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CHAPITRE II Deuxième Epoque. — Du V au X'' siècle

Les documents de ces temps reculés sont rares : on a eu pourtant la bonne fortune (et les travaux qui s'accomplissent chaque jour amèneront de nouvelles découvertes) de retrouver et d'étudier des manuscrits appartenant au viir ou au ix" siècle, et l'examen en a été profitable aux recherches sur les usages liturgiques. Essayons de résumer les résultats acquis, en ce qui concerne l'Evangéliaire dans les églises d'Orient et d'Occident.

Article P'". — Eglises d'Orient.

Dès le IV'' siècle et au plus tard durant le V'^, l'Orient arrête une forme unique de liturgie : ce fait simplifie beaucoup les recherches et empêche de regretter l'absence de documents pendant le laps de temps qui s'écoule entre le iv'^ et le

IX* siècle. « N'eussions-nous, dit D. Burgon, ^i synaxaire, ni évangéliaire d'une plus haute antiquité que le viir siècle, le plan lui-même tel qu'il résulte de ces monuments, pris dans ses particularités essentielles, est certainement antérieur de quatre siècles à n'importe quel manuscrit grec connu (i). »

Les temps ultérieurs présentent des ramifications liturgiques comme celle des Ethiopiens, Syriens, Arméniens, Maronites, etc.; dans un exposé succinct il faut renoncer à leur donner une place ; on ne peut que dire un mot sur les deux branches principales : liturgie grecque et liturgie syriaque.

I. Les recueils de l'Eglise grecqiLe. — Le D'' Scrivener, Iiiiroduction to the criiicism of the A^ew Testament, tom. I, a collationné un grand nombre de manuscrits contenant le texte grec du Nouveau Testament, et, dans l'article Lectionary du Dictionary of Christian antiquities de Smith, il a lui-même résumé ses recherches en prenant soin de signaler les sources où il a puisé. Dans un appendice au chap. III, tom. I'^, p. 80, il donne un wSynaxaire formé par la comparaison de différents manuscrits onciaux (notamment r^r^;/<^^/, n. 547, qui est du ix*^ siècle ;

(i) Cité dans Smith : Dicti?nary of Christian antiquities y tom. II, p. 954.

LES ÉVAXGÉLIAIRES 25

\ç:Parhajn, n. i8, qui porte la date de 980; le Harleian, n. 5598, daté de 995) avec des notes liturgiques ajoutées en seconde main au Codex Bezœ. Il cite encore, comme vraiment précieux à notre point de vue, deux manuscrits onciaux du VIII" ou IX'' siècle, actuellement à la Bibliothèque nationale de Paris : ces manuscrits sont désignés, l'un sous la lettre K et le nom de Codex Cyprins, l'autre sous la lettre M et le nom de Codex Campianiis : tous deux contiennent le texte grec des Evangiles et portent en marge des notes liturgiques écrites par le copiste lui-même ou par quelqu'un de ses contemporains. Les notes sont à l'encre rouge : dans la première moitié de l'un de ces Codices, elles consistent en un simple signe d'inflexion ; dans la seconde, elles mentionnent en marge la référence aux canons d'Eusèbe placés

au commencement du volume, puis le signe AP, abréviation de APXH, une rubrique indiquant la fête à laquelle se réfère la péricope et souvent même la reprise du commencement du texte. A ces manuscrits sont annexés des fragments de Ménologes ou tables des leçons pour les saints de l'année.

