‹ Les Évangiles apocryphesChapitre 207 sur 211 · LIVRES ATTRIBUÉS A SALOMON · texte numérisé non relu

LIVRES ATTRIBUÉS A SALOMON

La grande célébrité de Salomon le désignait tout naturellement comme auteur d'une foule d'écrits apocryphes. Fabricius a inséré dans son recueil, d'après Eusèbe (Préparât. Evang.) deux lettres que ce monarque aurait adressées au roi d'Égypte Vaphra, et au roi de Tyr, de Sidon , de la Phénicie , afin de leur demander des ouvriers qui travailleraient à la construction du Temple de Jérusalem. Chacun de ces souverains annonce 3 dans sa réponse, qu'il envoie quatre-vingt mille ouvriers. Josèphe raconte que le roi de Tyr adressa à Salomon des questions énigmatiques et que le fils de David résolut, d'une façon aussi profonde qu'ingénieuse , les problêmes sur lesquels son attention était appelée. On lui a attribué des livres de magie et de démonologie, des traités sur l'interprétation des songes , des ouvrages sur les vertus et propriétés des plantes et des pierres précieuses. Un prétendu testament de Salomon , rempli de niaiseries au sujet des diables et des esprits , se trouve dans les manuscrits grecs de la Bibliothèque du Roi ; Ducange l'a cité dans ses notes sur l'historien Zonaras, et Gaulmin dans les remarques qu'il a jointes au traité de Psellus {de operationibus Dcemoraim). Des odes, conservées dans quelques manuscrits sous le nom de Salomon, sont évidemment l'œuvre de quelques gnostiques et ont été composées au second et au troisième siècle de notre ère. Elles sont l'objet d'une notice de

M. Champoîiion, dans le Magasin Encyclopédique , 1815, tome 2 , p. 383.

C'est sans doute à la réputation qu'eut Salomon d'être grand devineur d'énigmes, qu'est due l'idée mère d'une composition bizarre, fort goûtée au moyen-âge et qui se compose d'une série de questions et de sentences échangées entre le roi d'Israël et un certain Marcolphe ou Marcou, espèce de rustre, de bouffon grossier qui toutefois embarrasse souvent le monarque et en triomphe par moments. Ii existe nombre d'éditions latines de cet opuscule exécutées à la fin du quinzième siècle, sous le titre de Collationes ou Dyalogus Salomonis et Marculfi. On en connaît aussi plusieurs éditions françaises; l'une d'elles, in-8° de 4 feuillets, a été réimprimée à Paris en 1833 à quinze exemplaires seulement ; une autre est de 7 feuillets, et un exemplaire s'est payé 92 francs à ia vente Nodier en 1844 (n° 570). D'autres textes de cet opuscule se trouvent dans divers manuscrits. M. Crapelet dans ses Proverbes et dictons -populaires ( Paris 1832, grand 8°) l'a publié (p. 189-200), d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale en 1830 ; Méon dans son recueil de Fabliaux, (1823, t. i, p. 426), en a publié une autre version en 136 strophes qui se font distinguer par un ton beaucoup plus libre. Les trouvères paraissent s'être donné carrière sur cet écrit; les uns lui conservent un ton grave et sévère, les autres se laissent aller à une crudité de pensées et à une naïveté d'expressions qui choquent aujourd'hui les oreilles les moins difficiles. Ce cachet de cynisme et de satire violente contre les femmes, se rencontre surtout dans une réduction de 160 strophes fort originales et fort vives, mais dont la reproduction est impossible. Voici du moins, d'après le texte qu'a suivi M. Crapelet, quelques exemples qui feront juger de cet échange de réparties où Salomon exprime des sentences morales, des adages fort sages, tandis que Marco ife riposte dans le même sens par des dictons populaires :

Qui saiges hom sera Ja trop ne parlera,

Ce dit Salomons.

Qui ja mot ne dira Grant noise ne fera,

Marcol li respont.

En yver peliçon Mais par le grant chaut, non ,

Ce dit Salomons.

Bien doit porter baston Qui a voisin félon ,

Marcol li respont.

On peut consulter d'ailleurs pour d'autres détails, YAnaletabiblion, par le marquis D. R. (Du Roure) 1826, t. i, p. 182 ; le Livre des Proverbes français, par M. Leroux de Lincy, 1842, t. i, p. xxxi, la Bibliographie parémio logique de M. G. Duplessis, 1847, p. 112, etc. Quant à de nombreuses éditions allemandes, flamandes ou en langues du Nord, il y a d'amples détails dans l'ouvrage de J. G. Th. Grasse, Lehrbuch einer Uterargeschichte , 1842, tom. m, p. 466. Ajoutons qu'il existe en anglo-saxon des dialogues entre Saturne et Salomon ; un savant connu par de nombreux travaux , J. Kemble, se prépare depuis longtemps à publier cette production jusqu'à présent inédite, et qui offre un véritable intérêt.

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