‹ Les évangéliairesChapitre 5 sur 28 · DïstribîUioîi de r Evangile au cours de l'année · texte numérisé non relu

DïstribîUioîi de r Evangile au cours de l'année

A Rome et dans les églises de l'Italie méridionale, comme Naples, Tannée Ecclésiastique commence à l'Avent ; on y compte ou cinq ou quatre dimanches. Pour le 5'^ dimanche avant Noël, Pamélius donne la multiplication des pains, (saint Jean, vi, 5) ; pour le 4^", l'épisode de Bethphagé (saint Math., XX[, 1-9) ; les 3% 2^ et i""" dimanches avant Noël ont un passage de saint Luc sur les derniers temps (saint Luc, XXI, 25-33), le récit de l'ambassade de saint Jean-Baptiste à Jésus (saint Math., xr, 2-10), l'enquête des Juifs auprès de Jean Baptiste pour savoir s'il ne serait pas le Christ (Joan., i, 19-28). A ces trois derniers passages se réfère une homélie de saint Grégoire le Grand, la i"% la 6^ et la f\ La veille de Noël rappelle l'avertissement de l'ange à saint Joseph (saintMath., ir, 2-10) ; le jour même, au premier chant du coq, saint Luc, il, i ; à l'aurore, saint Luc, II, 15 ; à la messe du jour, le prologue de

(i) Voir D. Férotin, Monumenta liturgîca, tome V : Liber ordinuvi. Introduction, p. xiii.

saint Jean, i, 1-14. — Pour les fêtes qui suivent celle de Noël, saint Etienne, saint Jean, les saints Innocents, le dimanche dans l'octave, la Circoncision, l'Epiphanie, pour les dimanches qui suivent jusqu'à la semaine sainte, Pamélius donne les péricopes évangéliques telles que nous les avons aujourd'hui sauf au 5^ dimanche après l'Epiphanie où se lit le passage de saint Mathieu, XI, 25-30 ; le 2® dimanche de Carême où se lit l'épisode de la Chananéenne (saint Math., XV, 21-28) ; quelques homélies de saint Grégoire concordent avec cette distribution, la 10^ pour l'Epiphanie, la iç'^pour la Septuagésime, la 15^ pourlaSexagésime, lai6'' pour le i^*^ dimanche de Carême, la 18^ pour le dimanche de la Passion. Le même accord règne entre le Contes publié par Pamélius et la distribution actuelle des évangiles dans TEglise romaine pour chaque jour de la semaine sainte et de la semaine qui suit Pâques ; il en va de même pour les dimanches et la fête de l'Ascension, jusqu'à la Pentecôte. — Dans l'octave de cette solennité, le Cornes de Pamélius fait lire l'entretien de Jésus avec Nicodème (saint Jean, m, 1-15) que nous lisons au lundi de la Pentecôte. Pour les dimanches qui suivent, il paraît plus simple de donner la distribution du C^»;/^^^ d'après Pamélius.

Dimanches après la Pentecôte : 2^, S. Luc, XVI, I ou 19-31, l'Econome infidèle ou le mauvais

riche et Lazare ; — 3"^, S. Luc, xiv, 16-24, parabole du grand festin ; — 4'-, S. Luc, XV, i-io, la brebis perdue ; — 5*", S. Luc, VI, 36-42, être miséricordieux ; — 6", S. Luc, V, i-ii, pêche miraculeuse sur le lac de Génésareth ; — 7", S. Mathieu, V, 20-24, offrande à l'autel et réconciliation avec ses frères; — 8'', S. Marc, VIII, 1-9, deuxième multiplication des pains ; — 9", S. Mathieu, VII, 15-21, faux prophètes dénoncés ; — lo'', S. Luc, XVI, 1-9, économe infidèle ; — 11'', S. Luc, XIX, 41- 47, Jésus pleure sur Jérusalem; — 12", S. Luc, XVIII, 9-14, pharisien et publicain ; — 13^, S. Marc, vu, 31-37, guérison d'un sourd-muet ;

— 14*^, S. Luc, X, 23-37, ^^ ^0^ Samaritain ; — 15", S. Luc, xvn, 11-19, les dix lépreux guéris;

— 16^, S. Mathieu, vi, 24-33, on ne peut servir deux maîtres ; — 17", vS. Luc, vil, 11-16, fils de la veuve de Naïm ; — 18", S. Luc, xiv, i-ii, hydropique g-uéri et choix des premières places ; — ig"^, S. Mathieu, xxil, 34-46, le grand commandement et Jésus fils de David; — 20", S. Mathieu, xix, 1-8, paralytique guéri et rémission de ses péchés ;

— 21'', S. Alathieu, xxil, 1-14, parabole du festin des noces ; — 22", S. Jean, iv, 46-53, le fils du prince de Capharnaûm guéri ; — 23'", vS. Mathieu, XVIU, 23-35, du mauvais serviteur qui refuse de remettre la dette ; — 24', S. Mathieu, XXII, 15-21, le tribut à César ; — 25^", S. Mathieu, ix, 18-22, l'hémorrhoïsse et la fille de Jaïre ; — 26^, S. Marc,

XII, 28-34, la fin des temps ; — Dimanche qui précède immédiatement l'Avent, S. Jean, vi, 5-14, multiplication des pains.

