Mém. de Philarète Chasles
LE DOCTEUR VÉRON
et avide; la bouche riante, la lèvre grosse, le cheveu rare, le sourcil absent, une tenue de petit laquais singeant son maître... quelque chose aussi de l’abbé jeune, qui se fera gras par trop manger (1)...
Véron, en effet, était gourmand : il serait plus exact de dire qu’il passait pour un gastronome, et cette réputation, il ne l’avait pas usurpée; il la soutenait grâce à un cordon-bleu émérite, la fameuse Sophie, qui mérite d’être au moins silhouettée.
Le docteur aimait à recevoir, autour d’une table splendidement servie, artistes, gens de lettres et gens du monde, qui payaient leur écot en bonne humeur, et qui n’épargnaient pas plus leur esprit que l’amphitryon. On y remarquait, notamment, Sainte-Beuve, l’illustre critique; Nestor Roqueplan, fourchette aussi intrépide qu’il était causeur intarissable; Arsène Houssaye, qui tranchait du grand seigneur; Malitourne, un peu la mouche du coche, à qui le docteur passait toutes ses fantaisies; Romieu, le mystificateur légendaire; enfin, ce trio incomparable de compositeurs : Auber, Halévy et Adolphe Adam.
Mais le docteur aimait aussi à s’entourer de sommités médicales, afin de ne pas laisser tout à fait oublier ses origines. On pouvait rencontrer chez