‹ Les évadés de la médecineChapitre 71 sur 117 · TESTAMENT DE J.-B. SALLE · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE J.-B. SALLE

{Document communiqué par M. Noël Char aval)

Saint-Just que possède M. Ern. Hamel. Saint-Just

logeait aussi rue Gaillon, hôtel des Etats-Unis, ce qui explique bien l’origine commune des deux pastels.

« Le portrait de Salle avait échappé à tous les désastres de la Révolution. Il était conservé précieusement dans la famille. »

Ce portrait aurait péri à la suite d’un accident, qui a été rapporté de la manière suivante par Ch. Vatel, lequel tenait le renseignement de Mme Raguel (de Villars), la propre petite-fille de Salle.

« Non, malheureusement, écrivait cette dame le 3 octobre 1867, et à mon profond regret, je n’ai point de portrait de mon pauvre et infortuné grand-père! Je sais que la famille en a possédé un, mais qu’il fut maladroitement détruit par l’ignorance d’une servante. Ma mère en a souvent manifesté sa peine devant moi, et m’a redit bien des fois comment ce portrait était devenu la propriété de la pauvre veuve.

« Lors de son premier séjour à Paris, une personne artiste et amie, frappée sans doute de la beauté si expressive et si remarquable de mon grand-père, fit de cette tête si belle un portrait d’une ressemblance frappante.

« Après la catastrophe du 20 juin 1794, inspirée par un sentiment de délicate sympathie, cette personne, dont j’ignore le nom, fit hommage à ma grand’mère de ce précieux souvenir et le lui envoya dans sa retraite de Yézelise.

« Cette chère relique fut gardée avec amour et vénération... La famille y attachait le plus haut prix.

« Un jour, une servante mal inspirée, mais poussée par une intention droite, remarqua cette poussière fine que laisse toujours le pastel, et la prit, dans sa simpli-

LE CONVENTIONNEL J. -B. SALLE

cité, pour une poussière de malpropreté, s’empara du portrait, le démonta, défit le cadre et livra cette chère image à un lavage complet!!! Vous comprenez, Monsieur, ce qu’il advint... Ni regrets ni larmes ne purent rétablir ce qui était à tout jamais détruit; Et voilà comment nous fûmes privés du bonheur de connaître les traits que j’aurais tant aimé à contempler.

« Un autre regret, c’est celui d’ignorer le nom de l’auteur du portrait, car il me semble qu’avant de s’en dessaisir pour l’offrir à la pauvre veuve, cette personne aura dû en prendre copie et la garder pour elle.

« Tout ce que je sais, c’est que mon grand-père habitait alors rue Gaillon, hôtel des Etats-Unis; que le peintre, qui était une femme, je crois, demeurait visà-vis cet hôtel. Je vous donne ces détails, peut-être puérils, mais à qui cherche rien ne peut-être inutile.

« Y. Raguel. »

M. Vatel ajoutait, en guise de commentaire à cette lettre :

« Il existe plusieurs lithographies représentant un prétendu portrait de Salle, mais il y a là un faux certain. Le personnage représenté est non pas Salle, député de la Meurthe, mais de la Salle, député de la Moselle. Pour s’en convaincre, il suffit de se reporter à la collection des portraits des Constituants, par Desjobins; et si l’on veut plus de certitude encore, on peut consulter les dessins originaux de cette collection, dessins qui se trouvent au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale.

« En outre, M. Soliman Lieutaud, qui a fait une collection très curieuse des portraits faux qui circulent dans le monde iconographique, nous a attesté que cette supercherie était à sa connaissance personnelle. Il a su que c’est par fraude que l’éditeur a publié le portrait de la Salle pour celui de Salle, qu’il ne pouvait trouver, »

Pour nous, laissant à son auteur la responsabilité de cette dernière assertion, nous avions tenté, il y a maintes années, d’obtenir des descendants de Salle une précision sur la possibilité de retrouver, dans la famille, une image vraie de leur aïeul. Nos efforts n’ayant pas abouti, nous donnons ici un portrait de J. -B. Salle, dessiné d’après une mauvaise épreuve qui se trouve au département des Estampes, à la Bibliothèque Nationale, et qui tout imparfait qu’il soit, a le mérite de 'l’authenticité.

LE DOCTEUR LOUIS VÉRON MÉDECIN, JOURNALISTE, HOMME POLITIQUE ET DIRECTEUR DE L’OPÉRA

Il est de ces banalités, muées en axiomes, qui ont toujours force de loi et qu’on se répète, de génération à génération, comme des vérités intangibles. En France, dit-on, le ridicule tue ; or, qui fut plus ridiculisé que l’homme dont. nous allons esquisser la silhouette?

Durant vingt ans et plus, les journaux satiriques l’ont criblé d’épigrammes, plus ou moins spirituelles : Mimi Véron, l’appelait celui-ci; à Monsieur Véron, dans sa cravate, écrivait cet autre. L’impitoyable Daumier Ta épargné moins que personne; nous possédons une trentaine de caricatures du génial artiste, où Véron est crayonné sous tous les angles : en Amour, en Antinoiis, en Achille, en baigneur avec ou sans voile, mais le cou toujours enveloppé dans la légendaire cravate.

Cette cravate, a-t-elle fait assez parler d’elle! Il

n’eût tenu qu’au docteur Véron de faire cesser toutes les plaisanteries qu’inspirait cet accessoire du vêtement, en abandonnant des cols pyramidaux et en adoptant la chemise à la Colin; mais les méchantes langues prétendaient que la monumentale cravate était destinée à dissimuler de fâcheuses scrofulides; et, là-dessus, couraient les bruits les plus injurieux.

Les poètes se mirent de la partie et certains se rappelleront peut-être les vers de Banville, dans ses Odes funambulesques.

Véron, tout plein d’insolence,

Se balance, ,

Aussi ventru qu’un tonneau,

Au-dessus d’un bain de siège,

O Rarège!

Plein jusqu’au bord de ton eau.

Comme Actéon, le profane,

Vit Diane,

Tu verras Véron tout nu...

Ce qui, évidemment, ne devait pas être un plaisant spectacle 1 Mais Véron laissait dire et opposait aux sarcasmes une indifférence olympienne. Toutes les railleries venaient se briser contre le roc de son impassibilité.

Imjmvidnm ferlent. .. Nous ne serions pas surpris — bien qu’aucun de ses biographes n’en parle — qu’Horace fût le livre de chevet de cet épicurien,

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