2. Pour les Lectiomiaires syriaques, Scrivener (tom. II, p. 413-414) les partage en deux classes : la première ne nous présente qu'une œuvre grecque traduite en langue syriaque ; la seconde s'écarte des lectionnaires grecs surtout en ce qui

concerne le commencement de l'année ecclésiastique (Avent au lieu de Pâques). Certains recueils contiennent un Ménologe ; plus rarement les leçons des fêtes sont reportées dans un autre volume. — Quelques manuscrits syriaques dont il reste seulement des fragments sont d'une haute antiquité, le British Muséum en possède deux datés de 824, et plusieurs autres qui doivent être rapportés au même siècle ; un autre du vr siècle contient les quatre Evangiles avec un certain nombre de rubriques intercalées dans le texte. On ne peut passer sous silence le manuscrit 19 du Vatican, écrit en 1030 par le prêtre et moine Elias dans le monastère de Moïse à Antioche ; quoiqu'il n'appartienne pas à l'époque que nous étudions, il permet de supposer que, longtemps avant cette date, les leçons de l'église syrienne étaient identiques à celles de l'église grecque (i). 3. Distribution des leçons évangéliques an cornas de l'année grecque. — Les documents signalés fournissent toute la preuve matérielle désirable que le texte évangélique était lu en entier chez les Grecs au moins une fois chaque année : il y avait une péricope indiquée pour chaque jour, on ne dit pas que la lecture en fût empêchée par la solennité des saints, assez rare d'ailleurs à cette

(i) Smith, Dictionary of Christian antiquities, Lectionary. II, p. 959.

époque reculée. Le choix, sauf pour le samedi, le dimanche et les mystères de la vie du Sauveur, n'est guère compliqué : on se contente de suivre l'ordre du récit donné par chaque évangéliste, on les lit dans l'ordre suivant : saint Jean, saint Mathieu, saint Marc et saint Luc.

L'année ecclésiastique commence à Pâques : l'évangile de saint Jean remplit les sept semaines qui vont de Pâques à la Pentecôte, généralement la leçon du dimanche est plus longue et paraît choisie d'après un plan déterminé, on y a placé le récit des miracles plus marquants, des paroboles plus développées, des enseignements plus importants du Sauveur : à remarquer au 4- dimanche après Pâques l'entretien de Jésus avec la vSamaritaine (iv, 5-42) et au 5*^ le miracle de l'aveugle-né (ix, 1-38). Aux Matines delà Pentecôte reparaît l'apparition de Jésus aux Apôtres en l'absence de saint Thomas (xx, 19-23) déjà donnée au i^'' dimanche, et à la messe est mentionnée la discussion des Juifs au sujet de Jésus et de sa mission VII, 53 à VIII, i) (i). — Au lendemain de la Pentecôte, commence l'évangile de saint Mathieu, dont les péricopes se suivent durant les jours de la semaine ; on réserve seulement des péricopes

(i) Scrivener, I, p. 81, remarque ici que la péricops concernant la femme adultère manque dans tous les manuscrits connus.

spéciales pour le samedi et le dimanche ; même quand on prendra saint Marc pour les jours de la semaine à partir du 12'' dimanche, saint Mathieu sera continué le samedi etle dimanche jusqu'aux y*^. Quelquefois ces récits du samedi et du dimanche se suivent en ordre inverse. Par exemple au 4^ dim., Math., vin, 5-13, et la veille, Math., vra, 14-23; du 4'' au 12*^ dim. : les miracles de Jésus (serviteur du Centurion, viii, 5-15 ; possédés de Gerasa, vm, 28-ix, I ; paralytique, ix, 1-8 ; deux aveugles et le possédé muet, IX, 27-35 ; première multiplication des pains, XIV, 14-22) ; du 12*' au 17"^ dim. : les paraboles (jeune homme riche, xiv, 16-26 ; vignerons perfides, xxi, 33-42 ; festin des noces, XXII, 2-14; parabole des talents, xxv, 14-30 ; enfin la Cliananéeiine, XV, 21-28) ; ce 17*^ dimanche conduit approximativement à la date du 14 septembre. — Alors commence l'Evangile de saint Luc, sous cette rubrique: pour la nouvelle amiée ; Scrivener (tom. I, p. 86) estime que cette indication devait se rapporter au 24 septembre et non au V^. Une nouvelle série de dimanches va se poursuivre sans interruption jusqu'à celui de la Quinquagésime ; on y lit chaque jour le récit de saint Luc, dans l'ordre même du texte jusqu'au début de la 13" semaine (samedis et dimanches toujours exceptés ; on y entremêle un choix de paraboles et de miracles) . — A partir de la 1 3"" semaine on reprend la suite de saint Marc dont une partie

