‹ Les Evangiles et la critique au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 15 sur 37 · SIS LES ÉVANGILES · texte numérisé non relu

SIS LES ÉVANGILES

Luc. tous deux rapportent avec une légère variante la parole de Notre-Seigneur estimant un passereau.

Nous lisons dans saint Matthieu : Nonne duo passeres asse veneunt (àawpiou)*? Et dans saint Luc : Nonne quinque passeres verieunt dipondio *?

On pouvait donc se procurer^ au temps de Jésus-Christ, deux passereaux pour un as et cinq pour deux as. Ce taux paraîtra fort exact à tout le monde , et le prix de ces oiseaux vulgaires ne parait même pas avoir changé. Il se pourrait bien que quelqu'un de mes auditeurs ait entendu crier aux passants, à Fextrémîté du Pont -Neuf : Deux moineaux pour un sou^ ou cinq pour deux sous.

Il est question deux fois du quadrans dans les Evangiles : une première fois dans saint Marc : Duo minuta quod est quadrans *. Une seconde fois dans saint Matthieu, qui, voulant exprimer la rigueur avec laquelle les juges de la terre procèdent dans leurs sentences , dit : Réconciliez-vous avec votre créancier avant d'arriver devant le tribunal , autrement vous serez jetés en prison et vous n'en sortirez pas que vous n'ayez payé le dernier quadrans^! Non exies inde donec reddas novissimum quadrantem; comme on dirait aujourd'hui : Vous payerez jusqu'au dernier centime ; et plus exactement encore : jusqu'à ce que vous ayez payé le dernier liard, ainsi qu'on s'exprimait il y a cinquante ans. Ce sont là desobservationf minutieuses, mais elles révèlent l'exactitude des appr#

' Maltb., X, 29. — « Luc, xii, 6. — » Marc, xii, 42. — * Maltl V, 2tf.

ciatioas. Sont-elles donc sans valeur pour Tantiquaire et pour le critique ?

Il est question du xtirrov (ininutum) dans une circonstance bien touchante. Nous pourrions, si c'était notre sujets insister sur les plus petits détails qui se rapportent au fait que nous Youlons mentionner^ et ces détails ne seraient point inutiles, car ils n'ont pu être connus que d*un écrivain contemporain. Jésus venait se reposer dans le temple, au milieu des fatigues de son rude ministère; un jour qu'il était assis près du trésor (gazophylacium), et qu'il regardait la foule déposant son ofTrande dans les troncs, il remarqua les riches qui laissaient tomber bruyamment des pièces de grande valeur. Vint alors une pauvre veuve qui n'y mit que deux XEwrà. Jésus-Christ s'écria : « Voyez cette femme I elle a donné plus que tous les autres. Tous ont donné de leur abondance, et elle, dans sa pauvreté^ a donné toute sa nourriture ^ »

a Et sedens Jésus contra gazophylacium, aspiciebatquomodo turba jactaret as in gazophylacium, et mulli divites jactabant multa. Cum venisset autem vidua una pauper, . misit dtu) minuta^ quod est gteadrans... b

« Ait illis : plus omnibus misit! Omnes enim ex eo quod abundat illis miserunt, hœc vero de penuria sua omnia quse habuit, misit totum victum suum.

Près du gazophylacium se trouvait en effet un des treize troncs placés dans le temple. Les rabbins nous apprennent que ces troncs , qui avaient la forme d'une trompette ,

*■ Marc, XII, 41.

étaient destinés à divers usages. Quatre recevaient le tribut du temple et Fargent pour les sacrifices , et les autres les dons offerts volontairement pour l'encens, le bois et les décorations.

Ici donc se révèle encore une frappante exactitude.

Il n'est question qu'une fois de la monnaie hébraïque dans le Nouveau Testament. Nous en avons déjà donné la raison. La monnaie nationale était peu commune ; on n'en frappait plus depuis longtemps. Ce n'était qu'à de rares in* tervalles de liberté que les Juifs avaient pu user de ce privilège. Les Lagides et les Séleucides ne le permirent guère; les rois machabées frappèrent des sicles ; mais la domination romaine abolit cet exercice de l'autonomie royale. Le silence des évangélistes est donc ici parfaitement en rapport avec l'histoire. Vraisemblablement un rabbin du second siècle, écrivant une légende, aurait eu la fantaisie de parler des sicles^ du gérah^ du hazi^ du rabiah^ etc. Il eût par cela même décelé la fraude aux yeux du numismate. Rien de semblable dans les Evangiles. Au temps de Tibère, on payait l'impôt du temple lui-même avec des drachmes; toutefois , comme les Juifs répugnaient à verser dans le trésor du temple des pièces portant des effigies d'hommes ou d'animaux, les Romains avaient fait frapper beaucoup de bronze sans ces effigies. Les collections numismatiques ^ renferment un grand nombre de ces pièces ; elles ont pour types : le palmier, les épis de blé , les vases des

^ Nons citerons en particulier celle de M. Melcbior de Vogué , qui nous a prêté dans nos Térifications son gracieux concours.

sacrifices, et portent les noms d'Auguste^ Tibère^ Julie ^ Claude, Néron ^ avec la date de leur émission. Le poids de ces petits bronzes correspond à celui du quadrans romain. Nous avons tout lieu de croire que FEvangile n'a point désigné d'autres monnaies dans les passages que nous ayons cités. Il est cependant une fois question du sicle dans le Nouveau Testament : c'est dans l'histoire de la trahison de Judas. Nous lisons dans saint Matthieu ' ces paroles du traître : a Quid vultis mihi dare ?... lUi constituerunt triginta argenteos (Tpioxovra âpppia). b Mots que les lexégètes traduisent tous par trente sicles. En effets le teite de Zacharie, xi^ 12, que saint Matthieu rapproche de celui des Evangiles y parle de trente sicles et non de trente deniers.

