourut il plongea le scalpel dans ses entrailles, afin de saisir le secret de son organisation.
« On sait, dit à ce sujet Condorcet, que le caméléon des anciens se nourrissait d’air et prenait la teinte de l’étoffe dans laquelle on l’enveloppait.,. Perrault observa trois caméléons; il ne trouva que des animaux qui vivaient longtemps sans manger, comme la plupart des reptiles qui se nourrissent d’insectes, et dont la peau changeait, comme change celle des hommes, avec leur régime ou leurs affections.
« Dans la salamandre, qui est incombustible,
scion Aristote, Perrault ne vit qurun lézard qui, si on a la barbarie de le jeter au feu, y résiste quelque temps, parce qu’il découle, des glandes qui aboutissent à sa peau, une liqueur assez abondante. Le pélican, enfin, est une espèce d’oiseau de proie aquatique. Au-dessous du bec et de la partie antérieure du cou, est un sac membraneux qui s’ouvre dans le bec et où cet oiseau peut conserver les poissons qu’il a enlevés et les rendre ensuite à ses petits. De là les anciens s’imaginèrent que lorsque ses petits manquaient de nourriture, le pélican s’ouvrait l’estomac et les nourrissait de son sang. » (1)
La dissection du Castor envoyé du Canada à la Bibliothèque du Roy, devait particulièrement piquer la curiosité de l’architecte-anatomiste. Claude Perrault y apporta tous ses soins et regretta de n’avoir pu examiner les yeux de l’animal, « parce que, ditil, les rats ou quelques animaux semblables les avaient mangez ».
Du Dromadaire qui, de son vivant, avait souffert de maladie par ralentissement de la nutrition, il note que la grande sobriété de cet animal et les fatigues qu’il supporte ordinairement, ne l’ont pas empêché d’avoir la goutte, « conséquence habituelle de l’oisiveté et de la débauche ».
Comment Perrault se détourna-t-il de ces études