avait été lue entre la 13' et la 17- semaine après la Pentecôte, on continue néanmoins saint Luc chaque samedi et chaque dimanche. — Le 17'' dimanche de cette nouvelle série se trouve coïncider avec celui qui, chez les Occidentaux, précède la vSeptuag-ésime ; les Grecs y reprennent pour la seconde fois l'Evangile de la Chananéenne (saint Math., XV, 21-28).

Au cours du Carême et jusqu'au début de la semaine sainte les passages du samedi et du dimanche sont empruntés d'ordinaire à saint Marc ; il faut en excepter le premier dimanche, entretien de Jésus avec Xathanael (Joan., I, 44- 52), le sixième samedi, veille des Rameaux, appelé le samedi de Lazare (Joan., xi, 7-45) ; le jour des Rameaux où on lit le récit du repas de Béthanie (Joan., Xd, i-î8), — Chaque jour de la semaine sainte, il y a deux passages distincts de l'Evangile, le premier pour ^^latines, le second pour la Liturgie : ces passages rappellent les événements des derniersjours avant la Passion. Le Jeudi Saint, les récits de la Passion selon les quatre évangélistes sont combinés et réunis en douze leçons, ce qui se pratique également le Vendredi Saint. De même le jour de Pâques, le récit de la résurrection et des apparitions de Jésus d'après les quatre évangélistes, est combiné en onze leçons.

Le Ménologe annexé aux manuscrits Cyprins et Campianits présente à son tour les particularités

3o LES ÉVANGÉLIAIRES

de l'Eglise grecque : le début coïncide non plus avec le commencement de l'année ecclésiastique à Pâques, mais avec celui de l'année civile, vers le i^'" septembre (15® dimanche après la Pentecôte) ; les solennités y sont en petit nombre, la présence de quelques-unes est une preuve que le copiste ou l'auteur de cette liste était postérieur au vm*^ siècle.

On y voit comme fêtes de Notre Seigneur, celles de Noël fixée au 25 décembre avec les péricopes évangéliques de saint Mathieu, II, 13-23, et i, 18- 25 ; de la Circoncision au i^"" janvier avec deux passages de saint Luc, il, 20-21 et 40-52 ; de la Théophanie au 6 janvier, on y lit le récit du baptême de Jésus (Marc, l, 9- 11 et Math., m, 13- 17); de la Présentation au Temple, le 2 février avec le récit de saint Luc, il, 25-40. La fête de l'Exaltation de la Sainte Croix se célèbre au 14 septembre et on y lit le passage de saint Jean xu, 28-36, où Jésus annonce qu'il sera glorifié par la croix, et le récit du crucifiement tel que le donne le même évangéliste, XIX, 6-35. Les fêtes de la sainte Vierge y figurent assez nombreuses : la Nativité au 8 septembre avec le récit de la visite faite par Marie à sa cousine Elisabeth (Luc, l, 39- 49 et 56), puis le passage où il est question de Marthe et Marie (Luc, x, 38-42) ; l'Annonciation (25 mars) où l'on trouve la mission de l'Archange Gabriel (Luc, i, 24-38) ; l'Assomption (15 août),

