LE NOUVEAU SAINT SÉBASTIEN, VIERGE ET MARTYR
Caricature de Daumier ( Charivari )
LE DOCTEUR VÉRON 269
gnait pas, mais il n’était pas forcé de jouer le soir. Le rapport n’admettait-il pas l’indisposition invoquée, le chanteur devait chanter, la danseuse danser, ou payer la recette : play or pay.
Les vedettes invoquaient rarement le prétexte de maladie; si, par hasard, elles se déclaraient réellement malades, l’administration les croyait sur parole et ne leur faisait pas l’injure de faire vérifier leurs déclarations. Il n’en était pas de même avec les artistes subalternes, celles du corps de ballet principalement.
Un ancien article du règlement privait de tout traitement la femme non mariée empêchée de faire
son service pour cause de grossesse.
Parmi toutes les grossesses chantantes ou dansantes, une est restée célèbre dans les annales de l’Opéra. Ceci se passait presque immédiatement après la retraite du docteur Véron comme directeur de l’Opéra.
Il s’agissait d’une danseuse mariée, mais judiciairement séparée de son mari. La sylphide — elle jouait d’ailleurs ce rôle dans la pièce de ce nom — était-elle enceinte ou ne l’était-elle pas? Elle déclarait seulement un mal au genou; la direction soutenait qu’il y avait grossesse. On convoqua les grands manitous de la médecine pour en décider. Une consultation solennelle, composée des docteurs Magendie, Houx, Marjolin et de Guise, eut lieu. « Il
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n’y avait au genou ni gonflement, ni rougeur; mais, au moindre toucher, la physionomie de la danseuse exprimait la douleur la plus vive (1).» Pendant que les chirurgiens discutaient avec chaleur sur les aponévroses, sur les gaines des tendons, Magendie et Véron, qu’on avait admis à la consultation, souriaient dans leur barbe, Enfin, !’ aréopage décida qu’on appliquerait quarante sangsues loco dolenti.
Chargé, comme médecin de l’Opéra, de suivre cette malade, le docteur de Guise reconnut que, bien réellement les sangsues avaient été appliquées; niais i] reconnut aussi qu’elles n’avaient fait que paraître et disparaître, que piquer et tomber. « Elles n’ont pas assez saigné », dit-il froidement, « il faudra recommencer demain, j’assisterai à V application. »
A ees mots, la sylphide se trouble. « Mon cher docteur, dit-elle à de Guise et personne n'en lendit le reste du propos, chuchoté à voix basse. Tout ce que l’on sut, c’est que, par la suite, Je docteur de Guise donna sa démission de médecin de l’Opéra (2).
Trois qu quatre ans plus tard, Adolphe Adam, le
musicien, était à Saint-Pétersbourg, Entrant un
jour dans l’appartement de Mlle Taglioni, alors première danseuse au théâtre Impérial, il vit arriver dans ses jambes une charmante enfant. « A qui donc