‹ Les évadés de la médecineChapitre 70 sur 117 · Gtjadtct, Histoire des Girondins · texte numérisé non relu

Gtjadtct, Histoire des Girondins

Certes, la tragédie de J.-B. Salle est loin d’être un chef-d’œuvre, mais, comme on Ta judicieusement fait observer, composer une tragédie dans de pareilles conditions, n’est-ce pas un remarquable tour de force et de force de caractère? «L’homme qui, en présence de l’échafaud, dans une obscurité à peu près complète, a pu conserver assez de liberté d’esprit pour mener à bien une pareille œuvre, cet homme-là n’était pas d’une trempe ordinaire.» (1)

C’est dans les mêmes conditions que Salle termina un autre drame, intitulé d’après Guadet : Satan cédant le fauteuil à Marat; le même ouvrage, sans doute, que M. Moreau-Chaslon a édité, en l’accompagnant de fort curieuses notes, sous le titre de : Descente de Danton aux Enfers (2).

On connaît l’épisode si mouvementé de l’arrestation de Salle (3). On sait comment, après avoir fait fouiller les nombreuses grottes des environs de Saint-Emilion par des agents, secondés par une

1. Moreau-Chaslon, Charlotte Corday, tragédie par J.-B. Salle; Paris, 1864. Préface p. 12.

2. Dans une lettre à Duperret, Barbaroux j:>arle d’un ouvrage sur la Constitution, dû à la plume de Salle. Ceux qui voudraient s’éclairer sur le rôle politique de Salle devront consulter surtout la table de réimpression de l’ancien Moniteur (tome XXXI, p. 418), ou l’opuscule précité de M. Moreau-Chaslon, Charlotte Corday, etc., p. 209-211 (note).

3. Pour les détails de l’arrestation, cf. le Moniteur du 10 messidor an II (samedi 28 juin 1794), p. 77,

LE CONVENTIONNEL J. -B. SALLE

bande de chiens, les poursuivants allaient se retirer, quand deux d’entre eux s’aperçurent que, dans la maison du père de Guadet, le premier étage était moins long que le rez-de-chaussée; montés sur le toit afin de découvrir les tuiles de ce côté, ils entendirent tout à coup le raté d’un pistolet (1) : c’était Salle qui ne voulait pas être livré vivant à ses proscripteurs. Vain espoir : transférés dans les prisons de Bordeaux, interrogés 'le 30 prairial (18 juin) au Comité de surveillance, Salle et Guadet étaient traduits le lendemain devant la Commission militaire. Ils furent exécutés (2) Le jour même, dans la crainte d’une évasion !

Le 6 messidor an II (24 juin 1794), le conventionnel Dumas annonçait en ces termes à la Société des Jacobins l’exécution de Salle : « J’annonce à la Société que Guadet et Sa'lle ont enfin payé de leur tête leurs crimes contre la République. Les scélérats s’étaient réfugiés à Saint-Emilion; on les a trouvés dans le grenier du père de Guadet. Salle s’y occupait à faire une comédie {sic) où le Comité de Salut public jouait les principaux rôles et y était traité comme il est facile de se l’imaginer; mais

1. V. l’admirable lettre, écrite par Salle à sa femme, à la veille de sa mort, dans l’ouvrage de M. Moreau-Chaslon.

2. Notice historique et biographique sur J.-T>. Salle, par J.-B.-V. Salle, son petit-neveu; Nancy, 1893.

Salle ne se doutait pas qu’il s’agissait plutôt d’une tragédie où il devait figurer lui-même. »

On ne saurait être plus férocement ironique (1).

Existe-t-il un portrait authentique du conventionnel Salle? Nous sommes obligé de reconnaître que sur ce point nos recherches sont demeurées infructueuses. Avant nous, l’érudit Ch. Vatel (2), auteur de travaux très estimés sur Charlotte Corday et les Girondins, s’était mis en quête de ce document iconographique, sans parvenir à le découvrir. Il était arrivé à cette conclusion que le portrait de Salle n’existait pas ou n’existait plus.

« Salle, pendant qu’il siégeait à la Convention, habitait rue Gaillon, hôtel des Etats-Unis. Là demeurait une portraitiste habile, dont le nom ne nous est pas connu; elle avait fait de Salle, qui avait de fort beaux traits, un pastel remarquable.

« C’est de la même main qu’est le portrait de

1. Salle laissait après lui une veuve et trois enfants : deux fils et une fille.

La fille de Salle, mariée à un M. Contai, eut deux enfants : un fils, qui est devenu le docteur Alphonse Contai (de Nancy), et une fille.

Le docteur Georges-François-Sigisbert Salle est un arrièrepetit neveu du conventionnel girondin.

2. Recueil de gravures pour Vouvrage intitulé : Charlotte de Corday et les Girondins, par Charles Vatel, p. 3-4.

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