OÙ reparaît le passage de Marthe et de ^larie. — Au 8 novembre se trouve une fête en Thonneur de saint Michel et des Archanges pour laquelle on lit deux passages évangéliques qui n'ont guère de rapport avec les anges : ce sont ceux de saint Mathieu, xvni) 10-20 et de saint Luc, x, 16-21. — Saint Jean-Baptiste est plusieurs fois mentionné ; au 7 janvier, avec sa qualité de précurseur (Joan., I, 29-34), au 24 février, l'Invention de son chef avec deux passages évangéliques : l'ambassade du précurseur à Jésus (saint Luc, vil, 18-29), l'éloge de saint Jean-Baptiste par le Sauveur (saint Mathieu, XI, 5-14) ; au 24 juin, sa naissance (saint Luc, i, 1-25 et 57-80) ; au 29 août, sa Décollation (Math., XVI, 1-13 et Marc, vi, 14-30). — Le 30 juin a une fête des douze apôtres avec le passage de saint Mathieu, X, 1-18 ; chaque apôtre a de plus sa fête particulière : saint Thomas au 6 octobre (Joan., XX, 19-31), saint Jacques frère du Seigneur au 23 octobre (Marc, vi, 1-7), saint Philippe au 14 novembre (Joan., i, 44-55), saint Mathieu au 16 novembre (Math., ix, 9-13), saint André, 30 novembre (Joan., i, 35-52), saint Jacques fils de Zébédée au 30 avril (Math., X, J1-7), saint Jean le Théologien au 8 mai (Joan., k:ix, 25-27), saint Jude au 26 mai (Joan., xiv, 21- 24), saint Barthélémy en même temps que saint jBarnabé au 11 juin (Marc, vi, 7-13), saint Jude rère du Seigneur au 19 juin (Marc, vi, 7-13),

saint Pierre et saint Paul au 29 juin (Joan., xxi, 15-31 et Math., XVI, 13-19), enfin saint Thaddée au 20 août (Math., x, 16-22).

4. Distribution des leçons dans les autres Eglises orientales. — Scrivener fait remarquer (Introduction, II, Appendice A) que les leçons ordinaires de l'Eglise syriaque jusqu'au xr siècle sont identiques à celles de l'Eglise grecque.

Dans l'Eglise copte, la distribution des passages est toute différente ; il n'y en a que pour le diman che. Cassien cependant nous atteste expressément qu'au V' siècle les Egyptiens lisaient aussi chaque samedi un passage des Epîtres et des Evangiles (l7istitutions, III, 2). Chaque dimanche a trois lectures de l'Evangile empruntées généralement à trois narrateurs différents ; saint Jean seul est lu aux mois de janvier et de février et pendant les cinq semaines qui suivent la fête de Pâques (i).

5. Cérémonial observé pour la lecture de l'Evangile. — La distribution des péricopes évangéliques dans les églises d'Orient nous a retenu quelque temps, et cependant nous sommes loin d'avoii tout dit : de même, on ne peut que retrace! à longs traits les usages de ces églises relative] ment à la lecture elle-même. Renaudot dans s( observations sur les liturgies sj-riaques, a not<

(i) Smith : Dictionary 0/ Christian antlquiiies, II, p. 959*

que l'Evangile se lisait en syriaque, puis en arabe vulgaire, que cette lecture se faisait par le prêtre et non par le diacre, qu'on en donnait une double interprétation, dont une littérale et simple, une autre par mode de paraphrase ou d'homélie. Quant aux prières et formules de vénération, elles sont, dit-il, les mêmes dans tous les rites, tendent à inculquer aux auditeurs la nécessité de prêter une oreille attentive à la parole divine et surtout de la traduire dans leurs actes. Voici par exemple une de ces formules : Evangelmm Sancticut D. N.J. C. prœdicatiunper Matthœîun apostolwn, aut per Joamiein, vitain et sahiteni ainiuntians uttmdo ; ou bien : Anmnitïatio vivïjîca per Aïarctcm aut Lîccam evaiigelïstas qttœ anmuitiai vitam et saluteni utitudo ; et prosequitur : In tempore igitiiv dispensationis Dontùii Dei et Salvatoris nostri Jesu Christi, Verbi Dei quod amituitiatum fiterat ; et post Evangelium àioÀX.'. Domino iiostro Jesîi Christo, hyinni, latides et benedictiones propter verba ejus viva ad nos ; et Patri ejns qtn inisii illuni ad salutent nostrani et Spiritui vivo et sancto qui vivijicat nos in sœcula sœcidoi^um. Amen (i).

