THOMAS SYDENHAM
GOLDSMITH, ARBUTHNOT, LOCKE
ouvrages : de Arte medica ; Anatomica; Tussis; plus une préface pour le livre de Sydenham.
Locke vint à Paris, pour la première fois, en 1672, en congé de convalescence. Il avait été très malade, mais avec la mélancolie résignée et souriante qui faisait le fond de son caractère il supportait sou mal en patience.
Il retourna à Londres pour remplir diverses fonctions politiques, occupant ses rares loisirs à écrire sur des sujets de morale et de logique.
Cependant sa santé devenait de jour en jour plus chancelante. On trouve, dans les Papiers de Shaftesbury (série VIII, n° 2), une intéressante lettre de Sydenham, indiquant au philosophe les prescriptions les plus minutieuses : se coucher de très bonne heure, « à huit heures, s’il se peut », parler le moins possible, manger des viandes légères, non épicées, s’abstenir de fruit et de crudités, boire, au lieu de vin, une bière très douce, etc., « Voilà, disait-il en terminant, ce que j’ai à vous recommander; j’ai pensé et je pense toujours à ce qui a rapport à votre cas, avec la même contention d’esprit que s’il s’agissait de ma propre vie et de celle de mon fils. » Comme conclusion, Shaftesbury donnait à Locke le conseil d’aller passer l’hiver dans le midi de la France.
Cédant à ces affectueuses instances, Locke partait.
en novembre 1675, pour Montpellier, ville alors très recherchée pour la douceur de son climat, et aussi pour son antique faculté de médecine, gardienne des vieilles traditions.
Son Journal (1) nous permet de le suivre pas à pas dans son voyage. C’est le tableau le plus humoristique, le plqs vivant, des institutions, des mœurs et de l’état social et économique de la France, à la fin du xviie siècle.
Pendant son séjour à Montpellier, tout en prenant soin de sa santé, l’illustre voyageur avait noté les coutumes locales (2), l’état agricole, commercial et politique de la cité universitaire.
1. Ed. Fournier en a traduit une partie, pour l’ancienne Revue de Paris ; quant à la partie relative à l’année 1679 et qui est au Rritish muséum, elle a dû être, si nos renseignements sont exacts, publiée en anglais.
2. Nous ne relèverons, au point de vue spécial qui nous occupe, que son plaisant croquis du cérémonial de la réception au doctorat. C’est poussé à la charge, mais d’un ton si pittoresque, si imagé !
«... Robes écarlates et toques noires. Le professeur prit son siège; après qu’une troupe de violons eut joué un certain temps, il leur fit signe de cesser, afin de pouvoir régaler la compagnie, ce qu’il fit par un discours contre l’innoyation. Ensuite ce fut de nouveau le tour des musiciens. Puis, le récipiendaire commença son discours, dans lequel je ne trouvai pas beaucoup à m’instruire, vu qu’il avait pour objet de complimenter les chanceliers et professeurs présents. Alors le docteur lui mit sur la tête, comme insigne de son doctorat, la toque qui avait fait son entrée sur le bâton de l’appariteur; il lui passa au doigt un anneau, lui
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Sur ces entrefaites, Shaftesbury étant tombé en disgrâce, Locke ne se souciait pas trop de regagner le pays natal. Il poursuivit donc son voyage, avec des alternatives de santé et de maladie, revint à Paris en 1677 et y séjourna plus d’une année.
Il s’intéressait à tout ce qui était pour lui un sujet d’observation, mais principalement aux choses médicales, qui -l’attirèrent toujours plus particulièrement. C’est à cette époque qu’il envoie à la Société
attacha en guise de ceinture une chaîne d’or autour des reins, le fit asseoir à côté de lui, pour qu’ayant pris de la peine il prît maintenant du repos, enfin l’embrassa et le baisa en témoignage de l’amitié qui doit régner parmi eux. » Cf. le Mercure galant , octobre 1680, p. 190-208, et la Notice de M. G. Monval, en tête de son- édition du Malade imaginaire, de Molière, p. XI-XII.