En comparant cette liste avec les évangiles de nos paroissiens ou missels romains, le lecteur peut aisément remarquer que la différence consiste dans un léger changement d'ordre, mais que les péricopes sont les mêmes. Aux 2", 3" et 4^ dimanches correspondent trois homélies du recueil de saint Grégoire, la 40", la 36" et la 34.

Lorsqu'on rapproche cette liste des péricopes de l'Évangéliaire de Burchard (D. Morin, Revue Bénéd,, 1893, p. 1 13 et ss.) puis du Capitnlare Evangelïorum Neapolitaiia (appendice au Liber comiciLS publié par D. Morin), on retrouve aisément un fonds commun : les quelques particularités sont l'épisode de la Samaritaine (Joan. , iv, 5 et ss.) placé au 2" dimanche après l'Epiphanie, des évangiles spéciaux pour les dimanches du Carême, avec mention de la préparation des catéchumènes au baptême, par exemple : doniinica 3"^ quadragesiutx quando psalim accipiiuitur (S . Math . , XX , i ) ; — doiîzinîca ^ quando orationem accîpmnt (S. Math., VI, 9) ; — domïiiïca S'- qiLaiido symboliun accîpmnt {S. Math., XXI-XXIl) ; — doniinica 6" de indulgentia (^.^^ds\^ xn, i et ss.). Bon nombre de péricopes sont marquées sous la rubrique cottidiajia et devaient être lues en semaine ; il en est qui sont assignées à certaines fériés, à certains

jeûnes, d'autres pour les communs d'un martyr, d'un confesseur, d'autres pour les défunts. Au calendrier, ou Propre des vSaints, surtout se rencontrent les différences qui ont permis d'assigner tel recueil à l'église de Milan, tel autre aux églises de Gaule ou d'Espagne : on en a relevé quelquesunes, il est difficile d'entrer en de plus grands détails. De plusieurs manuscrits appartenant à la liturgie gallicane, l'un du monastère Saint-Martin d'Autun, deux autres se trouvant à la Bibliothèque Nationale de Paris, comme aussi du Lectionnaire de Luxeuil, il paraît résulter qu'une rencontre des textes d'Espagne et d'Irlande s'est faite en nos régions gauloises.

Dans les notes intéressantes que D. Morin ajoute à sa publication du Liber comiciis, recueil de lectures pour l'église de Tolède, relevons les suivantes au passage : au 3^ dimanche del'Avent, l'épisode de Bethphagé ; cinq dimanches pour ce temps de préparation, pendant lequel une fête en l'honneur de Marie, la seule fête que renferme ce Codex ; en Carême, lectures en semaine pour les lundi, mercredi, vendredi et samedi ; au i'' dimanche du Carême, l'épisode de la Samaritaine ; au 2''^ le miracle de l'aveugle né ; le 4*^ dimanche est marqué sous la rubrique, in vicesima, c'est-àdire le vingtième jour avant Pâques, et appelé encore de mediante die festo, à cause du passage de wS. Jean, vu, 14, qu'on y lit ; le 5" dimanche est

appelé de Lazaro^ parce qu'on y lit le récit de sa résurrection (S. Jean, XI, 1-52 ; le dimanche des Rameaux est appelé par Hildephonse dies tiiictioms, on y lit S. Jean, xr, 55-xii, 13. Ces dimanches du Carême ont pour Matines un passage évangélique distinct de celui de la Alesse ; le jeudi et le vendredi de la grande semaine ont un récit de la Passion formé avec le texte des quatre évangélistes ; c'est comme un écho delà tentative dont parle saint Augustin dans l'un de ses sermons (serm. 232).

