LIVRES ATTRIBUÉS A ABRAHAM
Il ne nous en est parvenu qu'un seul , le Se-pher lecirah. De nombreux rabbins n'ont pas hésité à l'attribuer à Abraham lui-même, et il a été imprimé plusieurs fois à Mantoue, à Prague, à Venise, à Sabionette, avec de très-amples commentaires hébraïques. Les manuscrits sont loin d'être rares , et ils présentent souvent dans le texte des variantes considérables. Sixte de Sienne et Buxtorf, remarquent que divers écrivains ont pensé, non sans quelque vraisemblance, qu'Akiba,
mis à mort lors de la révolte des Juifs contre l'empereur Adrien , fut l'auteur de cet écrit. Guillaume Postel, cet visionnaire qui remua tant d'idées, ce penseur bizarre dont nous avons déjà parlé , le publia le premier en latin à Paris , en 1552 , en y joignant quelques notes. Le Sepher reparut dans la même langue à Bâle, en 1587, étant compris dans la collection de J. Pistorius , Scriptores cabbalistici , in-fol. ; le texte hébreu vit le jour à Mantoue, en 1562, et parmi les éditions plus récentes , on peut en citer une sortie en 1642, des presses de Janson d'Amsterdam. Fabricius a réuni , pages 381-390, les témoignages de divers auteurs relatifs à cet écrit. Voulant le faire connaître par une analyse succincte, nous ne saurions mieux faire que d'insérer le jugement qu'un orientaliste éclairé émet sur son compte dans une publication récente {Dictionnaire des Sciences philosophiques, tom. III, p. 384).
« Le Sepher lecirah est une espèce de monologue » placé dans la bouche d'Abraham , et où nous appre- » nons comment le père des Hébreux a dû comprendre » la nature pour se convertir à la croyance du vrai Dieu. » Cette bizarre composition ne renferme que quel- » ques pages écrites d'un style énigmatiqne et sen- » tencieux comme celui des oracles ; mais sous cette » obscurité étudiée et à travers le voile de l'allégorie , » elle nous laisse apercevoir l'idée mère de la Kab- » baie. Elle nous montre tous les êtres , tant les es- » prits que les corps , tant les anges que les éléments » bruts de la nature, l'unité sortant par degrés délimite » incompréhensible , qui est le commencement et la
» fin de l'existence. C'est à ces degrés toujours les
» mêmes , malgré la variété infinie des choses , c'est
» à ces formes immuables de l'être , que le Sepher
» lecirak donne le nom de Sephiroths ; elles sont au
» nombre de dix. La première , c'est l'esprit du Dieu,
» vivant en la sagesse éternelle, la sagesse divine iden-
» tique avec le Verbe ou la parole. La seconde , c'est
» le souffle qui vient de l'esprit, ou le signe matériel
» de la pensée et de la parole ; en un mot , l'air dans
» lequel , selon l'expression figurée du texte , ont été
» gravées et sculptées les lettres de l'alphabet. La
» troisième , c'est l'âme , engendrée par l'air , comme
» l'air est engendré par la voix ou par la parole , l'âme
» épaissie et condensée , produit la terre , l'argile ,
» les ténèbres et les éléments les plus grossiers de ce
» monde. La quatrième des Sephiroths , c'est le feu
» qui est la partie subtile et transparente de l'âme ,
» comme la terre en est la partie grossière et opaque.
» Avec le feu , Dieu a construit le trône de sa gloire,
» les roues célestes , c'est-à-dire , les globes semés
» dans l'espace , les Séraphins et les anges. Avec tous
» ces éléments réunis , il a construit son palais en son
» temple qui n'est autre chose que l'univers. Enfin ,
» les quatre points cardinaux et les deux pôles nous
» représentent les six dernières Sephiroths. Le monde,
» selon le Sepher lecirak, n'est point séparé de son
» principe, et les derniers degrés de la créa (ion for-
» ment un seul tout avec les premiers La con-
» clusion de ce livre , c'est l'unité élevée au-dessus de
» tout et regardée à la fin comme la substance et la
» forme des choses ; c'est Dieu considéré comme la
» source commune des lettres et des nombres dont les » uns nous représentent la nature des lettres, et les » autres leur argument , leurs combinaisons et leurs » rapports; c'est enfin le principe de l'incarnation » substitué ouvertement à celui de la création. »
D'autres ouvrages maintenant perdus ont été attribués à Abraham ; on cite entre autres des traités sur la magie, sur l'astrologie et sur l'interprétation des songes , un testament rempli de fables , des prières contre les pies qui mangeaient les semences des terres des Chaldéens , un colloque avec le mauvais riche dont il est parlé dans l'Évangile. Origène fait mention d'un écrit où deux anges, l'un de justice, et l'autre d'iniquité, disputent sur la perte et le salut d'Abraham.