Y. Mag. pitt.} 1846, p
de la face principale du Louvre fut fixée à une date déterminée.
Lorsque les fondations furent suffisamment avancées, le Bernin demanda à s’en retourner, ne pouvant, disait-il, se résoudre à passer l’hiver dans un climat aussi froid que celui de la France. A peine avait-il franchi la frontière, qu’on abandonnait son projet. Celui de Claude Perrault fut alors mis sous les yeux du Roi, concurremment avec celui de l’architecte Le Vau.
Avant de faire connaître sa volonté, le roi demanda à Colbert lequel des deux dessins il trouvait le plus beau et le plus digne d’être exécuté. Colbert répondit que, s’il était le maître, 11 choisirait celui de Le Vau, « ce qui m’étonna fort, dit Charles Perrault, présent à cet entretien; mais M. Colbert ne se fut pas plutôt déclaré pour ce dessin, que le roi dit : « Et moi, je choisis l’autre, il me semble plus beau et plus majestueux. »
« Je vis, ajoute le narrateur, que M. Colbert avait agi en habile courtisan, qui voulait donner tout l’honneur du choix à son maître. Peut-être même était-ce un jeu joué entre le roi et lui. »
Sans doute Charles Perrault s’étend-il avec quelque complaisance sur un épisode où il se donne le beau rôle, à lui plus peut-être encore qu’à son frère; mais il semble bien que son récit soit vrai dans ses grandes lignes.
CLAUDE PERRAULT
Le plan cie Claude Perrault fut préféré et exécuté, parce qu’il fut jugé le plus grandiose. Quand on présenta le dessin de cette façade, dit un auteur contemporain, il plut extrêmement : « Ce péristyle, ces portiques majestueux dont les colonnes portent des architraves de douze pieds de long et des plafonds carrez d’une pareille largeur, surprirent les yeux les plus accoutumez aux belles choses; mais on crut que l’exécution en était impossible et que ce dessin était plus propre pour être peint dans un tableau, parce que c’était seulement en peinture qu’on en avait vu de semblables, que pour servir
de modélte au frontispice d’un palais véritable. Il a
néanmoins été exécuté entièrement, sans qu’une seule pierre de ce large plafond tout plat et suspendu en l’air se soit démentie. »
Il nous reste à faire connaître les origines de la querelle qui mit aux prises Claude Perrault avec celui qui fut son adversaire intraitable, jusqu’au delà de la tombe!
Ce serait Pierre Perrault qui aurait ouvert le feu, en 1678, deux ans après la mort de Desmarets, dans une préface dont il avait fait précéder la traduction du Seau enlevé, de Tassoni.
Quand Boileau — car c’est de lui qu’il s’agit — fut débarrassé de Pierre, il se rabattit sur Claude, contre lequel il avait des griefs.
Claude Perrault, si l’on en croit Despréaux, s’était déchaîné dans le monde contre l’auteur des Satires, pour venger son ami Quinault; il aurait inventé des calomnies, comme de prétendre que Boileau « avait glissé dans ses ouvrages des choses dangereuses et qui concernent l’Etat », et que, notamment, dans ce vers :
Miclas , le roi Midas a des oreilles d’âne,
Midas était le pseudonyme de Louis XIV. Cette imputation étrange contre le poète que Voltaire appelle :
Zoïle de Quinault et flatteur de Louis,
Claude se la serait réellement permise, à s’en rapporter à une lettre d’Arnault (datée du 10 juillet 1694). Arnault aurait reproché aux Perrault d’avoir eu, contre Despréaux, les premiers torts et les plus graves (1).
A l’entendre, Boileau avait « souffert quelque temps avec modération, le déchaînement de M. Perrault », mais, enfin, sa bile n’ayant pu se contenir plus longtemps, il avait inséré dans le quatrième
1. Hippolyte Rigault; La Querelle des Anciens et des Modernes.
CLAUDE PERRAULT
chant de sa Poétique la métamorphose de celui qui.
De méchant médecin, devient bon architecte.
Jusque-là rien de bien cruel : l’épigramme était tempérée par l’éloge; bientôt l’éloge allait disparaître, pour ne laisser subsister que l’épigramme.
Oui , j’ai dit dans mes vers qu’un célèbre assassin...
Cette fois, c’en était trop; mais la mesure n’était pas encore comble.
Boileau ne se contente plus de larder son adversaire de plaisanteries plus ou moins spirituelles, il répand sur son compte les bruits les plus calomnieux. Ne va-t-il pas jusqu’à propager que le véritable auteur des plans du Louvre est Le Vau et non Perrault; qu’il le tient d’une source qu’on ne saurait suspecter?
« Je puis même nommer, ainsi s’exprime l’écrivain satirique (1), un des plus célèbres de l’Académie d’architecture (il s’agit de d’Orbay, élève de Le Vau), qui s’offre de lui faire voir quand il voudra, papier sur table, que c’est le dessin du fameux Les Vau qu’on a suivi dans la façade du Louvre, et qu’il n’est point vrai que ni ce grand ouvrage d’ar-
1. Béflexions critiques sur Lonflin, in t. III des Œuvres de Boileau , édition Saint-Mare (Ï747, in-8) pp. 165 et 222.
chitecture, ni l’Observatoire (1), ni l’Are de Triomphe (2), soient des ouvrages d’un médecin de la Faculté. »
1. C’est l’astronome Adrien Auzout qui paraît avoir suggéré au roi l’idée de fonder à Paris un Observatoire national. Les plans en furent confiés à Cl. Perrault; ils furent exécutés sans changement jusqu’au mois d’avril 1669, époque à laquelle Cassini exigea, au premier étage, une grande pièce pour les observations. On signala, dans la construction de Perrault, de graves défectuosités, mais celui-ci tint bon et ne voulut rien entendre. On fit remarquer que les murs, d’une épaisseur exagérée, cachaient la plus grande partie du ciel, en quelque point que l’on se plaçât; qu’on y cherchait en vain un endroit favorable à l’installation d’un instrument de mesure; qu’on ne pouvait observer que par les fenêtres et que, pour voir le même astre au levant et au couchant, on était obligé de transporter la lunette d’un bout à l’autre de l’édifice, etc. Malgré ces imperfections, le monument de Cl. Perrault a été conservé, bien que ce soit plutôt un édifice de jmrade qu’un établissement utile et approprié au but spécial auquel il était destiné. (Cf. Revue des Deux Mondes , 1er février 1868; Histoire de Colbert , par P. Clément, t. II, Paris, 1874, p. 215 et suiv. ; Histoire de l’Observatoire de Paris , de sa fondation à 1793, par Y.-C. Wolf, Paris, 1902; Mémoires de ma Vie , par Ch. Perrault, (édit. Bonnefon, Paris, 1909).
2. En 1670, Perrault donna le plan, et l’on posa la première pierre de l’Arc de Triomphe qui devait s’élever à l’extrémité du faubourg Saint- Antoine, en souvenir de l’entrée solennelle de Marie-Thérèse et de Louis XIY. S’il eût été achevé, ce monument serait peut-être son chef-d’œuvre, mais il fut abandonné à partir de 1681, bien qu’on y eût déjà dépensé plus de 500.000 livrés, et il n’en reste que la gravure. (P. Clément, loc. cit.) Dans son Voyage à Paris , en 1698, le médecin Lister dit de cet arc triomphal « que le dessin en est magnifique et que le modèle en plâtre qui en existe donne l’idée de la beauté de ses proportions; il est destiné à servir de porte d’entrée à la ville, car il fait face à la grande rue du Faubourg-Saint- Antoine; de là une