A la lecture de l'Evangile, chez les Nestoriens, on donne les mêmes marques de respect que par-

(i) Renaudot : Liturgiarzim orientalinm collée tîo^ II, p. 69 et 19.

tout ailleurs ; on y salue et encense le livre, deux acolytes précèdent av^ec des flambeaux allumés quand on le porte à l'ambon. la lecture est faite à haute voix dans toutes les églises.

Renaudot nous a dit que, dans l'ég-lise syriaque, l'Evangile était lu par le prêtre ; toutefois la coutume s'introduisit bien vite en Orient comme en Occident d'étendre ce privilège au diacre pendant les messes solennelles (i). La lecture se faisait à l'ambon, sorte d'estrade sur un lieu élevé d'où Ton pouvait plus aisément se faire entendre, soit pour les lectures, soit pour les instructions adressées au peuple. L'historien Socrate (Hisf, EccL, liv. VI, c. 5) en fait mention quand il dit de saint. Chrysostome : « Sedeiis in sicggesia- tende antea qiLofacilius andiretiu'' conci'onari solebaf, orationeut in repreJiensionent ejiis habnit (2). »

Le rite d'après lequel le diacre demande la bénédiction avant la lecture de l'Evangile est général et partout reçu, dit Catalani {de Codice Evang.^ p. 67) ; on a varié seulement les formules : ainsi, dans la liturgie de wSaint-Marc, le diacre dit : Domine, benedicito ; le prêtre^ répond : Do minus benedicat et fortijicet, et anditores nos faciat sancti sui Evangelii qui est benedictus Dominus, iiunc et semper et in sœcula sœculoriun. Amen. — Dans la

(i) Catalan! ; Db Codice Evangelii, p. 35. (2) Dictionn. d'Archéologie ch ré lie une et de Liturgie : Ambon. I, col. i33o.

liturgie de Saint-Chrysostome, le diacre dit : Benedîc prœconeni sancti Apostoli et Evangehstœ ; le prêtre faisant le signe de la croix répond : Deus per intercessiojieni sancti glorîosi Apostoli det tibi evangelizanti verbiun ad virtiUe untlta evangelizanduin (i). — La procession qui se fait à l'ambon est plus solennelle chez les Grecs que chez les Latins : onV^i^pçMQ lîitroitiis sancti Eva^igeiH ; le prêtre prenant le livre qui était sur l'autel le remet au diacre, tous deux sortent du sanctuaire, viennent par la porte du nord à un endroit déterminé où le prêtre dit l'oraison de l'entrée ; c'est, dit saint Germain de Constantinople, pour signifier l'avènement du Fils de Dieu ; alors tous les assistants s'agenouillent pour marquer leur vénération au livre de l'Evangile que l'on porte à travers l'église ; pendant cette procession les lecteurs chantent : Venite adorentits , et procidanius Christo. Le diacre s'approche du prêtre et lui présente le livre à baiser : puis il élève et montre ce livre en disant : Sapientia, recti (ce que l'on interprète comme une invitation à écouter debout la parole de la divine Sagesse) ; le diacre dépose ensuite le livre sur l'autel et, jusqu'à cinq fois, invite l'assemblée à se montrer attentive : Attentt SîJnns ; puis il encense l'autel, le sanctuaire et même le

(i) Martène, dans son De aniiqttis monachorum ritlbus, liv. 2, c. 4, §2, donne d'autres formules monastiques.

voile tendu devant les oblations, il s'approche du prêtre qui est devant l'autel ; a^^ant pris le livre, il incline la tête et demande la bénédiction. Ensuite, il sort du sanctuaire et précédé des flambeaux et de l'encens il se rend à l'ambon. Le prêtre se tenant devant l'autel et se tournant vers l'occident, dit à haute voix : Sapiejitia, recti audiautus saiictîiui Evangelnwt ; le diacre répond : Lectio sancti Evangelii ; le choeur répond : Glorïa iibi Domine^ et le prêtre dit de nouveau : Attendaimts. La lecture terminée, le diacre revient à l'entrée du sanctuaire, rend le livre au prêtre qui lui dit : Pax tibi.