Pendant la semaine de Pâques, se lisent les passages évangéliques relatifs à la Résurrection : vS. Marc, xvr, 1-7 ; S. Luc, xxiv, 13-15 ; xxiv, i- 12; S. Jean, xx, 1-9; xx, 10-18; xxi, 1-14. Dans les dimanches qui suivent : l'apparition aux Apôtres et à saint Thomas (S. Jean, xx, 19-31) ; le paralytique de la piscine probatique (S. Jean, V 1-18); la dilection mutuelle recommandée, etc. (S. Jean, xm, 33-xiv, 13) ; Jésus, la vraie vigne (S. Jean, xv, 1-15) ; Jésus annonce son départ (S. Jean, XAl, 16-33). L'Ascension a le récit de S. Luc (xxiv, 36-53) sur la dernière apparition ; le dimanche dans l'Octave, celui de S. Marc (xvi, 15-20) ; la Pentecôte, divers passages du Discours après la Cène, aux chap. XV, XVI et XVII.

wSuivent des passages évangéliques pour quelques fêtes, diverses péricopes pour le Commun

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des Saints, pour certaines circonstances, la consécration d'une église, les litanies.

Sauf quelques lacunes, la série des 24 dimanches après la Pentecôte est donnée sous la rubrique de Dommicfs qitotidianos ; passages de S. Mathieu, du i"" au (f dimanche : v, 17-26 ; IV, 18-23 ; VIII, 1-13 ; VIII, 14-26 ; xxiv, 3-36 ; vu, 12- 21 ; — de S. Marc, du 7^ au 10" : I, 35-44 ; V, 21-

31 ; X, 17-31 ; X, 46-52 ; — de S. Luc, du 10^ au 22'^ dans cette série, les chapitres IV, 31, V, VI, VII, se suivent jusqu'au 14" dimanche ; au 15" dimanche, parabole de l'enfant prodigue, XV, 1 1-

32 ; — 16", parabole du mauvais riche, XVI, 19- XVII, 4; — 17", parabole de l'économe infidèle, XVI, i-io ; — 18", parabole du pharisien et du publicain, xvill, 10-14; — 19% conduite à tenir dans les invitations, XIV, i et 12-14 \ — ^o'^, résurrection du fils delà veuve, vu, 11 -16 ; — 21^, ?? ; — 22^, murmures des pharisiens, XVII, 11-19; enfin, aux derniers dimanches, 23® et 24®, reparaît» wS. Mathieu, v, 43-48 ; XVlli, 13-19. |

On ne sait pourquoi, dans ce document, la série des dimanches après l'Epiphanie fait défaut. ^ Ainsi, dans tout l'Occident, se trouvent organi- 1] sées les Lectures évangéliques, et à travers les documents divers que les siècles reculés on légués à nos liturgistes, il semble qu'un courant d'unité se manifeste et prépare l'tniformité des siècles ultérieurs.

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3. Cérémonial obsei-vé pottr la lecture. ~ En Occident, comme en Orient, les marques de respect sont prodiguées au texte évangélique dès les premiers temps ; Origène, saint Jérôme, saint Augustin, pour citer en passant quelques Pères de 1 Eglise latine, nous attestent qu'on lui rendait les honneurs prodigués à la sainte Eucharistie. Rien d étonnant qu'on ait modifié la pratique dont parle saint Cypnen, et qu'on ait réservé au diacre une lecture primitivement concédée aux simples lecleurs. Les Constitutions apostoliques, Hv II ch. Lvn, signalent cette réserve, saint Jérôme en parle dans une de ses lettres à Sabinien (Epist 0,) de même saint Isidore (Epist. ad Leudefredum! y- L., t. 82, ch. 895) : un concile de Vaison, tenu en 529, donne ce privilège pour motiver d'autres fonctions attribuées au diacre. « Si presbyster, aitquaznfir„ntateprohibente,per seipsum non poterttprœdtcare, sanctorum Patrum homiliœ adiacontbus recitentur, si enim digni szmt diacones çuod CAristus tn evangelio locutus est légère, guare tndigntjudicentur sanctorum patrum expositiones Pnbltce recitare. » Primitivement, il est vrai l'ordination du diacre ne comporte pas la tradition du Livre des Evangiles (ce qui n'infirme pas un pouro.r par ailleurs reconnu et exercé), mais les livres ies ordinations combleront bientôt cette lacune î II est permis de parler ainsi. Le Liber ordinum visigothique (manuscrit du xi" siècle publié par

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D. Férotin) dit que l'Evangile est remis au diacre par l'évêque dans l'ordination avec cette formule : « £cce evangeliiwt Chn'stï, accipe, ex quo anuiinties bojiant gratiaiitfidelipopiUo. »

