LIS ÉVANGILES
mythes^ enfin^ ne se frayeront pas petit à petit un chemin s'éiargissant toujours? Voilà où nous en sommes aujourd'hui dans la théologie protestante. Il faut avouer que Texpérience du passé n'est pas faite pour rassurer les partisans du surnaturel. Jusqu'à présent^ il n'est pas un domaine^ disputé par les deux points de vue, qui n'ait fini par demeurer en dernier ressort en la possession de leurs adversaires. Quel bonheur de mettre ailleurs que dans le miracle son espérance et son cœur ! Autrefois la piété et la foi cherchaient leur soutien dans le miracle ; aujourd'hui , d'un aveu pour ainsi dire unanime^ c'est le miracle qui a besoin d'être soutenu par la piété et par la foi. Et qu'elles y ont de peines I »
Que prouve cette longue citation ? Deux choses : 1** que la foi au surnaturel a diminué depuis la réforme , particulièrement au sein du protestantisme, et que ^ certaines gens y voyant dans les âges passés des superstitions et de faux miracles, ont cru logique de rejeter aussi les vrais miracles, même les mieux prouvés, ceux qui sont le fondement de la vraie religion, à peu près comme si quelqu'un rejetait les bonnes pièces de monnaie parce qu'il y en a de fausses I
Il n'importe guère qu'une multitude de gens s'estiment d'autant plus éclairés qu'ils croient moins un miracle ; ce qui importe est de savoir si cette multitude a raison. C'est, dit-on , un fait accompli. Mais tous les faits accomplis ne sont pas légitimes. N'entendez-vous pas répéter tous les jours que la loyauté dans le commerce s'en va.
que le respect et la soumission du subordonné envers son chef s'afiTaibiissent ^ que les liens de la discipline et de la morale se relâchent, etc. Ces faits accomplis, en sont-ils plus légitimes ? La loyauté, la morale ont-elles tort parce que le grand nombre se montre à leur égard infidèle?
Maintenant^ le fait est-il vrai dans la proportion qu'on suppose? Beaucoup de protestants, sans doute ^ ne croient plus aux miracles : mais les catholiques n'hésitent pas à donner une foi entière à Tintervention surnaturelle de Dieu dans le monde. Il n'est pas vrai que les foules rejettent instinctivement les miracles. Jamais peut-être les sanctuaires réputés par les grâces extraordinaires que Dieu y accorde n'ont été plus fréquentés ?
Admettons qu'il soit de bon ton aujourd'hui et presque de mode parmi les coreligionnaires de M. Ré ville, de repousser tout prodige^ de bafouer le surnaturel et de se moquer généralement de tous les miracles. — Que prouve cette habitude? Les modes varient, et les gens les plus incrédules peuvent devenir les plus superstitieux. Depuis quatre-vingts ans, beaucoup de théories philosophiques et politiques ont eu tort dans Fopinion , et l'esprit public a étrangement varié I — On a déjà renoncé à railler les
croyances sincères et à rire de FEvangile le progrès
pourra s'étendre plus loin. Il faut le désirer, car il est à craindre que si on persiste à refuser une foi raisonnable aox miracles de l'Evangile , on n'accorde une confiance insensée à des prodiges bien autrement inexplicables.
mythes^ enfin^ ne se frayeront pas petit à petit un chemin s'élargissant toujours ? Voilà où nous en sommes aujourd'hui dans la théologie protestante. Il faut avouer que Fexpérience du passé n'est pas faite pour rassurer les partisans du surnaturel. Jusqu'à présent^ il n'est pas un domaine ; disputé par les deux points de vue, qui n'ait fini par demeurer en dernier ressort en la possession de leurs adversaires. Quel bonheur de mettre ailleurs que dans le miracle son espérance et son cœur ! Autrefois la piété et la foi cherchaient leur soutien dans le miracle ; aujourd'hui , d'un aveu pour ainsi dire unanime^ c'est le miracle qui a besoin d'être soutenu par la piété et par la foi. Et qu'elles y ont de peines I »
Que prouve cette longue citation ? Deux choses : l"* que la foi au surnaturel a diminué depuis la réforme , particulièrement au sein du protestantisme, et que ^ certaines gens y voyant dans les âges passés des superstitions et de faux miracles, ont cru logique de rejeter aussi les vrais miracles, même les mieux prouvés, ceux qui sont le fondement de la vraie religion, à peu près comme si quelqu'un rejetait les bonnes pièces de monnaie parce qu'il y en a de fausses I
Il n'importe guère qu'une multitude de gens s'estiment d'autant plus éclairés qu'ils croient moins un miracle ; ce qui importe est de savoir si cette multitude a raison. C'est, dit-on^ un fait accompli. Mais tous les faits accomplis ne sont pas légitimes. N'entendez-vous pas répéter tous les jours que la loyauté dans le commerce s'en va.
