‹ Les évadés de la médecineChapitre 82 sur 117 · Oh. de Botgne, Petits Mémoires de l’Opéra , Paris · texte numérisé non relu

Oh. de Botgne, Petits Mémoires de l’Opéra , Paris

LE POCTEIJR VÉRON

cette jolie petite fille? » demanda-t-il à la danseuse. « C’est mon mal de genou (1) », répondit en riant Taglioni. L’expression en est restée : le mal de genou est devenu synonyme de grossesse.

Entré à l’Opéra en 1831, le docteur Véron en sortit en 1835. Dans l’espace de quatre ans, il avait fait représenter cinq grands opéras : Robert le Diable, Gustave, AlUBaba, Don Juan et la Juive ; deux petits opéras : le Philtre et le Serment ; un opéra-ballet : la Tentation; quatre ballets : la Sylphide, Nathalie, la Révolte au sérail et la Tempête ,

Il s’était trouvé placé à la tête de la première scène lyrique de l’Europe, sans que son passé et ses études donnassent les moindres garanties au succès de l’entreprise que le gouvernement lui confiait. Tout à fait neuf dans le métier, il réussit non seulement à gagner beaucoup d’argent, mais à favoriser, ce qui vaut mieux, l’éclosion de chefsd’œuvre de la musique. Il eut sa part, sa bonne part, dans la gloire de Meyerbeer.

Quand il fut nommé directeur, ç’avait été un toile général. «Retournez à la clinique!» avaient crié quelques compétiteurs évincés à celui qui avait eu l’heureuse fortune de décroeher la timbale. Le docteur Véron, loin de se laisser abattre par ees vociférations, se rit de ces menaces. « A l’œuvre on

L L. Vioron, Mémoire s, t, III, 303.

verra l’artisan », songeait-il in petto, et, peu après, le succès de Robert le Diable venait consacrer triomphalement sa maîtrise d’administrateur.

Quand il fut nommé directeur, il se demanda comment il allait s’y prendre pour exercer ces délicates fonctions.

L’anatomie, a-t-il consigné dans ses Mémoires, crée des méthodes, établit des classifications pour l’étude du corps humain; elle étudie les os (ostéologie) , les muscles (myologie) , les nerfs C neurologie ), les vaisseaux sanguins (angéiologie) , les viscères (splanchnologie) . Pour administrer l’Opéra, me dis-je, il faut avoir recours à la méthode et aux classifications. J’admis d’abord trois grandes divisions : le service de la scène, le service de la salle et le service de la comptabilité générale, en un mot l’administration (1).

Il n’oublia pas non plus, les circonstances aidant, que « la science de l’anatomie et de la physiologie peut fournir des renseignements et des conseils utiles à l’art de la danse comme à l’art du chant. L’anatomiste et le physiologiste peuvent, mieux encore que les Vestris et les Taglioni, prononcer sur l’avenir du jarret d’un danseur, ou mieux qu’un Garcia ou qu’un Bordogni prononcer sur l’avenir du larynx, qui est pour ainsi dire le jarret du chanteur ».

A un moment où le corps de ballet était sérieusement atteint par une épidémie d’ozène, le doc-

Page 1