Chron. méd., 15 mars
l’abandon de sa direction, le docteur Véron obtint, vers 1860 ou 1861, du ministère de la maison de l’ empereur, qui était alors tout-puissant à l’Opéra, qu’une loge sur le théâtre même, au rez-de-chaussée, lui fût donnée en location. Cette loge, depuis longtemps la propriété des danseuses, qui, au terme d’un règlement tombé en désuétude, devaient assister à toutes les représentations, en prévision d’indisposition subite ou de changement de spectacle, devint presque le prétexte d’une révolution de palais. Les danseuses, qui n’y allaient plus pour les besoins du service, mais bien pour leur agrément personnel, protestèrent contre l’envahissement du docteur, pendant que les abonnés, de leur côté, récriminaient hautement. Il y eut des plaintes, des menaces même. Puis tout ce bruit s’assoupit, la paix fut signée, et les anciennes occupantes de la loge concédée au docteur Véron n’eurent pas à se plaindre de la présence habituelle du nouveau propriétaire.
C’est dans cette loge que le docteur Véron tenait ses assises. Il était devenu un gros personnage et J’on comptait avec lui.
Par la fondation de la Revue de Paris , il s’était trouvé le chef d’un groupe littéraire, dont la gloire rejaillit sur son nom, mais qu’il dirigea sans en faire partie; il commandait un bataillon par les rangs duquel il n’avait pas passé. Plus tard, rédacteur en chef du Constitutionnel , « il devint le
LE DOCTEUR VÉRON
porte-drapeau le plus en vue d’un parti auquel aucun lien jusqu’alors ne l’avait rattaché. Il se réveilla bonapartiste sans te savoir, peut-être sans le vouloir, et on le vit donner un souverain à la France avec la même 'désinvolture qu’il lui avait révélé naguère ses grands écrivains et qu’il l’avait dotée d’un de ses meilleurs opéras» (1).
Il n’avait jamais vu le prince Louis-Napoléon Bonaparte avant son arrivée à Paris comme représentant, lorsqu’il reçut la lettre suivante :
Monsieur,
Désirant voir de près toutes les personnes distinguées de mon pays, j’avais naturellement l’envie de faire votre connaissance. Aujourd’hui qu’un ami commun m’assure que vous voudrez bien accepter chez moi un dîner d’auberge, je m’empresse de saisir cette occasion qui me permettra de causer avec un homme dont j’ai souvent entendu parler...
Et la lettre était signée : Louis-Napoléon B.
Trois ans plus tard, le 15 -décembre 1851, une nouvelle lettre parvenait au docteur Véron, de l’Elysée, cette fois. Le Prince-Président venait d’accomplir son coup d’Etat, et il récompensait déjà -ceux qui avaient soutenu sa politique, à un moment où il y avait quelque risque à le faire. Le souverain annonçait à son fidèle partisan qu’il le nommait officier de la Légion d’honneur pour