‹ Les évadés de la médecineChapitre 32 sur 117 · Condorcet, Eloge de Cl. Perrault · texte numérisé non relu

Condorcet, Eloge de Cl. Perrault

CLAUDE PERRAULT

austères pour se tourner vers un art qui ne l’avait pas jusqu’alors sollicité? Dans quelles circonstances, pour autrement parler, se révéla sa vocation?

On a prétendu que, savant latiniste, Claude Perrault avait été chargé par Colbert de traduire Vitruve, qu’on connaissait alors d’une manière incomplète, -et que les études auxquelles il dut se livrer, pour parfaire ce travail technique, en auraient fait l’architecte dont une des plus beliles constructions du grand siècle a immortalisé le nom.

A ce propos, une remarque a été faite, qui n’est peut-être pas dépourvue de justesse, au moins en ce qui concerne notre personnage.

« Une sorte de singularité, observe Quatremère de Quincy, a voulu que les auteurs des trois monuments que la France place en tête de ses plus célèbres ouvrages d’architecture, n’aient point fait de cet art leur profession spéciale. Le premier architecte du Louvre, Pierre Lescot, de la famille d’Alissy, fut abbé de Clagny et chanoine de l’église de Paris. L’auteur du célèbre péristyle du Louvre, Claude Perrault, étoit docteur en médecine; François Blondel, à qui Paris doit, dans l’arc triomphal de la porte Saint-Denis, un des chefs-d’œuvre du siècle de Louis4e-Grand, fut envoyé par le Roi dans les cours étrangères, et devint maréchal de camp. Il n’avait consacré sa jeunesse ni à l’étude des arts, ni à rexercice de rarchitecture, »

M, de Laborde, qui reproduit, le passage (1), fait judicieusement observer que Pierre Lescot était architecte d’abord, abbé de Glagny et chanoine de Paris ensuite.

« Quant au maréchal de camp François Blondel, il était mathématicien profond et mécanicien habile; il avait en outre du goût, et ces conditions réunies suffisaient pour créer des monuments de la valeur de fa porte Saint-Denis.

« Le docteur Perrault n’ayant fait aucune étude théorique, n’ayant acquis aucune expérience pratique, se contenta d’avoir une inspiration heureuse, que les hommes de l’art exécutèrent selon les règles; ce genre de mérite d’amateur est plus rare en architecture que dans les autres arts, parce que ses inspirations et ses beautés se lient très intimement avec les conditions pratiques de l’exécution. Ainsi s’explique pourquoi les peintres et les sculpteurs qui se sont essayés dans l’architecture ont souvent si mal réussi; la colonnade du Louvre est une exception qui prouve qu’un dessin d’amateur peut être suivi quelquefois avec succès. »

Charles Perrault a consacré un livre entier de ses Mémoires au récit de toutes les circonstances relatives à la construction du chef-d’œuvre de son frère Claude. Il raconte comment M. Le Vau, ayant présenté un projet qui fut généralement critiqué, plu-

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