C'était du trésor du temple que les prêtres devaient tirer cette somme. Or^ dans le temple^ tout était évalué en sicles. La Mischna ne connaît point d'autre monnaie. Le langage sacerdotal ramenait tout au sicle. C'est pour cela que saint Matthieu se sert de Texpression a triginta argenteos. » Voilà donc un indice nouveau de Texaclitude des évangélistes. Trente deniers^ c'est-à-dire environ vingt-quatre francs^ était une somme qui ne répondait pas à l'importance du service, et semble être un chiffre tout à fait arbitraire, tandis que trente sicles, équivalant à peu près à quatre-vingt-seize francs , étaient juste , d'après TExode (xxi, 32), le prix d'un esclave. Cette modique valeur suffisait à tenter une âme aussi vénale que celle de Judas.

' Mallh., XXVI, 15.

2i6 LES ÉVANGILES.

Je m'arrête, Messieurs. Ces détails vous prouvent assez que les évaugélistes ont été exactement renseignés , ou plutôt que ce sont des contemporains de Jésus qui ont écrit le Nouveau Testament. Au second siècle^ le plus grand nombre des faits et des usages que j'ai cités étaient oubliés ; les souvenirs eussent été confondus et les faits défigurés. L'archéologue constaterait de nombreuses erreurs. Les Evangiles ont été écrits par les Apôtres ou par leurs disciples immédiats^ et c*est avec une vérité dont chaque page du Nouveau Testament porte l'empreinte que saint Jean a dit : a Quod fuit ab initio , quod audivimus, quod vidimus oculis nostris^ quod perspeximus et manus

nostrae contrectaverunt et testamur et annuntiamus

vobis. »

Lk GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE ET LE NOUVEAU TESTAMENT.

Les changements survenus en Palestine à la fin du premier siècle et au commencement du second auraient induit en erreur les rédacteurs des Evangiles s'ils avaient écrit au second siècle. — Etonnante exactitude des Evangélistes. — Bethléem.

Messieurs ,

Nous nous sommes demandé dans la dernière leçon si rarchéologie^ qui a réalisé tant de progrès depuis cinquante ans^ pouvait jeter quelque lumière sur la question de l'authenticité du Nouveau Testament; et la numismatique nous a fait toucher du doigt Texactitude des Evangiles^ à propos des monnaies en circulation dans la Judée^ au temps d'Auguste et de Tibère.

Cette exactitude minutieuse de langage, dans des livres étrangers à rérudition^ dénote, avons-nous dit^ des auteurs contemporains.

Les difficultés qu'offre^ même pour le savant^ la fixation de la valeur changeante des monnaies^ nous a conduit naturellement à cette conclusion.

Cette variabilité, commune chez tous les peuples, se compliquait, dans la Judée^ de la pluralité des systèmes monétaires simultanément en usage. Tour à tour dominés par les Perses, les Grecs et les Romains, les Juifs, presque toujours privés du droit de frapper des monnaies nationales, avaient dû accepter successivement et garder en partie celles de leurs maîtres.

Malgré tant de causes de confusion et d'erreurs, les écrivains sacrés ne se sont pas trouvés un instant en défaut: ils distinguent et apprécient toutes ces diverses pièces de monnaies aussi bien que le numismate armé de la balance et du poinçon, et aidé par les textes antiques.

De plus, les Evangiles nous montrent l'usage et l'emploi de ces monnaies en Palestine, leur application aux besoins de la vie. Les transactions ordinaires se faisaient souvent à Taide des monnaies grecques; l'impôt romain se payait en deniers ; les prêtres gardiens du trésor du temple comptaient par sicles. Depuis Tas romain jusqu'au denier, depuis la drachme jusqu'au talent, tout dans le Nouveau Testament est évalué à sa juste valeur : l'impôt au temple, l'impôt à César, sont exactement fixés. Il y a plus : le prix de la journée et des moindres denrées est estimé de la manière la plus vraisemblable.

Nous avons conclu de ces faits que le Nouveau Testament n'était pas un vain recueil de légendes, écrites au hasard en Asie Mineure, à Alexandrie ou à Rome, dans la moitié du iV siècle.

Avant de laisser la numismatique pour passer à la géographie, permettez-moi. Messieurs, d'emprunter au savant Ackercamp, numismate bien connu en Angleterre, quelques confirmations nouvelles de l'exactitude de nos saints Evangiles.

Vous savez. Messieurs, que Jésus-€hrist, en recommandant l'humilité aux Apôtres, leur disait que leur élévation serait une charge pour eux, un service encore plus

qu'une dignité honoriflque. Les rois, disait-il, se font appeler Dominateurs bienfaisants , beneficiy Eùsp^etai , Evergètes. Ce dernier mot semble à Ackercamp avoir été emprunté aux légendes des monnaies grecques encore en usage en Palestine au temps de Jésus-Christ. Elles disparurent tout à fait sous les successeurs de Tibère. L'emploi de ce mot evergète semble une allusion aux titres des rois grecs, et suppose^ chez des hommes qui n^étaient pas érudits, l'usage subsistant de la monnaie de ces princes. L'archéologue cité se croit en mesure de pouvoir établir le fait.

