‹ Les évadés de la médecineChapitre 54 sur 117 · Lettre de Pa]3in à Leibnitz, 12 août · texte numérisé non relu

Lettre de Pa]3in à Leibnitz, 12 août

DENTS PAPIN

entre les affections aiguës et les maladies chroniques, pour ce qui est de la manière de les traiter.

Dans les aiguës, il faut faire quelque violence pour divertir ou éveiller ou aider la nature, par exemple saigner dans la pleurésie, donner un vomitif dans un accès apoplectique, 'purger avec l’Ipecacuanha dans une dysenterie, employer l’opium contre des douleurs trop violentes, donner un fébrifuge à propos, faire suer avec la pietra ciel porco, quand la sueur paroist nécessaire, etc...

Il est vray que tous les grands remèdes sont des venins dans le fond : on a trouvé que l’arsenic en petite quantité est aussi un grand fébrifuge, c’est qu’en troublant la nature, il change le cours des choses et le type de la fièvre.

Entre temps, Leibnitz décoche une flèche à la médecine et à ses servants :

... La médecine, comme elle est mesnagée communément, est dans un pauvre estât, et c’est hazarder extrêmement que de se mettre entre les mains des médecins, mais c’est principalement la faute du public, qui prend si peu de soin de la chose la plus nécessaire, car les médecins, suivant le train ordinaire, ne peuvent guères faire mieux, parce qu’ils songent à subsister, si ce n’est que ce soyent des personnes d’un excellent naturel, du costé de l’entendement et de la volonté.

Enfin, pour les maladies chroniques, Leibnitz recommandait ce qu’il appelait la « diète médicinale », et par là il entendait non seulement la privation ou modération de la nourriture, mais encore l’air, l’exercice, etc. Il souhaitait qu’un médecin fît un livre de carandis per dietam morbis et que, dans

tous les maux de longue haleine, on ne donnât aucun médicament désagréable au goût et capable de rebuter. « C’est là qu’on devroit pratiquer le jucunde, le cito n’ayant point de lieu » (1).

Leibnitz resta toujours lié avec Papin d’une étroite amitié; ce ne fut pas la faute du philosophe, si l’illustre physicien ne put mener à bien l’ultime expérience qu’il avait tentée (2).

On sait dans quelles circonstances le bateau qu’il avait construit fut mis en pièces par les bateliers du Weser, et comment « ce pauvre homme de médecin », pour employer les termes d’un témoin oculaire, dut assister impuissant et résigné, à la ruine de ses espérances.

Mais quelle qu’ait pu être la détresse de ses dernières années (3), Papin a dû voir s’avancer l’heure suprême avec la sérénité du sage, qui songe que la postérité révisera un jour le jugement des contemporains et qu’elle reconnaîtra qu’il a doté l’humanité d’une invention dont le rôle, dans l’œuvre de civilisation et de progrès, ne saurait être trop glorifié.

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