Livres dont on se servait
wSur les Livres du Nouveau Testament, il faut consulter l'histoire du canon dans les traités d'Introduction à l'Ecriture vSainte : un opuscule de M. Chauvin <i La Bible dans l'Eglise catholique » (n*^ 92 de la collection Science et Religion) donne un résumé des travaux accomplis jusqu'à nos jours. « Le recueil évangélique fut déterminé, en fait, dès l'an 120 ou 130. » (Chauvin, opusc. cité, p. 31).
La manière dont s'exprime la Z^/ir/^^/^^ indique qu'à l'époque où écrivait son auteur, vers 160 au plus tard et probablement vers la fin du l^^ siècle, les Evangiles étaient déjà réunis ensemble.
Ces manuscrits servirent dans les assemblées chrétiennes pour la liturgie des premiers temps.
2. Existence des lecticres évaiigéliques. L'usage du saint Evangile s'introduisit de
bonne heure dans ces assemblées, soit pour Tins-
truction, soit pour l'édification des fidèles : la tradition et les écrits des premiers Pères nous en fournissent une preuve au moins indirecte. Saint Justin, qui reflète à la fois les traditions romaine et palestinienne, y fait allusion dans ses Apologies. Saint Cyrille de Jérusalem, dans sa quatrième catéchèse où il résume toute la doctrine chrétienne, recommande les quatre évangiles bien connus de ses auditeurs (Migne, P. G., tom. 33, col. 499). Il faudrait aussi citer Origène (i).
Les Constitutions apostoliques, vaste recueil dont les parties sont empruntées à des sources diverses, ont tout un livre (le huitième) consacré à la liturgie de la messe, aux formulaires des ordinations, à la célébration des heures de prières. On y lit, à propos de l'ordination de l'évêque : « Post lectioiieni legis et prophetariùni ac Epistolarum nostrarunt et Actorum atque Evangeliorum, ordinatus Ecclesiant salutet dicens : Gratia Domini nostri Jesu Christi, chœritas Dei ac Pat ris et communicatio spiritus sancti cum omnibus vobis » (II Cor., xiu, 13.) Mais c'est surtout la Peregrinatio Sylviœ qui fournit des détails précieux à propos de la lecture de l'Evangile dans l'église de Jérusalem. Décrivant l'office du dimanche à la basilique de TAnastasie, Etheria nous y signale deux moments distincts où se fait
(i) Voir un passage classique datis l'opuscule Les Leclionnaires, p. 9.
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cette lecture : « Au premier chant du coq, nous dit-elle, après des prières et oraisons qui ne peuvent être récitées que par les prêtres ou les clercs, l'évêque resté jusqu'âr cet instant dans l'intérieur du tombeau s'avance vers le seuil et lit, dans l'Evangile, le passage de la Résurrection ( ce qui se pratique tous les dimanches). » Puis, vers huit ou neuf heures du matin, a lieu une autre réunion que la pieuse pèlerine ne prend pas la peine de nous décrire, parce qu'elle est conforme à la coutume qui existe partout le dimanche. Nous pouvons suppléer à son silence : l'office dont il s'agit est celui que l'antiquité appelle Messe des Catéchumènes. « Nous la trouvons décrite tout au long dans des documents à peu près contemporains, dit Mgr Duchesne (Origines du, ailte chrétien, p. 57). La série des lectures se termine par la lecture de l'Evangile, qui est faite, non plus par un simple lecteur, mais par un prêtre ou un diacre (i). »
Pour les églises du groupe d'Antioche, de Césarée, de Constantinople, il faut demander des allusions à la lecture de l'Evangile, soit à saint Basile, soit à saint Jean Chrysostome dans leurs homélies ou explications du texte sacré. Le premier, décrivant la pratique de son église de
(i) Pour ce qui concerne la Peregrinatio, voir l'Etude de D. Cabrol, pages 02 et SS.
Césarée, donne le cérémonial et les formules qui précèdent, accompagnent et suivent la lecture de l'Evangile dans l'assemblée des chrétiens. (V. Aligne, P. G., t. 31, col. 1662). Saint Chrysostome donne à entendre qu'il y avait de son temps une table des lectures dressée d'avance et mise à la disposition des fidèles : il invite ses auditeurs à préparer le passage qu'il leur expliquera dans une prochaine réunion. {Homïlïa de Lazaro, m, c. i.)