Une autre parole de Jésus-Christ semble aussi trouver sa confirmation dans les monnaies contemporaines. Le Sauveur dit à la Samaritaine : « Le temps vient, et il est déjà venu, où Ton n'adorera plus Dieu sur cette montagne (celle de Garizim]^ ni à Jérusalem, b Ackercamp a relevé le dessin d'une pièce de monnaie samaritaine^ au revers de laquelle se trouve une montagne dominée par un temple. Cette pièce est postérieure à Jésus-Christ; mais le temple était contemporain. Les débris ont été retrouvés par M. de Saulcy.

Vous vous souvenez, Messieurs^ que le peuple juif dit à Pilate^ pour le décider à condamner Jésus^ que s'il graciait le divin accusé, il ne serait pas l'ami de César. Cette expression <i>iXoxaiaap était souvent répétée à cette époque^ où les adhésions au régime nouveau étaient provoquées de bien des manières. Une dizaine d'années après la mort de Jésus-Christ, Hérode-Agrippa prenait le nom de oixoxaiaof »

<i>iXo{xdp.arcç, <i>iXo)cXau^ioç. Le nom de Claude^ qui est devenu plus tard un type d'imbécillité morale^ semblait alors à dés rois courtisans un titre à l'illustration. La flatterie est parfois bien mal inspirée.

Enfin ^ Messieurs y permettez-moi de citer ici un dernier indice de la contemporanéité du livre du Nouveau Testament avec les Apôtres. Ce témoignage, il est vrai, s'appliquerait mieux aux Actes qu'aux Evangiles. , Mais comme l'authenticilé du livre des Actes des Apôtres vient en confirmation de l'authenticité des Evangiles, l'indice dont je veux parler n'est pas sans valeur dans la question qui nous occupe. Vous savez que saint Luc appelle procon^ti/ le magistrat de Chypre converti par saint Paul. L'exactitude de ce titre de Proconsul a été niée par la critique. On s'appuyait sur cette raison que Fîle de Chypre était gouvernée par un propréteur, non par un proconsul, lorsque saint Paul la visita. Auguste, s'en étant réservé Fadministration ^ devait y maintenir un propréteur, et Ton citait à l'appui un passage de Strabon (liv. xvii, p. 840). Mais plus tard on découvrit un texte de Dion, d'après lequel Auguste avait cédé au sénat, en échange de la Dalmatie, l'île de Chypre, qui fut dès lors régie par

un proconsul, a KaI gutcaç àv^Tparoi mX t$ iMLWk tk eOw) mjAmoOxi vTp-

(avTo. » On trouver la confirmation de cette particularité dans une pièce de monnaie du temps de Claudius César, époque à laquelle saint Paul visita Tile de Chypre. Cette pièce porte d'un côté l'efSgie de Claude ; sur l'autre on lit le titre de proconsul (àv667raTo$), donné à Cominus Proclus.

C'est ce titre-là même que devait porter Sergius Paulus \ Il existe un moyen non moins décisif que la numismatique de s'assurer de l'autorité et de l'authenticité des Evangiles : c'est la géographie et la topographie. La vie de Jésus-Christ tout entière s'accomplit sur un territoire étroitement circonscrit. Au récit des événements, qui se rattachent à Jésus- Christ^ se trouvent mêlés les noms des villes et des villages, des cours d'eau, des montagnes. Bien que le Nouveau Testament soit très-sobre de détails profanes, qu'il n'ait pas plus de prétentions topographiques que d'ambition à l'égard de la numismatique, néanmoins, telle ville, telle montagne, telle campagne, se trouvent peintes d'un mot, quant à leur physionomie et à leur place sur la carte : les distances se trouvent fixées; les routes indiquées. Eh bien! tout cela fournit des moyens nombreux de vériflcation et de contrôle. Messieurs, nous allons commencer à examiner aujourd'hui le Nouveau Testament sous le rapport topographique. Nous allons rechercher s'il est aussi exact à cet égard que sous le rapport numismatique, politique, civil et religieux. Si nos recherches prouvent que les écrivains évangéliques ont eu la connaissance exacte et minutieuse des lieux, ne serons-nous pas encore ici en droit de déduire de ce fait considérable le même argument que nous avons déjà formulé à l'occasion de l'exactitude des données uumismatiques et de la situation politique, civile et religieuse de la Judée? Nous répéterons donc : les Evan-

* Ackercamp, p. 41.

giles ne sont point un recueil de légendes prises au hasard un siècle après les événements^ mais un récit exact fait par des contemporains. Nous aurons d'autant plus ce droit, que des circonstances particulières donnent une nouvelle force à Targument.

En effets un siècle après la mort de Jésus-Christ, vers Tan 130, la Palestine ne présentait plus l'aspect et la physionomie que lui donnent les évangélistes. La Palestine avait été bouleversée, ruinée de fond en comble, précisément aux lieux qu'habitait Jésus-Christ. Yespasien, Titus , Adrien avaient semé partout la ruine et la désolation. — Aujourd'hui les guerres modernes laissent encore, des traces profondes; mais ces luttes armées ne peuvent être comparées sous ce rapport aux guerres anciennes. Piller, brûler les villes et les villages, massacrer des populations entières, les déporter en masse, voilà, Messieurs , Taffreux tableau qu'offrent trop souvent les guerres des peuples anciens. Il n'en est plus ainsi, grâce à Dieu : général et soldats s'accordent par un mouvement généreux à rendre la guerre moins odieuse et moins cruelle , à épargner les vieillards, les femmes, les enfants , et même à respecter les monuments. Quand je dis, Messieurs, que tel est le droit moderne de la guerre, je ne puis oublier qu'il a été quelquefois, et, qu'à l'heure présente, il est encore méconnu. Mais dans ces cas, heureusement rares , un cri de réprobation universelle flétrit les coupables et constate le droit moderne, le droit chrétien. — Ce droit était inconnu dans la guerre

d'extermination que les Romains firent aux Juifs Sous Vespasien, sous Titus, et à la fin du règne d'Adrien. La Judée devint alors méconnaissable, et elle cessa de présenter la physionomie que lui donne TEvangile.

