‹ Les évadés de la médecineChapitre 65 sur 117 · THEODORE TRONCHIN · texte numérisé non relu

THEODORE TRONCHIN

DAUBENTON, LAMARCK, BERTHOLLET

rait pas manqué d’être la victime d’un véritable guet-apens. Il aimait à raconter, par la suite, cet acte d’intolérance et de fanatisme, dont longtemps il garda le souvenir.

Pendant la Révolution, Berthollet fut l’un des savants chargés, par le Comité de Salut public, de présider aux travaux de physique, de chimie et de mécanique, nécessaires au succès des opérations militaires. On a souvent cité un trait qui peint l’homme de courage, d’énergie et de droiture que fut Berthollet à cette époque troublée. L’anecdote est connue, élle est trop significative pour ne pas être rappelée.

C’était en 1793. Le Comité de Salut public accusait les fournisseurs des armées révolutionnaires d’avoir empoisonné l’eau-de-vie destinée aux soldats. Berthollet fut chargé d’en faire l’analyse; il la trouva pure et conclut en conséquence. Aussitôt, il est mandé par Robespierre, l’homme farouche et toutpuissant qui dominait le Comité. Comme celui-ci lui adressait de vifs reproches sur son rapport, Berthollet apporte la liqueur suspectée; avec un grand sang-froid, il en boit un verre entier cl dit : «Je n’en ai jamais tant bu. » L’admiration succède à la menace : « Il faut que vous ayez bien du courage », s’écrie Robespierre. - — « Il m’en a fallu bien davantage pour faire mon rapport ! » Le dictateur n’osa pas insister.

Une commission de savants et d’artistes ayant été formée, après le traité de Campo-Formio, pour être jointe à l’armée d’Egypte, Monge et Berthollet furent désignés pour la présider. On ne peut donner ici les détails — bien connus d’ailleurs — de cette expédition, mais on peut dire que Monge et Berthollet en furent l’âme, et que son succès scientifique fut l’œuvre des deux savants, égaux en bravoure et en savoir.

Lorsque éclata l’épidémie de peste, Berthollet en étudia soigneusement la marche et le mode de transmission; c’est lui qui révéla ce fait si important, que l’infection peut se transmettre par les voies digestives, vérité nouvelle alors et que les recherches modernes devaient confirmer. Berthollet collabora également, avec ses collègues de l’Institut d’Egypte, à l’organisation des mesures sanitaires que réclamaient l’hygiène et la salubrité des troupes, ne craignant pas d’approcher les malades et de concourir directement à leur traitement (1).

Nous ne dirons rien des grandes découvertes que l’on doit à Berthollet dans le domaine de la chimie industrielle, et qui dépassent notre sujet. Nous rappellerons seulement qu’il succomba dans sa maison d’Auteuil, rendez-vous des principaux savants et littérateurs de son temps, le 6 novembre 1822, à un anthrax charbonneux, qu’on n’osa pas opérer.

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