‹ Les évadés de la médecineChapitre 90 sur 117 · RACHEL SUR SON LIT DE MORT · texte numérisé non relu

RACHEL SUR SON LIT DE MORT

LE DOCTEUR VÉRON

Sophie Véron (car on avait fini par l’appeler ainsi) était originale à plus d’un titre, et par sa bonne cuisine, et par son costume de paysanne, auquel elle n’avait jamais voulu renoncer, au milieu des splendeurs de la rue de Rivoli, presque côte à côte avec les Tuileries, dont elle connaissait bien les hôtes, — et par son propos, qui ne ménageait personne et qui les amusait tous... Personne n’était plus au courant qu’elle des choses de l’Empire; elle en avait surpris le complot (sans qu’on se cachât d’elle) et vu toute la manigance. Elle demandait, un après-midi du mois de juillet 1851, à M. de Morny : « Est-il vrai que le Président veut faire un coup d’Etat? — Mais non, mais non, il fait trop chaud. — Ah! je le dirai ce soir à Monsieur, en le bordant! » Très dévouée à son maître, ne lui connaissant rien de supérieur, elle était, par sa sagesse, au-dessus de tout soupçon, et ce n’est certes pas sa beauté qui aurait jamais tenté les plus pervers... » (1)

Sophie avait fait ses premières armes chez un conseiller à la Cour de Caen, puis elle était entrée au service de la célèbre actrice Fanny Elssler, qui en fit « cadeau » à son ami, le docteur Véron.

— Vous ôtes gourmand, lui écrivait-elle en lui adressant la « perle » ; vous avez besoin auprès de vous d’une personne sûre et dévouée; laissez-moi vous donner une cuisinière.

C’est ainsi que Sophie était entrée au service du l)r Véron; elle y resta durant trente-cinq ans, ou presque (2). Sophie a dû sa notoriété moins à ses talents culinaires, qui n’étaient d’ailleurs pas

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