Si cependant le tableau de la Palestine , tracé par le Nouveau Testament, est bien celui qui lui convenait sous Tibère et Auguste, il faudra convenir. Messieurs, que c'est là pour les Evangiles une grande preuve d'authenticité. Au second siècle, tracer ce tableau était bien difficile : rien de plus dangereux que de faire la géographie d'un pays que Ton n'a pas visité; en ce cas il faut se borner scrupuleusement à copier le récit des voyageurs, ou s'exposer à de houteux démentis.

Strabon, vous le savez, était contemporain d'Auguste, et il a écrit un livre de géographie s'étendant à une grande partie de l'empire romain. Il a fait la description de la Judée. Tous les documents de l'époque ont passé sous ses yeux. Cependant à des descriptions très-exactes il en mêle de bien fausses : c'est que Strabon avait vécu loin des lieux qu'il décrivait. La critique moderne, à l'aide de la géographie, a pu contrôler plus d'un livre ancien et déterminer le degré d'autorité qu'il mérite. On a reconnu à quelle distance des temps et des lieux étaient placés les auteurs qui se donnaient pour contemporains. C'est ainsi que Quinte-Curce a fourni la mesure de la crédibilité qui lui est due, par les erreurs géographiques qu'il a commises en écrivant l'histoire. Les anciens déjà reprochaient à Virgile des inexactitudes de cette nature.

Tite»-Live lui-même cite des noms géographiques postérieurs aux événements qu'il raconte. Ainsi il parle de Sinuessa, de Préneste, d'Arpi, lorsqu'il aurait dû employer encore les noms de Sinope, d'Argos, et d'Hippium.

La vie d'Apollonius de Tyane a eu , comme on sait, Philostrate pour auteur; mais Cet écrivain prétend avoir extrait son œuvre des notes et des mémoires d'un certain Damis qui aurait été l'ami d'Apollonius, et même son compagnon de voyage. Or, quand il peint l'arrivée d'Apollonius à Babyloiie, il fait de celte ville une splendide description qui n'avait plus un mot de vrai à cette époque, puisque Babylone était déserte et presque ruinée depuis que Séleucie avait attiré à elle l'ancienne splendeur de la capitale du royaume assyrien. Une pareille description ne peut donc avoir été laite par un témoin oculaire. Vous en concluez, Messieurs, que les anciens mémoires de Damis sont une imposture, et que Tauteur n'a pas puisé aux sources contemporaines, comme il s'en est vanté.

Si on jette les yeux sur l'histoire de la guerre des Juifs par lefaux Hégésippe, on reconnaît encore tout aussitôt l'imposture du livre. L'auteur, qui se donne comme ayant vécu sous Antonin et sous Commode, parle dans son livre de Constantinople, de la Saxe et de l'Ecosse I

C'est dans des erreurs de ce genre que seraient tombés les auteurs des Evangiles, s'ils avaient écrit au second siècle. Les nombreux changements qui précédèrent la ruine de Jérusalem ; Fhorrible catastrophe qui fit de la ville sainte un monceau de ruines, et de ses environs

une vaste soHtude ; les restaurations qui suivirent cet événetnentet donnèrent au pays tout çntièr une physîo*- ' nomie nouvelle , tout cela mettait un écrivain postérieur dans rimpossibrlité de reconnaître la Jérusalem et la' Judée du temps de Jésus-Christ. Ajoutez que sous Adrieiion détruisit xle tond en comble 985 villages et 50 places phis considérables; et vous comprendrez quelle eût été la tâche d'un écrivain de la moitié du u® siècle qui aurait voulu peindre le pays tel qu'il était sou« Tibère. Ce n'a été qu'avec une peine infinie et des tâtonnements dé toute sorte que les savants ont pu réussir à refaire la géographie et à retrouver la topographie des villages de la* Palestine aux différentes époques : leurs recherches laborieuses nous permettent seulement aujourd'hui de juger si les livres historiques du Nouveau Testament sont la peinture fidèle de la Palestiiie sous Auguste et sous Tibère, et s'ils ont été écrits par des témoins oculaires. Les pèlerins se sont succédé sans interruption au tombeau de Jésus- Christ, et à tous les lieux touchés et sanctifiés par ses pieds divins. Nous avons de nombreuses relations de leurs voyages. Leur piété leur taisait interroger les traditions, rechercher les monuments, et là où ces monuments étaient tombés, ils décrivaient leurs ruines vénérables. Saint Jérôme, sainte Paule, au iv* siècle, ont parcouru et habité la Judée. Au va* siècle, Adamannus, abbé du monastère de Sainte- Colombe, écrivit, sous la dictée de l'évêque français Arculte, une description de la Palestine. Ce dernier, à son retour des lieux saints, poussé par une tempête sur les*

côtes occidentales de la Grande-Bretagne, et recueilli dans Tune des îles Hébrides , raconta son pèlerinage avec les détails précieux i\m nous ont été conservés. Le vénérable Bédc, aidé par ce document, composa plus tard son EpHome de locis sanctis, Guillaume de Tyr, Jacques de Vilry et Sanutus nous décrivent les lieux sainls dans leurs beaux recueils. Ils nous disent et les gcst« s des Francs, Gesla Dei pcr Francos, et Fétat où les Croisés ont trouvé la Palestine. Quarcsme franciscain de Lodi, Riland, Doubdan, Troïlo, au xvu'^ siècle, Arvitux, Maundrell, Pococke, Volney, au xviu% nous ont fourni de précieux documents. Enfin Scetzcn , Chateaubiiand, Burckliard, Scholz, Richter, Robirtson, Schmidt, de Saulcy, M«' de Misselin, M. de Vogué nous renseignent parfaitement sur la Palestine ancienne et sur la Palestine moderne. Rien n est devenu plus facile que de contrôler les Evangiles dans presque tous leurs détails. Eh bien! Messieurs, quel a été le résultat de tant de fatigues et de tant de recherches? La confirmation de l'exactitude de nos Evangiles. — Permeltez-moi de citer des témoignages.

