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LE NOUVEL ATLAS

Caricature de Daumier ( Charivari )

LE DOCTEUR VÉRON

qui y est incluse in fine, le passage de Louis Véron à la direction de l’Opéra, vingt ans auparavant.

C’est, en effet, au mois de juin 1831, que Véron devenait, en prenant la direction de l’Opéra, le successeur des Lulli, des Francœur, et de son vieil ami Picard, de l’Académie française.

Ce théâtre avait été, jusqu’alors, gouverné à la mode de l’ancien régime, c’est-à-dire par trois gentilshommes de la maison du roi, avec un directeur placé sous leurs ordres. Quand Louis-Philippe arriva au pouvoir, les trois gentilshommes de sa maison furent remplacés par un commissaire royal, et le subside annuel fut fixé à la somme fort coquette de 812.000 francs (1).

A l’arrivée du docteur Véron, les recettes de l’Opéra flottaient entre 1.500 et 2.000 francs. Le succès, sans précédent, de Robert le Diable, les fit monter à 10.000 francs. Le nouveau directeur croyait si peu au succès, qu’il insista auprès du gouvernement pour obtenir une indemnité de 40.000 francs destinée à couvrir les premiers frais.

La mise en scène fut sompteuse, au point que le compositeur commençait à douter de la valeur de sa musique, puisqu’on l’entourait d’un pareil cadre. A une des dernières répétitions de Robert le Diable,

1. Un Anglais à Paris, notes et souvenirs, t. I (1835-1848), traduit de l’anglais par J. Hercé. Paris, Plon, 1893.

Meyer beer, saisi par l’effet fantastique de la lugubre procession des nonnes sortant de leurs tombeaux, s’en va trouver Véron.

« Mon cher directeur, lui dit-il, je vois bien que vous ne comptez: pas sur mon opéra; vous cherchez un succès de grand spectacle.

— Attendez le quatrième acte », réplique Véron.

Le rideau se lève sur le quatrième acte, et qu’aperçoit le musicien? Au lieu du vaste et grandiose appartement qu’il avait imaginé pour Isabelle, princesse de Sicile, il avait sous les yeux un décor mesquin, misérable, à peine digne d’un théâtre de dernier ordre.

Le succès de Robert le Diable fut un triomphe, et pour le compositeur et pour le directeur, jusqu’au jour où un événement, que celui-ci n’avait

vraiment pas pu prévoir, vint détruire ses plus

légitimes espérances. C’était en 1832. Le choléra venait d’éclater dans Paris, les recettes tombèrent du jour au lendemain au-dessous de 3.000 francs. Ceux qui avaient pris leur place en location se précipitèrent aux guichets pour se faire rembourser.

Impassible, Véron ouvrit sa caisse particulière, contenant 600.000 francs, qui représentaient les bénéfices réalisés l’année précédente. Il en fit dix paquets, de 60.000 francs chacun (1).

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