Journal d’Evelyn
DENIS PAPTN
était dit mot de la soupape, qui constituait cependant la partie vraiment originale de l’invention de Papin.
Cet esprit pénétrant avait bien vu que, sous la pression des hautes températures développées dans un espace à parois résistantes, une explosion pouvait se produire, si on ne la conjurait par un artifice quelconque : laissait-on la machine ouverte, toute la vapeur fuyait et ne remplissait plus son office; s’opposait-on à son issue, elle était capable de tout briser, pour s’échapper au dehors.
« Cette machine, reconnaissait d’autre part Papin, est sans doute incommode, en ce qu’on ne regarde pas dedans aussi aisément que dans le pot ordinaire. » Il suit de là, que la nécessité de se rendre compte de l’état des substances cuisant dans la marmite, mais surtout celle de parer à un danger d’explosion, ont mis Papin sur la voie de la partie de sa découverte qui lui appartient bien en propre, celle de la soupape de sûreté.
Papin a décrit tout au long, dans le paragraphe de son livre intitulé : « Pour connaître la quantité de pression », l’enfantement, la genèse de son invention; nous y renvoyons ceux que cette question de technique intéresse; ce qu’il importe de retenir, c’est que les savants eux-mêmes ne soupçonnèrent pas tout d’abord l’importance future de cet humble engin de précaution; ils ne virent dans le Digesteur
qu’un appareil permettant de faire du bouillon, à peu de frais, avec les déchets de la viande de boucherie et de basse-cour, et, plus tard, de fabriquer des tablettes de gélatine, dont on s’est longtemps servi dans les hospices et à bord des navires. Après avoir été à la mode, le Digesteur fut oublié, pour reprendre un moment faveur au xviii0 siècle; il fonctionna dans plusieurs grandes villes de France et rendit d’incontestables services aux populations éprouvées par la disette.
Un cousin de Papin, Isaac, avait eu 'l’idée d’exécuter une machine simplifiée, permettant d’avoir « de bons consommés à juste prix ». Avec trois livres d’os secs, « ayant déjà souffert la cuisson ordinaire du pot ou de la broche », il se faisait fort d’obtenir vingt-quatre livres de gelée, soit douze pintes, « dont un demi-septier, c’est-à-dire le quart de la pinte, suffisait à un repas pour soutenir un pauvre au défaut du pain... »; si bien que treize livres d’os pouvaient nourrir quarante-huit personnes et qu’il n’en coûtait « que trois sous de sel et autant de feu ». Avec huit marmites contenant vingt-cinq pintes, il eût été possible « de fournir de bouillon tous les pauvres de Blois, sans en excepter ceux de l’hôpital et de l’Hôtel-Dieu, et il y aurait eu au moins de quoi donner à quatre mille pauvres, chacun une chopine de bonne gelée par jour, à laquelle il pourrait ajouter une chopine d’eau sans
DENIS PAPIN
la gâter, afin d’en prendre à plusieurs fois » (1),
Mais le Digesteur ne devait pas servir qu’à faire du bouillon et de la gelée pour les indigents, Papin sut encore l’utiliser pour conserver des fruits (tels que cerises, groseilles, fraises, framboises, pommes et prunes); des viandes, qui pourraient être ainsi consommées pendant les longs voyages en mer et étaient moins susceptibles d’exposer aux affections scorbutiques que les viandes salées, dont généralement on faisait usage; des légumes (en particulier des pois verts).
Il avait également fait des expériences sur le poisson, afin « d’avoir en tout temps de la marée fraîche à Cassel ». Il avait conservé des roses, des œillets, qui avaient gardé leur fraîcheur, et dont la couleur seulement s’était ternie. Il avait même projeté de faire éclore des poulets par ce moyen! « Les œufs étant ainsi enfermez dans des marmites de verre, on auroit vu facilement quand il en seroit sortiz des poulets ». Il aurait voulu essayer « si la pression pouroit avancer la formation du poulet, aussi bien qu’elle avance la cuisson de la viande », mais il avait dû renoncer à ces projets, « crainte de manquer de loisirs pour en venir à bout » (2).
A un certain moment, Papin avait eu le dessein