Voici ce que dit Lth, protestant , mais voyageur consciencieux, éclairé par ses propres recherches et par celles des autres: « Ne parlons pas des livres saints au point de vue des sentiments religieux, mais au point de vue géographique : à cet égard, ces documents sacrés sont sans comparaison, le guide le plus instructif et le plus intéressant, celui que le voy.igeur en Orient peut consulter avec le plus de confiance ^ »

• Leb, p. 123.

Clarke raconte qu'il s'est servi de la Bible pour se guider en Palestine, et il ajoute : « L'évidence de la vérité géographique des livres sacrés, comparés aux monuments, surpasse toute attente. » Enfin M. Léon de la Borde a écrit ces mois : a La Bible est si concise, mais en même temps d'une précition si vraie, que c'est avec une attention fixée sur chaque mot qu'on peut seulement en retrouver tout le mérite *. »

Je voudrais, Messieurs, vous faire toucher du doigt cette exactitude, et mon déi^ir est, en rappelant les divers endroits où s'est accomplie la vie de Jésus-Christ, de comparer les relations des voyageurs aux récits du Nouveau Testament. En nous convainquant de Texactitude des textes gcograi>hiqucs , nous nous préparerons à comprendre I Evanj-ile dans son ensemble.

Commençons par le lieu de la naissance de Jésus, c'està-dire par Bethléem.

Voici ce que nou§ en dit le Nouveau Testament :

Ascendlt atilem Joseph in Judœam^ in civitatem David^ quœ vocatur Bethléem^ Bethléem Judce, Bethléem Ephrata *.

— Ainsi , d'après saint Matthieu, Bethléem est une ville de Judée. Il insisie sur ce fait : « Bethléem Jud»; » comme pour distinguer la ville où est né Da\id, d'autres villes qui portaient le môme nom. C'est une petite ville, car la sainte Famille ne trouva pas où s'y loger : a Non erat eis

* Voy. les pages 1, 2, 21.

^Mattb. cb. I.

locus in diversorio. » Il n'y avait qu'une seule hôtellerie à Bethléem : a in diversorio. »

— Autour de Bethléem étaient des pâturages où des bergers faisaient paître leurs troupeaux.

— C'est dans une étable de cette ville que Jésus-Christ est né.

— Enfin Jérusalem ne doit pas être éloignée de Bethléem , puisque les parents de Jésus purent l'y conduire sans inconvénient^ quand il n'avait encore que oO jours.

— Une ville appelée Rama doit être dans le voisinage , puisque, racontant le massacre des Innocents, saint Matthieu a pu dire en rappelant une prophétie : Voœ auditaest in Rama : Rachel plorans filios suos, et noluit consolarij quia non sunt.

Voilà bien des circonstances qui peuvent donner prise à la critique. L'Evangile ne connaît point les réticences; et son témoignage n'évite point le contrôle.

Toutes ces données sont-elles exactes?

Les géographes sont unanimes pour nous dire d'abord que Bethléem existe encore; que cette ville est à deux lieues au sud-ouest de Jérusalem ; qu'il faut à peine quelques heures pour aller de Tune à l'autre. Chateaubriand partit à cinq heures du soir de Jérusalem^ au mois d'octobre , et il arriva à Bethléem quand le jour tombait. On passe, chemin faisant, auprès d'un petit village appelé Rama ; et Chateaubriand raconte qu'il en vit les lumières briller à travers les ombres du soir.

Voici ses paroles :

« Nous aperçûmes dans la montagne (car la nuit était Yéim'e) les lumières du Tillage de Rama. Le silenôe était profbnd autour de nous. Ce fut sans doute dans une pareille nuit que l'on entendit tout à coup la voix de Rachel : Vox in Rama audlta est; ploratus et ululatus multus ; Rachel plorans filios suos et noluit consolariy quia non sunt! Ici la mère d'Aslyanax et celle d'Euryale sont vaincues : Homère et Virgile cèdent la place à iéréniie *. »

La ville de Bethléem est petite : elle ne compte aujourd'hui que cent mauvaises maisons bâties en partie dans le ïoc, et près dé six cents hommes capables de porter les armes. Elle rappelle la ville d'autrefois ; car Michée Ta appelée de son temps : petite entre mille villes de Juda.

Autour de Bethléem étaient autrefois des pâturages, car David y faisait paître les troupeaux de son père. Elle s'appelait Ephrata, fertile.

Il ne serait pas étonnant que Ton ne trouvât plus ces pâturages. La Palestine d'aujourd'hui ressemble si peu à la Palestine ancienne ! Voici comment Chateaubriand nous 'peint ce changement : c( Dans cette contrée , devenue la proie du fer et de la flamme^ les champs incultes ont perdu leur fécondité ; les sources ont été ensevelies sous des éboulements; la terre des montagnes n'étant plus soutenue par rindustrie du vigneron, a été entraînée au fond

* Rien d^aolique ne se retrouve à Rama; mais le nom demeure. Il faut donc reconnaître que ce nom seul, indice peut-être insuffisant, peut justifier la conjeetore de Chateaubriand.