tienne. Les autres n'ont pas le même caractère de nécessité. Quand le jardinier plante un arbuste, il Fenyi* lonne de soins particuliers , il le soutient^ il le défend, fl Tarrose ; mais quand l'arbuste a plongé sa racine dans le sol ^ quand il est devenu un arbre, il n'a plus besoin de la culture première , et Ton ne remplace pas les tuteurs qui soutenaient sa tige naissante. D'ailleurs, les miracles des premiers siècles nous deviennent toujours présents par l'histoire, et ils n'ont rien perdu de leur force probante.
Cependant est-il certain que Dieu ait supprimé les miracles, à partir du moment où le christianisme a été fondé? Pourraitron le prouver? Je plaindrais celui qui se chargerait de cette tâche ingrate. Si je lis l'histoire ecclésiastique, je vois, par exemple^ que saint Athanase, allant explorer la Thébaïde , interrogea les témoins de la vie prodigieuse de saint Antoine, son contemporain, et que frappé des faits qu'il recueillit sur les lieux, il en écrivit le récit authentique pour la postérité. Il est facile de nier et de rire ; mais les rieurs^ Messieurs, sont-ils mieux informés, ont-ils plus d'autorité que saint Atbanase ? Sulpice Sévère a écrit la vie prodigieuse de saint Martin de Tours, dont un éminent archevêque a entrepris de relever le sanctuaire détruit, réparant de la sorte un outrage fait à un sentiment à la fois religieux et national : eh 1 bien , Sulpice Sévère était le disciple de saint Martin ; il a connu le héros dont il se fait historien, il Ta suivi pas à pas. Celui qui nie les miracles racontés par ce témoin oculaire estril mieux instruit et plus compétent
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que Sulpice Sévère? Saint François d'Assise^ saint François* Xavier, sainte Thérèse ont été considérés comme de véritables thaumaturges par leurs contemporains : les témoins oculaires de leurs miracles ont déposé dans les conditions les plus capables d'inspirer la confiance. Tous ces témoins se sont-ils trompés sur des faits accomplis au grand jour et devant eux ? UEglise canonise tous les jours des Saints^ elle le fait depuis dix>buit siècles. Jalouse de leur gloire et de sa propre autorité, FEglise romaine prend le soin de constater chacun de leurs miracles, d'en établir les preuves par un débat contradictoire, d'en rédiger des procès-verbaux circonstanciés : TEglise s'est-elle constamment trompée? Des milliers de témoins interrogés par elle ont-ils menti? Qui donc est en mesure de l'affirmer? Les protestants et les incrédules seuls sont-ils justes et infaillibles dans leurs jugements? Hélas I pour se convaincre du contraire, il suffit vraiment de les lire.
Laissons à Dieu ses secrets, Messieurs; et s'il est vrai que les miracles ecclésiastiques ne sont pas nécessaires à la foi ni imposés à notre croyance, sMl est vrai que, faits en faveur d'un individu, d'une famille, d'une cité, ils ont pour ainsi dire un caractère privé et local, s'il est vrai enfin qu'ils ne peuvent revendiquer pour eux les garanties des miracles évangéliques , toutefois il ne convient pas de les nier imprudemment et de limiter, suivant nos courtes vues et notre courte expérience , la puissance et les desseins de Dieu.
J'ai fini, et après les explications que vous venez d'en-
tendre, je livre à votre appréciation ces trois objections malheureusement trop populaires :
Les miracles sont inutiles ; on ne croit plus aux miracles ; il ne s'en fait plus : Jug^z, Messieurs, dans Timpartialité de votre conscience.
i2â LES ÉVANGILES.