Chez les Ethiopiens, le diacre fait également le tour de l'église avant la récitation de l'Evangile, et crie : Surgite, audite Evangeliitnt sanctniti et bonavi annuntiationem Doimni nostri et Salvatoris nostri Jesn-Christi ; le prêtre, ayant pris le livre, l'encense trois fois, puis après une solennelle prière chante lui-même l'Evangile avec tout l'appareil accoutumé.

Chez les Grecs, non seulement l'évêque se lève en même temps que les fidèles pour entendre la lecture de l'Evangile, mais, suivant un auteur du VI® siècle, Isidore de Péluse, il quitte V Oinophorion \ (en latin, Pallmuï)^ sorte d'ornement de laine qu'il porte sur les épaules comme un symbole du divin Pasteur rapportant sur ses épaules la brebis! perdue ; et cette déposition de X oinophorion est'

LES ÉVANGÉLIAIRES Sy

un témoignage de respect rendu au grand et suprême pasteur qui parle dans l'Evangile. On se tient debout pendant la lecture, dans l'attitude du serviteur et du disciple quand il reçoit les instructions de son Maître, pour témoigner sa vénération à l'enseignement et à la personne du Maître, son empressement à exécuter les ordres, à poursuivre l'acquisition des biens éternels qui en seront la récompense.

Article IL — Eglises d'Occident.

Quand on aborde l'étude de la liturgie occidentale, on se trouve arrêté par la question d'unité primitive : quel est le point de départ des divergences qui séparent entre elles les liturgies romaine, ambrosienne, gallicane, mozarabe, celtique ? Pour un bon nombre d'auteurs, parmi lesquels Probst, en ces derniers temps, le type liturgique latin fut primitivement représenté par une liturgie romaine bien distincte des liturgies grecques et qui donna naissance aux liturgies gallicane, etc.. Pour d'autres, parmi lesquels on compte Mgr Duchesne, il y eut sans doute une liturgie romaine, mais, à côté de Rome, Milan forma un centre important, reçut dans sa liturgie l'influence de l'Orient et transmit cette influence aux autres liturgies occidentales, gallicane, mo-

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zarabe, etc.. (i). — vSans prendre parti dans le débat, il importe qu'on en tienne compte quand on étudie l'Evangéliaire dans la liturgie occidentale, il faut surtout retenir que les évêques avaient toute liberté de régler les lectures dans leurs églises.

I. Les reciceils. — De bonne heure, les églises d'Italie tinrent à avoir des recueils spéciaux pour les lectures de l'office divin ou de la messe. Dès le v" siècle, trois espèces de livres sont employés pour les offices liturgiques : les Sacramentaires, les Graduels, les Lectionnaires. Le missel plénier, formé de ces trois livres réunis n'apparaîtra que vers le x" siècle au plus tôt (2). C'est aux Lectionnaires qu'il faut recourir pour se renseigner sur l'état des péricopes évangéliques.

Le Cornes y ou Liber coinitïs ou Liber comicîiSy peut être considéré à bon droit comme un Leetionnaire de l'Eglise romaine antérieur à l'époque de saint Grégoire le Grand. Il jouissait d'une si grande faveur dans cette église que beaucoup d'anciens liturgistes ont cru pouvoir en attribuer la composition à saint Jérôme : « Hiero7tyimis

(i) Voir D. Cabrol, Origines liturgiques^ p. 3o et appendice p. 349, pour un aperçu sur l'état de la question à l'heure actuelle.

(a) Mgr Duchesne, Origines du culte chrétien., p. 104, iio, 206, et Muratori dans Migne, P. L., t. 74, col. 908.