230 , LES ÉYAI^GILES.

des vallées, et les collines, jadis couvertes de bois de sycomores et d'oliviers, nWrent plus que des sommets arides. »

Mais nous ne sommes point ici abandonnés aux conjectures. Les alentours de Jérusalem sont, il est vrai, assez pierreux. Le sol cependant n'en a pas été ravagé tout entier par les Turcs, et celui qui a échappé à la dévastation est encore très-fertile. Voici du reste les paroles du missionnaire Fisk *•

« Nous trouvions souvent le rocher presque nu; et cependant, nous nous rappelions David qui autrefois fit paître sur ce sol aujourd'hui ravagé les agneaux de son père , en s'exerçant à chanter les louanges de Jéhovah ; nous pensions à Samuel venant à Bethléem pour sacrer roi le jeune berger, quand tout à coup se montre à nos regards une vallée couverte de verdure dont la beauté était encore rehaussée par les rochers qui Fentouraient. Nous nous engageâmes dans cette vallée, et il nous semblait voir les troupes des anges qui inclinèrent un jour leur vol sur ces vallées où veillaient des bergers. Nous croyions entendre ces paroles : Gloria m excelsis Deo^ et in terra pax hominibus bonœ voluntatis! »

Les évangélistes ont eu soin d'ajouter au nom de Bethléem celui de Bethléem de Judée. Cette petite circonstance révèle Técrivain juif et surtout le galiléen, qui ne voulait pas qu'on confondit la ville qu'il nomme dans son récit avec une autre qui portait le même nom et qui était dans

* Page 268.

la tribu de Zabulon. Celte dernière se trouvait dans le voisinage de Nazareth, et elle était bien connue de saint Matthieu. C*cst maintenant un pauvre petit village.

Les évangélistes racontent que le Rédempteur est né à Bethléem de Judée dans une étable. Pouvons-nous, à Texemple de ce que font les géographes, lorsqu'ils rappellent le lieu qui a vu naître un homme célèbre, confirmer notre témoignage eu disant : Tétable dans laquelle Jésus-Christ est né exi>te encore aujourd*hui, et on la montre au voyageur? Ce n'est point ici, Messieurs, une question de foi que nous avons à examiner. LTglise élève des aulels dans tous les lieux que de pieuses traditions désignent soit comme le théâtre de la vie et des œuvres des saints, soit comme témoins de leurs miracles. Ce culte local ne tranche point définitivement la question du fait topographique ni môme du fait miraculeux. Si l'on peut vénérer un saint partout, pourquoi ne le pourrait-on pas dans les lieux spécialement désignés par les croyances populaires? Le culte est bon en lui-môme, et les croyances populaires relativement aux lieux et aux faits n'ont pas une autorité absolue. L'Eglise ne décide rien sur ces matières et n'exige point notre foi. Chacun reste libre dans ses appréciations personnelles. Néanmoins, Messieurs, il faut être raisonnable en toute chose et se prémunir contre ces préjugés protestants qui rejettent systématiquement des faits qui devraient commander le respect à une critique impartiale.

La grotte que l'on montre à Bethléem comme le lieu de

;^32 JLES ÉYANGUUES.

la oaissabce de Jésus-Chrisl est-elle yraiment l'étable dçs

; Evangiles? Voici d'abord la description des lieux telle que nous Fa tracée Chateaubriand :

a De,ux. escaliers tournants^ composés chacun de quinze

/.degrés, s'ouvrent aux deux côlés du chœur de TégUse 'extérieure ^etdiâscendent à TégUse souterraine placée sous ce chœur. Celle-ci est le lieu à jamais révéré de la Nativité du Sauveur. Cette grotte est irrégulière, parce qu'elle

. occupe l'emplacement irrégulier de Tétable et de la crèche. Elle a trente-sept pieds et demi de long, onze pieds trois pouces de large, et neuf pieds de haut. Elle est taillée dans

: le roc. Tout au fond de la grotte, du côté de l'Orient, est la place où la Vierge enfanta le Rédempteur des hommes. Ç^tte place est marquée par un marbre blanc incrusté de jaspe et entouré d'un cercle d'argent. On lit ces mots à l'eptour :

Hic de Virgine Maria Jesxis Christm natm est.

, a Une table de marbre qui sert d'autel est appuyée contre le rocher et s'élève au-dessus de l'endroit où le Messie vint à la lumière.

« A sept pas de là, vers le midi, vous trouvez la crèche. On y descend par deux degrés, car elle n'est pas de niveau avec le reste de la grotte. C'est une voûte peu élevée

. enfoncée dans le rocher. Un bloc de marbre blanc , exhaussé d'un pied au-dessus du sol et creusé en forme de berceau, indique l'endroit même où le Souverain du ciel fut couché sur la paille.

« A deux pas, vis-à-vis la crèche, est un autel qui occupe la place où Marie était assise lorsqu'elle présenta Tenfant des douleurs aux adorations des mages, d

L'église dont parle Chateaubriand est appelée : Ecclesia Mariœ de prœsepio. Selon tous les archéologues, c'est la plus ancienne de toutes les églises de la Palestine. C'est une grande basilique romaine du iV siècle. M. de Vogué qui Ta étudiée deux fois, à dix ans de distance, Taffirme de la manière la plus positive. Selon lui, le caractère architectural du plan, le style des colonnes et de leurs chapiteaux confirme entièrement la tradition qui attribue à sainte Hélène la construction du monument.