« La liturgie d'Antioche, au temps de saint Chrysostome, était à peu près celle que nous connaissons sous le nom de saint Jacques ou de Jérusalem, mais avec divers passages appartenant plutôt à celle des Constitutions apostoliques et d'autres de la liturgie du Testament (i). »
A Alexandrie, nous savons que les synaxes solennelles des dimanches et des fêtes avaient beaucoup de ressemblance avec celles de Rome ; nous entendons le Pseudo-Athanase dans sa lettre au pape Marc se plaindre que les Ariens avaient brûlé leurs livres saints, par mépris pour le nom chrétien. (Migne, P. G., tom. 28, col. 1445.) Saint Cyrille, écrivant à l'empereur Théodose, lui dit toute la vénération que l'on témoignait, dans les conciles, au texte des ^Saints Evangiles et l'autorité qu'on lui reconnaissait pour dirimer
(i) Diclionn. d' Archéologie chrétienne et de Liturgie. Liturgie d'Antioche, tom. I, col. 2428. — Voir aussi les citations dans l'opuscule Les Lectionnaires. pp. 11 et 12.
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les controverses ; ainsi à ses yeux ce texte était assimilé aux autres Ecritures et l'on en pouvait faire usage au même titre dans les réunions des fidèles. (Migne, P. G., tom. 76, col. 471.)
L'Afrique, aux premiers temps, témoigne sa vénération au livre des Evangiles et dans les réunions en fait la lecture aussi bien que des autres livres de la Bible : des écrits de l'iiérétique Marcion et de la réfutation faite par Tertullien (adv. Mai'cionent, iv, i) il résulte que la distinction entre V Evangile et V Apôtre était connue dès le ir siècle. Le même Tertullien dit encore (de Prœscyipt.y 6, 36) en parlant de l'Eglise romaine : « Legem et Prophetas cicm Evaugelicis iniscet et Apostolicis litteris », voulant dire sans doute qu'elle les met sur le même pied, soit que ces quatre lectures se fissent successivement dans chaque réunion, soit qu'elles eussent lieu dans des réunions différentes. Quant à la distinction entre l'Evangile et l'Apôtre, nous la trouvons usitée dans les canons du n*" siècle, à Rome comme en Afrique, pour marquer les deux parties du Nouveau Testament : l'enseignement du Sauveur, l'enseignement des Apôtres, et, par excellence, celui de l'apôtre saint Paul, occupent une large place dans la série des Livres inspirés. Il est question des Codices sacriiywr^'s^XM^ dans les réunions de chrétiens, et comprenant soit l'Ancien, soit le Nouveau Testament) dans les actes très authen-
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tiques de martyrs africains : car, sousDioclétien, un des caractères de la persécution fut d'obliger les évèques et les prêtres à livrer leurs livres. D'après le Pseudo-Athanase, les ariens manifestaient leur rage contre les orthodoxes, en brûlant les livres dont ceux-ci se servaient. Dès la fin du u^ siècle, on voit aussi paraître la fonction de lecteur comme un ordre spécial dont le privilège fut de lire les livres sacrés (même l'Evangile) dans les réunions liturgiques (Duchesne, Origines, p. 330). Saint Cyprien, évêque de Carthage, estimait à un tel point cet ordre qu'il le conféra à un confesseur de la foi, Aurélien, en récompense de son courage pendant la persécution : « Placuii 7U ab officio lectionis iucipiat, qîtia et nihil inagis C07igruit voci quœ Deicm gloriosa prœdicatioiie confessa est, quant celebi^andis divinis lectionibns personare, post verba siiblimia quœ Christt mariyriîun prolociita siint, Evangehum légère, unde martyres fiiuit. » (Epist. 33, P. L.^ tom. 4, col.