Les documents invoqués plus haut (par ex. le Liber Coimciis publié par D. Morin) mentionnent à certains jours deux lectures de l'Evangile dont une pour Matines et l'autre pour la Messe : preuve manifeste que la péricope évangélique figurait à l'office comme à la célébration des saints mys tères ; nous savons d'ailleurs par les Ordiiies Ronia ;//'(Martène et Durand: T/tesatirii^s nov. anecdot. V, 103) que cette pratique existait en Occident. Le plus souvent, aux Matines romaines, la péricope évangélique de la messe correspondante se lisait tout entière ; quand saint Benoit organisa les leçons de l'office monastique, il prit pour type l'ordonnance des lectures bibliques faites à la messe, savoir : un passage des Prophètes, un passage de l'Apôtre, un passage de l'Evangile. Ce dernier se trouva abrégé dans le Bréviaire romain vraisemblablement après saint Grégoire VII (i). 1

Pour la messe solennelle, voici comment X Ordo RomaniLS décrit la cérémonie du chant de l'Evangile : « Le diacre a3''ant baisé les pieds du célébrant : et demandé sa bénécjiction, va à l'autel, prend le U

(i) D. Baumer : Histoire du Bréviaire^ traduction D. Biron, I, p. 396 (Voir plus haut p. 8). (

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[ivre dans lequel il chantera l'Evang-ile, le baise, l'élève et le tenant en partie sur son épaule gauche va à l'ambon. Deux sous-diacres le précèdent avec Lin ou deux encensoirs ; un autre sous-diacre suit afin de leur fournir de l'encens de temps en temps. En arrivant à l'ambon, les acolytes céroféraires se séparent afin de laisser passer entre eux deux les 30us-diacres et le diacre avec l'Evangile. Les sousdiacres marchent devant avec leurs encensoirs, montent à l'ambon par un côté et descendent aussitôt par l'autre où ils se tiennent au pied de l'escalier ; le sous-diacre non pourvu d'encensoir se tourne vers le diacre, lui présente son bras gauche sur lequel le diacre pose TEvangile afin que le sous-diacre lui indique ce qu'il doit lire. Il monte ensuite à l'ambon, et, le livre placé sur le plus haut lutrin, il chante : DoniiiULS vobïscu7n, tout le monde répond : Et cuni spiritu tno. L'Evangile étant chanté, le diacre descend de l'ambon et le sous-diacre qui lui fait face, reçoit le livre des Evangiles ; le tenant devant soi , il le fait baiser d'abord à l'évêque et au prêtre (i). » Des rites analogues se lisent dans le cérémonial de Milan. IJOrdo RoinauHS seamdîis (Muratori, loc. cit., p. loio) ajoute quelques détails: le diacre, après Donmms vobiscuvt,.. dit : Sequeiitia S. Ev. etc..

(i) Dictionnaire d^ Archéologie chrétienne et de Liturgie, au mot ambon, col, i336.Voir aussi V Ordo Romaîius prirmis, dans Muratori, XIII, pars 3'^, p. 944.

fait le signe de croix sur son front et sur sa poitrine, ce que fait également toute l'assistance ; chacun dépose le bâton sur lequel il s'appuyait pour prier debout, puis on se découvre ; le diacre est tourné vers le midi et tous le regardent, les acolytes déposent à terre leurs flambeaux allumés. L'Evangile terminé, l'assistance fait de nouveau le ] signe de la croix... Dans le rite ambrosien, on 1 introduisit l'expression Domïmis Jésus, pour désigner le Sauveur. (Mabillon, Mus. Ital., p. 105.)

A Rome, l'Evangile comme les autres leçons, était quelquefois lu en latin et en grec tant j^ur satisfaire les auditeurs d'idiomes différents que pour marquer l'unanimité de sentiments entre les peuples (voir Ordo Romanits I, n^ 40, et la note d'Amalaire, dans Muratori, p. 972).

Après la lecture, les premiers fidèles, pratiquant ce qui est écrit au Deutéronome (ch. XVIl) au sujet de la lecture de l'ancienne loi, répondaient ^;//^;^. La même pratique se retrouve dans la liturgie mozarabe et s'est conservée dans l'ordre bénédictin, pour Matines, conformément aux prescriptions de saint Benoît, chap. XI de la Règle. Elle se modifia dans la suite ; les uns dirent : Deo grattas ; Durand, dans son Rational des divins offices, signale cette formule : Benedïctus qici venit in nomme Domini; nous disons maintenant : Laus tibi Chfisie. (Catalani, de Codice Evangelii q\i, XXV.)

La coutume aussi s'introduisit, surtout depuis

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le VI^ siècle, de renfermer le livre des Evangiles dans des meubles précieux, et les premiers Ordines 7^6';//«/// renferment des prescriptions qui supposent déjà cette pratique. Nous verrons, dans le chapitre suivant, quels développements lui ont été donnés.

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