Mais la vénération pour le lieu où naquit le Messie remonte à une date bien plus ancienne , car nous savons de la manière la plus certaine qu'au commencement du II* siècle l'empereur Adrien le profana et en interrompit le culte.

Voici un texte très-clair de saint Jérôme dans une lettre à Paulin. Le saint traducteur de la Bible s'était retiré à fielhléem avec sainte Paule et sainte Eustochie, et il est par conséquent un témoin digne de foi : a Bethléem nunc xiostrum et augustissimum orbis locum de quo Psalmista canit : Veritas de terra orta est. Lucus inumbrabat Thamus, id est Adonis, et in specu ubi quondam Christus vagiil, Veneris amasius plangebatur I »

Ainsi saint Jérôme nous apprend qu'au commencement du II*' siècle le culte de la grotte de Bethléem fut interrompu par une profanation sacrilège. S'il fut interrompu

alors, il existait donc auparavant, et remonte par conséquent au I" siècle. Dès les temps apostoliques, le berceau de Jésus-Christ fut placé dans une grotte bien connue^ cella que Ion montre encore aujourd'hui au vojageur, comme objet de la vénération de tous les chrétiens.

Le souvenir du massacre des Innocents devait contribuer cerlainement à garder vivant celui de la naissance de Jésus-Clirist et des circonstances qui s'y rattachent.

Nous avons pour confirmation de cette vérité un texte de Justin. Vous savez qu'il était né à Sichem en Palestine. Selon lui , Jésus-Christ est venu au monde, non dans une établc quelconque, mais dans une grolle, aTiiixaicv. Origène donne le mcmc nom au lieu qui vit naître le Sauveur.

Il est vrai, Messieurs, que TEvangile ne parle point d'une-grolte, mais seulement d'une éiable. Pourquoi ne se sert-il pas de l'expression employée par Justin et par Origène? Pourquoi, Messieurs? C'est que saint Matthieu écrivait pour les Juifs de Palestine; et que tous les Juifs «avaient ce que savent encore les voyageurs qui ont visité Bethléem, que dans cette ville, bâtie sur un monticule, une très-grande partie des maisons sont creusées dans te roc. L'expreFsion grotte était de nalure à frapper les Grec& de l'Asie Mineure et les Romains, mais elle eût été inutile pour les Juifs de la Palestine : ils savaient que laiplupart des be hléémi!es étaient logés dans des grottes * Saint i'alth'eu | arle de la circonstance de Tétablc, parc^ que c'était la seule chose qui pût impressionner ses 0001—

patriotes. Aujourd'hui encore un grand nombre de grottes servent d'clables.

La grotte que Ton montre à Bethléem répond-elle, par ses dimensions, aux faits qui sont racontés?

Chateaubriand constate qu'elle a 37 pieds \\^ de long, 11 pieds trois pouces de large, et 9 pieds de haut. C'est donc une vaste pièce où il restait encore à côté de Tâne et du bœuf un grand espace inoccupé; et, dès lors, on comprend comment Tidée vint à un aubergiste encombré, ou à un belUlcémiste pauvre et moins dur que ses compatriotes, d'offrir à Joseph et à Marie , qui paraissaient de pauvres gens, une place dans cette vaste et trop humble pièce.

Ainsi, Messieurs, les récits des évangélisles considérés sous le rapport géographique et topographique, étudiés dans leurs plus petits détails, comme dans les circonstances plus imporîantes, offrent une corrélation frappante avec les récils des vo\ageurs. Tout est exact et précis. Cette constatation faite à Taide la mieux informée de la critique, ne fournit-elle pas la preuve manifeste que les Evangiles ont été écrits par des contemporains, par des hommes qui ont vécu sur les lieux, par des Juifs du temps même de Jésus-Christ?

Dans la prochaine leçon, nous prendrons la [Galilée pour champ d'une nouvelle étude.

ri

LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE ET LE NOUVEAU TESTAMENT. La Galilée. — Nazareth. — Le puits de Jacob. — Le Thabor. — Na'un.

Messieurs ,

Je TOUS ai fait remarquer, dans la dernière leçon, la difflcullé pour récrîvain d'être parfaitement exact sôus le rapport descriptif et topographique, quand il n'a ^aô tu de ses yeux les lieux dont il parle, et lorsqu'il ri'esl (>ôîiit le contemporain de la situation géographique qu'A' rappelle. Philostrate a trahi une ignorance complété, et Strabon, qui avait beaucoup voyagé et beaucoup 'interrogé les archives romaines, n'a pu éviter certaines erreur* en décrivant les lieux qu'il n*avait pas viis'd^ ses propres yeux. , :; ^

Les changements survenus en Palestine dans le dernier tiers du premier siècle, la dispersion des Juifs, eusseni créé une difficulté énorme à récrivain du second siècle qui aurait entrepris de retracer le tableau de la Palestine à» temps des Hérodes. Le sol était bouleversé; huit cent quatre->ingt dix-huit villages brûlés, cinquante villes détruites ; Jérusalem était rasée. Comment retrouver Im splendeur et la vie sous les ruines?

Cependant , disais - je , appuyé sur les travaux des voyageurs et des archéologues, les écrivains du Nouveau

IKIIZIRME LF<;ON. !237

Testament ne se sont trompés en rien, ni sur les noms, ni sur la topographie.