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presbyter,^ écrivait Hugues de Saint-Victor, Lectionarnwi tct Iiabet hodie Ecclesiacollegit , seclDaniasus papa, 7U nuîic utoris est y legi institint (i). »Deno3 jours ce sentiment est abandonné, mais il demeure établi que l'auteur du recueil est antérieur à saint Grégoire pape ; une lettre à Constantius qui lui sert de préface indique que l'auteur rédige son œuvre à une époque où les évèques avaient la liberté de régler les lectures dans leurs églises ; l'usage du Lectionnaire est néanmoins communément reçu et dès lors l'auteur consent à en rédiger un, à la prière de Constantius. C'est un évêque qui s'adresse à un autre évêque ; D. Morin pense qu'il s'agit de Victor de Capoue, mort en 573, et que le destinataire est un évêque de la région de Bénévent. [Revue Bénédictine^ année 1890, p. 416; année 1898, p. 241) (2). L'ordre suivi est conforme à l'ordre liturgique de Rome tel qu'il résulte des Sacramentaires gélasien et grégorien ; et au moment où se rédige le Contes^ la leçon prophétique n'est pas complètement supprimée à la messe, comme elle le sera après saint Grégoire.

Enfin, dans la lettre que ce grand pape écrit à Secundus pour lui annoncer ses homélies sur l'Evangile, se trouve une allusion à la lecture

(i) Pamélius, dans sa préface à l'éditioa du Cornes^ fait aussi cette attribution.

(2) Voir aussi ce que nous disons du Çomes dans Les LectionnaireSy p. 2 3-2 5.

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évangélique pendant la messe et à l'ordre suivi pour ces lectures : « Inter sacra missaruitt solemnia, ex his quœ dïebus certis in hac ècclesia legi ex more soient sancti Evangelii quadraginta lectionesexposui. » (MigneP. L., tom. 76, col. 1075.) De fait, l'attribution des passages évangéliques aux dimanches et aux fêtes dans les homélies de saint Grégoire concorde avec les indications du Contes. Des éditions du Contes ont été données notamment au xvr siècle par Pamélius, au xyin"^ siècle par D. Gerbert. De nos jours, D. Morin a publié un manuscrit de la Bibliothèque Nationale qui a appartenu à l'abbaye de Silos : le manuscrit est du xf siècle, mais son contenu permet d'en faire remonter l'origine première jusqu'au vr siècle. Les particularités de ce document donnent à penser qu'il fut écrit pour l'église de Tolède, mais l'ordre suivi a des analogies avec l'ordre liturgique de Rome ; D. Morin suppose donc qu'un Liber contitis, en usage dans l'Eglise romaine, a été communiqué aux diverses églises occidentales, que celles-ci en ont adopté le fond tout en y joignant certaines particularités ; la comparaison avec certains autres capitulaires semble confirmer cette hypothèse.

L'Evangéliaire de Burchard, autre document sur les péricopes, appartient au vr siècle, s'il faut en croire le catalogue de la Bibliothèque universitaire de Wursbourg, et permet de reconstituer

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la plupart des péricopes napolitaines ; elles ont plus d'un point de contact avec celles du Co//ies(i). L'église de Milan eut. sous saint Ambroise, sinon un Lectionnaire complètement organisé, du moins des particularités qui la distinguaient de l'église de Rome. 'W-ahiViOVi (Musœîcni Italicuin: de ritu ambrosiaiio) en signale quelques-unes puisées dans les œuvres du saint docteur ; c'est ainsi que l'épisode de Bethphagé se lisait au 4"-' dimanche de l'Avent et non au dimanche des Rameaux, que l'évangile de l'aveugle-né se lisait en Carême lors de la préparation des compétents au baptême (Epit. 45 à Bellecius). L'Epître 18 à Marcelline mentionne la coïncidence de la lecture d'un passage de Jérémie avec le repas de Jésus chez le pharisien ; ailleurs encore se trouvent signalées les lectures du passage de saint Jean sur la femme adultère, de saint Luc sur l'homme riche qui part pour un pays lointain. Alabillon emprunte à l'Histoire des évêques de Milan par Landulphe ce fait qu'on tenta, dans un concile de Rome tenu sous Adrien P'', d'abroger le rite ambrosien, que l'évêque Eugène obtint la conservation de ce rit, alléguant le respect professé par saint Grégoire le Grand. L'Antiphonaire de Milan signalé ensuite par Mabillon est seulement du xr ou xir siècle ; pour la période dont nous nous