Tertullien est un témoin de l'église de Rome, car il connaissait cette chrétienté et ses usages (De cultiùfentiii., i, 7), aussi bien que ceux de l'église d'Afrique ; saint Augustin plus tard marquera le trait d'union entre son église et celle de Milan ; on sait qu'il se convertit dans cette ville en entendant les prédications de saint Ambroise. En maint endroit de ses sermons, le grand évêque d'Hip-
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pone mentionne la lecture de l'Evangile comme une pratique de la messe des catéchumènes, tant à Milan qu'à Hippone. Au livre de ses Confessions, IX, ch. 33, il désigne la translation des reliques de saint Gervais et saint Protais à la basilique ambrosienne comme ayant marqué l'institution d'une nouvelle psalmodie ; saint Ambroise, au jour de l'invention de ces corps sacrés, donne une instruction à son peuple et il s'y réfère à l'évangile de l'aveugle-né dont on venait de faire la lecture. A Hippone, le fait de trois lectures, évangile compris, au temps de saint Augustin, ne semble pas contestable et doit être noté avec soin : il paraît même qu'il y a ordinairement connexion entre les lectures et les psaumes chantés (i). La connexion entre l'homélie et l'évangile lu n'est peut-être pas toujours aussi étroite, elle s'affirme néanmoins souvent, comme on peut s'en rendre compte par les exemples suivants : sermon 112 : <.<. Jji Evaiigeho ad cœnamvocatï suinus. y> (P. L., t. 38, col. 643) ; serm. 170 : « Audistis et Evangelîuin istis lectionibus concordai^e » (P. L., t. 38, col. 927). (Voir aussi le sermon 49, it., col. 320.) Nous n'en sommes pas encore aux ramifications des liturgies occidentales ; s'il faut en croire la lettre du pape Innocent P'" à Décentius, évêque
(i) Dictionnaive d'Afchéologle chrétienne et de Liturgie, Afrique. I, col. 63o.
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d'Eug-ubium, écrite vers le début du v" siècle, l'unité liturgique existe entre toutes les églises d'Occident, et parce qu'il la trouve un instant méconnue sur un point, il entend la rétablir (voir Migne, P. L., tom. 20, col. 551). La pratique de lire des passages de la Sainte Ecriture est donc, .dans l'Eglise, au iv^ siècle, universelle et regardée comme ancienne : dans cette pratique, une place de choix est laissée à la lecture du saint Evangile.
3. Quels passages lis ait- ou alors, et quelles marques de respect donnait- on an texte sacré ?
Il y a peu de détails à donner en réponse à ces deux questions. En ce qui concerne la première, deux mots déjà ont été dits à propos des recueils, c'est que le président de l'assemblée désignait lui-même le passage à lire et arrêtait le lecteur quand il le jugeait bon. Toutefois, on en vint plus tard à un système de lectures déterminées et indiquées à l'avance. Un problème, sur la solution duquel lès auteurs ne paraissent pas s'accorder, est de savoir si le Diatessaron de Tatien, premier type d'une harmonie évangélique au second siècle, exerça une influence sur la liturgie : l'abbé Martin (i) {Rev. des quest. histor., 1883, tom. 33, p. 349 et suiv.) n'hésite pas à dire que les ouvrages d'Ammonius et Tatien exercèrent une influence
(i) Ce même abbé Martin a donné un autre article dans la même Revue, 1888, tom. 44, p. 5, sur le Diatessaron et les lectures.
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profonde et durable sur les livres liturgiques des églises orientales. Ainsi, dans l'Evangéliaire grec, les Evangiles choisis pour les leçons de certains jours sont formés de versets ou séries de versets pris de divers côtés dans le même évangile, quelquefois même dans des évangiles différents (i). D'autres vont plus loin et disent : a) Saint Augustin fît une tentative demeurée sans succès pour introduire dans son église l'usage d'enchâsser, dans le texte d'un évangéliste racontant la Passion de Jésus, des paroles empruntées aux autres synoptiques, à la manière de Tatien (voir sermon 2t^2, Migne, P. L. , t. 38, col. 1 1 08) ; bj l'église syrienne, jusqu'au commencement du v"^ siècle, lisait, dans sa liturgie, les évangiles harmonisés, c'est-à-dire \ç: Dîatessaron ào. Tatien (hypothèse du P. Savi dans la Revue bibl., 1893, p. 326) ; ^y le rite mozarabe imite cette manière de lire l'Evangile comme aussi certains fragments du Lectionnaire gallican. Mais, suivant la remarque du R. P. Dom Cabrol, la thèse est loin d'être prouvée, elle a contre elle précisément la tentative infructueuse de saint Augustin, et, quant à l'église syrienne, les indications que donne Etheria dans sa Peregi'inatio (2).