La version donnée par la Revue de Paris est sensiblement différente : 3 mars 1676. « Entendu à l’Ecole de médecine un jeune docteur soutenant sa thèse, six professeurs lui opposant leurs arguments, un professeur modérateur et arbitre, violence étonnante de phrases latines, de gestes, de grimaces, de rhétorique et de non-sens. »
18 mars. « Recette pour faire un docteur en médecine. Grande procession de docteurs habillés de rouge avec des toques noires; dix violons jouant des airs de Lully. Le professeur s’assied, fait signe aux violons qu’il veut parler, et qu’ils aient à se taire; se lève, commence son discours par l’éloge de ses confrères, et le termine par une diatribe contre les innovations et la circulation du sang. Il se rassied. Les violons recommencent. Le récipiendaire prend la parole, complimente l’Académie. Encore des violons. Le président saisit un bonnet qu’un huissier porte au bout d’un bâton, et qui a suivi processionnellement la cérémonie, coiffe le
Royale de médecine la relation d’un cas singulier qu’il a observé à l’hôpital de la Charité : un jeune homme de dix-huit ans, à qui il a poussé en guise d’ongles, de véritables cornes aux mains et aux pieds. Il trouve aussi l’occasion d’utiliser ses connaissances médicales : lady Northumberland, qui souffre d’une crise nerveuse, ne veut pas d’autre médecin à son chevet.
Il fallut pourtant se décider à revenir à Londres. Ce ne fut pas sans un serrement de cœur que Locke quitta cette belle France, qu’il admirait plus encore qu’il ne se l’avouait.
Ce qui atténuait ses regrets, c’est qu’il allait redevenir le confident de lord Shaftesbury, rentré en grâce auprès de son souverain. Cela ne l’empêcherait point de pratiquer la médecine, mais à titre purement officieux.
S’il n’a pas eu, à proprement parler, de clientèle, Locke a donné ses soins à quelques malades, ainsi qu’en témoignent les notes qu’il a laissées. Quoiqu’il fût seulement bachelier, tout le monde l’appelait « le docteur Locke ».
Quant à ses propres maladies, s’il en prenait souci, c’était comme sujet d’observation. Il a tenu,
nouveau docteur, lui met au doigt un anneau, lui serre les reins d’une chaîne d’or et le prie poliment de s’asseoir. Tout cela m’a fort peu édifié. » Revue de Paris, lre série, t. XIY, p. 13-14.
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pour ainsi dire, heure par heure, le journal d’une fièvre qu’il eut, en septembre 1679, à la campagne, chez un ami qu’il était allé soigner.
Ayant consulté à nouveau Sydenham sur son propre cas, l’illustre praticien n’hésita pas à lui conseiller, pour la phtisie, dont il était menacé, un traitement, point banal pour l’époque et qui ne paraîtrait pas moins original aujourd’hui : l’équitation. Locke se rétablit une fois encore.
Sur ces entrefaites, il apprenait la mort de lord Ashley : Locke, pour échapper à une disgrâce imminente, dut quitter l’Angleterre et se réfugier en Hollande; il ne reviendra à Londres que bien des années plus tard.
Dès ce jour, il s’absorbe dans l’étude des s< une es philosophiques et économiques, qui ont consacré sa gloire.
Sur la fin de sa vie seulement, il se lie avec Newton; il engage avec lui de retentissantes controverses sur la théologie, et aussi sur des questions scientifiques, notamment au sujet des papiers de Robert Boyle, qui avait constitué Locke son légataire.
L’irritabilité maladive de Newton. (1) rendit par-
1. Lire, dans Y ouvrage de Marion, précité, d’intéressants détails sur la maladie de Newton.
fois leurs rapports pénibles* et compromit leur attachement réciproque.
