Tout comme Newton et Davy
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cher de front les sciences mathématiques (1), la médecine et l’archéologie, en même temps que le retenait la littérature.
C’est cette dernière qui lui valut sa réputation, malgré l'étendue de ses connaissances et l’importance de ses travaux d’ordre scientifique.
Arbuthnot a formé, avec le poète Pope et l’humoriste Swift, un triumvirat de l’esprit qui a dominé le monde littéraire anglais pendant plus d’un quart de siècle (2).
Ce fut, pendant vingt-cinq ans, un assaut de fines railleries, de satires enjouées, de traits malicieux ou
1. Le plus remarquable, le meilleur de tous les ouvrages d’Arbuthnot est son Essai sur les avantages de l’étude des mathématiques ; nul écrivain n’a traité le même sujet avec tant d’habileté, ni présenté des idées plus justes sous des formes plus imposantes, lisons-nous dans les Ephémérides Universelles de 1828 (Paris). Le seul défaut grave qu’on puisse lui reprocher, c’est d’avoir oublié la part du sentiment qui joue un si grand rôle dans toutes nos actions.
2. La plupart des ouvrages de plaisanterie d’Arbuthnot, où la satire la plus mordante se cache presque toujours sous les formes d’une ironie délicate et spirituelle, ont été attribués à Swift. Le plus remarquable est une allégorie dans laquelle le £>euple anglais se trouve désigné sous la dénomination dérisoire de John Bull , que l’usage a fait généralement adopter depuis.
Arbuthnot avait conçu, avec Pope et Swift, le plan d’une satire sur les abus de l’érudition dans toutes les branches des connaissances humaines; suivant sa manière, cette ingénieuse satire est présentée comme le récit d’un personnage supposé; il n’en a paru qu’une partie dans les œuvres de Pope, et, si l’on en croit Johnson, cette partie serait d’Arbuthnot seul, avec quelques traits seulement de l’auteur de V Essai sur l’homme (Jourdan).
piquants, qui mettaient en joie tous les sujets du Royaume-Uni.
Les compatriotes d’Arbuthnot n’hésitent pas à l’égaler à Cervantès, avec lequel il présente, d’ailleurs, beaucoup de points de contact. Swift disait de lui : « Arbuthnot a plus d’esprit que nous tous, et son humanité égale son esprit. »
Pope, dont la santé fut toujours chancelante, faisait à ses lecteurs l’aveu que, s’il les avait parfois amusés, ils le devaient à Arbuthnot, dont les soins affectueux et éclairés avaient contribué à assurer le maintien de sa fragile santé.
Arbuthnot fut, pendant un temps, membre de la Société Royale de Londres. « Sa clientèle, nous dit le Dr Renauldin, un de ses biographes, avait été nombreuse et brillante. R était recherché de toutes parts, non seulement pour son savoir et son talent de praticien, mais encore pour les agréments de sa conversation, la politesse de ses manières et la tournure de son esprit. »
Il avait été nommé médecin extraordinaire du prince Georges de Danemark, qu’il avait réussi à guérir d’une affection des plus rebelles.
U avait obtenu, en 1710, son agrégation au collège royal des médecins de Londres.
Autant de titres qui nous autorisent à faire entrer cet homme de lettres dans le giron de la profession médicale.
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GOLDSMITH, ARBUTHNOT, LOCKE
Si les œuvres de Pope et de Goldsmith se trouvent en bonne place dans nos bibliothèques scolaires, en pouvons-nous dire autant de celles de Locke, que le public ne connaît guère qu’indirectenient, par de courtes notices dans les dictionnaires historiques, ou par quelques lignes perdues dans les traités de philosophie?
Nous n’avons pas à réhabiliter Locke comme philosophe — on s’en est chargé avant nous — mais nous croyons devoir reconstituer sa physionomie médicale.
Bordeu, dans ses Recherches sur l’Histoire de la Médecine , en dit seulement ceci : « On ignore communément que Locke fut médecin, qu’il fut ami de Sydenham, qu’il resta quelque temps à Montpellier, où il profita sans doute des lumières de cette école, et surtout de celles de Barbeyrac; enfin qu’il fut ù Paris un de ceux qui suivaient des leçons d’anatomie d’un médecin hollandais. »
Le père de Locke avait destiné son fils à être clergyman; et, si tiède que fût son zèle, l’enfant ne manifestait pas une trop forte répugnance à entrer dans les ordres. 11 suivit, dans ce but, les cours du plus riche et du plus florissant des collèges d’Ox-
ford. Reçu bachelier avant l’expiration des délais ordinaires, il était nommé, deux ans après, maître ès arts.
Ce n’est qu’à 'l’âge de vingt-sept ans que son esprit commence à s’émanciper. Les ouvrages de Descartes, qui lui sont tombés sous les yeux et qu’il n’a pu lire que dans le texte latin, sont pour lui une révélation. Dès ce jour, les sciences d’observation l’attirent et le captivent. Son choix est désormais arrêté : il renoncera à l’Eglise pour la médecine.
Depuis quelque temps déjà, ses études favorites étaient la botanique, la chimie, les sciences naturelles en général, auxquelles l’avait initié Robert Boyle, cet esprit aventureux dont nous avons jadis esquissé la biographie.
Mais Locke néglige de prendre ses premiers grades en médecine, et il arrive à l’âge de trentequatre ans, sans être pourvu de titres réguliers.
Il part alors pour Clèves (1), en qualité de secrétaire d’un diplomate anglais, qu’il accompagnait dans sa mission. Au retour, il refuse l’offre avantageuse et séduisante qui lui fut faite, de suivre en Espagne l’ambassadeur d’Angleterre.
Après un court séjour dans son pays natal - — voyage durant lequel il recueille, pour Boyle, des observations de physique et commence pour lui-
1. C’est au cours de ce voyage qu’il fit une cure rapportée dans les Anecdotes de médecine , t. II, p. 162-164.
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même ces cahiers de notes météorologiques, où, pendant tant d’années, il consigna chaque jour l’état de l’atmosphère — , on le retrouve à Oxford, reprenant ses études médicales, et cherchant, par la haute influence de lord Clarendon, alors chancelier de l’Université, à se faire dispenser des examens, qu’il n’avait point subis en temps utile (1). Cette faveur, chose surprenante, lui fut refusée, et Locke n’obtint jamais le diplôme de docteur, nécessaire pour l’exercice de la médecine.
Le hasard des circonstances va influer, d’une façon décisive, sur sa destinée. Lord Ashley, qui allait jouer un si grand rôle historique sous le nom de comte de Shaftesbury, était venu aux eaux, dans le voisinage d’Oxford. Le médecin qui le traitait à Londres l’avait confié aux soins de Locke.
Le philosophe et le grand seigneur se plurent à première vue. Ils ne tardèrent pas à lier commerce d’amitié, et, quelque temps après, Locke consentait à devenir le médecin particulier et le conseiller intime du personnage dont il avait si vite réussi à conquérir les sympathies.
C’était une bonne fortune pour l’aspirant docteur. De complexion frêle, d’une santé délicate (2), il