(1) D. Morin, Rev. Bénéd,, 1893, p. ii3.

occupons, indiquons, après D. Morin, un système inédit de lectures liturgiques, en usage dans une église de la Haute Italie. Ces notes, écrites vers l'an 700, proviennent d'une église où l'on suivait le rit milanais : à cette époque, le rit en question avait donc pu se répandre en dehors de la ville et du diocèse de Milan (i).

Le manuscrit de la Bibliothèque royale de Munich, dit ailleurs D. Morin, a quelque rapport avec le manuscrit de la Haute Italie : il est du Vir siècle et contient les quatre Evangiles en lettres onciales, mais il reste incomplet pour une reconstitution liturgique (2).

Pour les péricopes évangéliques de la liturgie gallicane, les documents semblent plus complets : le Lectionnaire de Luxeuil, publié par D. Mabillon, dans sa Liturgia gallicana (voir P. L., tom. 72), contient les leçons des messes de l'année ecclésiastique : c'est un document du vir siècle ; D. Morin {Revue Bénéd., 1893, p. 438), d'accord avec Algr Duchesne (Orig. du ciUte chrétien, p. 147), paraît disposé à reconnaître son origine parisienne pour les raisons suivantes : on n'y trouve point de traces d'éléments romains, l'ordre suivi est celui de l'année ecclésiastique galli-

(i) D. Morin dans la Revue Bénédictine^ année 1903, p. 379. Cf. le DicL (TArchéolog-ie chrétienne et de Liturgie. Rit ambrosien. Tom. I, col. i385.

(2) Revue Bénédictine ^ année 1893, p. 246.

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cane (cf. un Ordo g3.ïiic3.n dans D. ]\Iartène, de Ajitiqîiis ecclesiœ ritibics, tom. I, p. 167), parmi les fêtes de saints peu nombreuses fîg-ure celle de sainte Geneviève. — Un autre document de la même époque et apparenté avec le précédent est le Sacramentaire gallican ou Missel de Bobbio publié aussi par Mabillon {Musœuin italicimt^ p. 272) : les fêtes y sont peu nombreuses, il n'est pas purement romain ni purement celtique, ni mozarabe, ni africain, mais il combine ces différents éléments avec une certaine prédominance du romain et du gallican : ainsi il contient une messe en l'honneur de saint Sigismond roi des Burgondes : d'où Ton a pensé qu'il pouvait appartenir à la province de Besançon ou de Bourgogne. Mgr Duchesne, de son côté {Orig, dit, ciUte, p. 151), trouve ce document bien romanisé.

La liturgie mozarabe (ou des chrétiens qui vécurent en Espagne sous la domination des Arabes) se développe aux vi" et vu siècles, mais l'ensemble de ses formules pourrait bien remonter au iv" et au v' siècle, à l'époque des relations avec l'église d'Afrique et avec l'église romaine ( i) ; de nombreux rites y ont été importés vraisemblablement de Rome par les premiers prédicateurs de l'Evangile ; le reste, choix des

(i) D. Cabrol, Origines liizir^-iqzies. Appendice D, p. 210-211.

lectures, formules de prières, est l'œuvre des évêques, des docteurs de la péninsule. Le Cornes est le recueil des lectures liturg-iques de TAncien et du Nouveau Testament : celui qu'a publié D. Morin (voir plus haut) donne les lectures de l'église de Tolède (i)

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