De plus en plus affaibli, Locke ne quittait plus sa retraite d’Oates, dans le comté d’Essex,' où il menait une vie toute patriarcale; prodiguant, sans vouloir toucher la moindre rémunération, les soins médicaux et charitables à tout son entourage.
Devenu sourd et hydropique, la maladie ne lui laissait que de courts répits. Sur son lit de mort, il se fit lire Horace, gardant jusqu’à la fin la possession de ses étonnantes facultés.
Nous ne pensons pas qu’on soit redevable à Locke de découvertes dont ait pu bénéficier la médecine.
On ignore au juste la part (mais cette part est réelle) qu’il a eue aux œuvres de Sydenham.
S’il n’a pas compris toute l’importance de l’anatomie et de la physiologie, la faute en est à son temps plus qu’à lui-même.
Au moins avaifiil insisté sur « la nécessité d’établir la thérapeutique sur une histoire préalable des maladies et de leur marche, histoire qui ne peut se faire qu’en recueillant de toutes parts une multitude de cas, en notant avec la plus extrême exactitude les moindres accidents et les moindres symptômes ».
En général, Locke raisonne vrai et juste. On peut
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signaler, dans son œuvre, des omissions; on y chercherait vainement des hérésies scientifiques.
N’aurait-il réussi qu’à montrer qu’un médecin peut devenir, à l’occasion, un admirable philosophe, la démonstration, si peu inattendue soit-elle, suffirait à nous rendre chère sa mémoire et précieux le droit de compter cet évadé parmi les meilleurs représentants de notre art.
TROIS SAVANTS EVADES
DAUBENTON — LAMARCK — BERTHOLLET
C’est seulement pour mémoire, parce que beaucoup de gens ignorent qu’ils sont des nôtres, que nous voulons esquisser ici, à larges traits, trois figures d’hommes de science, dont les études médicales ont préludé à des carrières, s’écartant peu de leur point de départ.
Le premier des trois, Daubenton, eut la bonne fortune de naître dans 'la même ville que Buffon, à Montbard, en 1716. Ses parents le destinaient à l’état ecclésiastique et l’envoyèrent, dans ce but, étudier la théologie à Paris.
Un penchant irrésistible pour les sciences naturelles, fit que le jeune homme suivit, en secret d’abord, ouvertement après la mort de son père, survenue en 1726, les cours du Jardin du Roi, où il reçut 1’enseignement de Baron, de Winslow et d’Antoine de Jussieu. Il prit ses grades de médecine, et son état de fortune ne lui permettant pas de faire de la science pure, il alla s’instal-
1er dans sa ville natale, afin d’y exercer son art.
Il commençait à se faire une clientèle, lorsque son illustre compatriote Buffon vint l’arracher à une obscurité qu’il jugeait indigne des mérites du jeune praticien pour l’associef à ses travaux. Il le chargea de toute la partie anatomique de son Histoire naturelle, et .le fit nommer garde et démonstrateur du cabinet d’histoire naturelle. Daubenton devait occuper ce poste pendant cinquante années, qui furent, selon son propre aveu, « cinquante années de bonheur ». Ce bonheur consistait dans l’arrangement des collections, arrangement auquel il apporta tant d’ordre et de méthode qu’on peut le considérer comme le premier organisateur des cabinets de zoologie et de minéralogie.
Daubenton aborda et approfondit avec un talent égal toutes les parties de la vaste science à laquelle il avait voué sa vie. La zoologie, la botanique, la minéralogie, l’anatomie et la physiologie lui doivent d’importantes découvertes. L’étude de l’histoire naturelle ne fut pas pour lui purement théorique : il en rechercha les applications pratiques et put ainsi rendre à l’agriculture d’éminents services, principalement en ce qui concerne l’élevage des bêtes à laine (1). De plus, il est le premier qui
1. Il avait fondé une bergerie à Montbard et il introduisit le mérinos en France. Durant la Terreur, il demanda une carte de sûfeté à sa section; elle lui fut délivrée au nom du Berger Daubenton .