(1) Au moins en ce qui concerne la lecture du récit de la Passion. Catalani parle aussi de l'Epiphanie. Voir de Codice Evangeî., p. 3o.
(2) Etude sur la Peregrinatio : Appendices, p. 168-169.
En effet, Ethéria nous indique les lectures faites au cours de l'année à Jérusalem. Ce sont : pour les dimanches ordinaires, l'Evangile de la Résurrection à l'office des vigiles ; pour la fête de la Purification : S. Luc, II, 22 \ pour le samedi de Lazare (c'est-à-dire le samedi avant les Rameaux) : S. Jean, XI et xii, 1-12; pour le Dimanche des Rameaux: S. Math., XXI ; pour le Mardi Saint, office du soir : S. Math., XXV, 3-4 ; pour le Mercredi Saint, office du soir : Trahison de Judas ; pour le Jeudi Saint, office du soir: S. Math., XXVI, 38, ou S. Marc, XIV, 36 ; Jeudi Saint, la nuit: S. Luc, XXIII, 41 ; pour le Vendredi Saint, la nuit: S. Math., xxvi, 40; Vendredi Saint, la nuit : S. Luc, XXII, 48 ; pour le Samedi Saint, au matin : comparution du Christ devant Pilate ; Samedi vSaint, après-midi : S. Math., XXVII, 57, ou S. Jean, xix, apparition aux disciples ; pour Pâques, après midi : S. Luc, XXIV, apparition aux disciples ; pour le Dimanche de Quasimodo : S. Jean, XX, apparition à S. Thomas; pour la Pentecôte ; Actes des Apôtres, I, 1-12 et évangile de l'Ascension.
Autre détail non moins intéressant à relever dans la Peregnnatio Silviœ : à Jérusalem, la lecture de l'Evangile est pratiquée à Matines et à la Messe. D. Cabrol en a tiré cette conclusion que l'avant-messe ou messe des Catéchumènes et l'office canonial ont du être calqués l'un sur l'autre.
Tel paraît être aussi l'avis de D. Baurner, dans son Histoire du Bréviaire ; nous lisons en effet au tome P"", p. 388 de la traduction française : c( On peut supposer qu'à partir de la fin du iv* siècle, les leçons de l'office suivaient l'ordre des lectures de la messe. Le récit de Cassien, que les moines, durant le temps pascal, lisaient le Nouveau Testament (Actes des Apôtres, Epîtres, Evangiles), correspond aux indications de saint Jean Chrysostome(P. G., tom. 51, col. 105). Saint Augustin parle dans le même sens {Tract, in Joan,, vi, n. I, P. L., tom. 35, col. 3019). » Ainsi, aux Matines romaines, on lisait entièrement la péricope de l'Evangile de la messe correspondante, et non pas comme aujourd'hui les premières lignes seulement avec les mots : et reliqua. Le rit monastique a conservé cette lecture au Bréviaire, après le Te Dett,m immédiatement avant les Laudes (i). Quant aux marques de respect qui accompagnaient la lecture du texte sacré, saint Cyrille d'Alexandrie y fait allusion dans sa lettre à l'empereur Théodose. Cette lecture, nous dit Ethéria, se fait au milieu des illuminations et des parfums dont l'odeur se répand dans toute la basilique, elle est accompagnée par les larmes et gémisse-
(i) Voir D. Cabrol, L'avant- messe et l'office ca7ioniaî, dans l'art, de la Revtie du Clergé français , année 1900 : Les origines de la Messe romaine. Voir aussi Les Lectionnaires, p. i3.
raents que poussent les auditeurs. Dans la liturgie alexandrine, tous, sauf l'évêque, se lèvent pendant que l'archidiacre lit l'Evangile. Avant cette lecture, les Ethiopiens disent le Trisagion et, quand elle est terminée, le livre saint est baisé par tous les assistants (i).
Ainsi sejustifient par leur antiquité les marques de vénération et les rites que nous aurons à signaler dans la suite, et par lesquels l'Eglise traduit son respect pour le texte évangélique.
{^\) Dictionnaire d^ Archéologie chrétienne et de Liturgie : liturgie d'Alexandrie. I, col. 1084.