Nous avons commencé notre examen par Bethléem. Nous avons retrouvé dans le récit des voyageurs la Bethléem des Evangiles et même la grotte où est né Jésus- Christ. Nous disions, au sujet de cette grotle, si chère au chrétien, que l'empereur Adrien avait interrompu le culte qui y était établi au commencement du ii® siècle. Mais si ce culte a été interrompu au commencement du second siècle, c'est que déjà il existait dans le premierj c'est-àdire aux temps apostoliques. Au reste, saint Justin et Orîgène font positivement mention de la grotte où naquit Jésus-Christ : ils l'appellent aimxawv *.

Kous allons aujourd'hui quitter la Judée pour nous ^ï'^nsporter en Galilée.

On appelle Galilée S^San, cercle, circonscription, cette Partie de la Palesline occupée jadis par les tribus d'Azer, ^^ Nepthtali , de Zabulon et une partie d'Issachar. C'est la ï'égion septentrionale de la Palestine, située à Touest du Jourdain; ses limites au nord étaient le Liban, la Syrie, "ï* jr et Sidon ; à l'est le Jourdain , le lac de Génézareth , le ï^c Mérom ; au sud la Samarie , à l'ouest la Méditerranée. On distinguait la Galilée supérieure de la Galilée inférieure, Tune occupant la partie nord, l'autre la partie sud ^u pays. La Galilée supérieure était habitée en grande partie par des païens phéniciens, syriens, arabes et grecs, ^l pour cela on l'appelait Galilée des Nations, La Galilée

' iost., apol., I, § 34.

inférieure, qui renfermait les montagnes de Séphoris, le Thabor, le petit Hermon, la montagne de Gelboé, Yi'était guère habitée que par les Juifs ; mais elle était trèspeuplée.

Voici quelques traits empruntés à Thislorien Josèphe : a II y a deux Galilécs ; Tune est appelée basse et l'autre haute... La longueur de la basse s'étend depuis Tibériade jusqu'à Zabulon ; et Plolémaïs est près de là dans la région dite maritime. Bien que toutes deux soient environnées d'étrangers, elles ont toujours opposé une résistance énergique aux invasions. Les Galiléens sont belliqueux dès leur enfance et très-nombreux. Les hommes n'ont jamais connu ni la peur ni la pauvreté. Un sol fertile, des troupeaux nombreux, des champs couverts d'une végétation très->ariée attirent dans le pays beaucoup de gens, mêm^ ceux qui n'ont pas grand goût pour la culture de la terr^ 11 n'y a pas dans la Galilée une seule vallée qui ne soL cultivée. »

En effet, la Galilée l'emporte par la beauté et la fertiliL< sur la Samarie et la Judée : ses montagnes et ses collines couvertes de verdure, sont du plus bel etfet. Au mille "■ de la Galilée inférieure s'élève le petit llermon qui, d ses flancs, laisse couler des e.aux qui vont fertiliser 1 pays. Ou laperçoit de toutes les collines, et le regard, ei s'abaissant, se repose sur les eaux tranquilles et les rivo fertiles du lac de Génésareth et de Mérom. Deux |)laîaeî remarquables enrichissent le pays, la plaine de Jesraël ei de Gennésar.

Les Galilëcns étaient souAxnt mal vus dos antres Juifs, et principalement de ceux de Jérusalem. Le voi^inage des païens les faisait passer pour peu religieux. D'autre part les Galiléens avaient un langage qui sentait la province; leur prononciation était dure et désagréable, tandis que, selon Buxtorf, on parlait à Jérusalem riiébre'i araméen le plus doux et le plus pur. Les Galiléens étaient les Dorkns de la Palestine. Les sons gutturaux élaient si profonds et si peu distincts que Va sonnait comme Yo.

C'est dans le beau pays de Galilée qu'a particulièrement vécu Jésus-Christ; c'est sur les gracieuses et aimables ri\es du lac de Génésarelli qu'il a paesé la plus grande partie des deux années et demie de sa carrière publique. ^ C'est là qu'il a préparé et commencé l'œuvre de la Rédemption qu'il devait achever à Jérusalem.

Lesdi^eip'es Pierre, André, Jacques, Jean, Philippe, Baithélemy, Simon et les autres, élaient de Galilée.

Les nou)s de Nazareth, de Cana, de Capharnaûm, de Naïm, de Thabor, tant de fois répétés à nos oreilles, sont gravés dans notre cœur et dans notre mémoire.

Malheureusement la Galilée n'est plus rien de ce qu'elle était au temps de Jésus- Christ : les ruines s'y sont amoncelées; et il est difficile de reconnaître les lieux mentionnés dans le Nouveau Testament. L'archéologie est peut-être en retard quant à la tâche qui lui est imposée à cet égard. Néanmoins, déjà la Galilée a été assez étudiée pour que nous puissions constater en beaucoup de points, et de manière à atteindre notre but, la cor-

2i() LES ÉVANGILES.

respondance exacte des récils évangéliques avec la topographie du pays.

Voyons d'abord si* nous trouverons dans TEvangilô quelques textes se rapportant à la description générale que nous venons de donner du pays.

Nous avons dit : 1° que, d'après Josèphe, on distinguait de son temps la Galilée supérieure et la Galilée inférieure, et que la première était appelée la Galilée des Nations, Galilée Maritime ; qu'elle était habitée en parlie par des Gentils. Je trouve dans saint Matthieu les paroles suivantes :

« Relicta civitale Nazareth, venit et habitavit in Capharnaum, in finibus Zabulon et Nepthalim, ut adimple. retur quod dictum est per Isaïani prophetanî : terra Zabulon et terra Nepthalim, via Maris trans Jordanem, Galilœœgentium, populumqui sedebat in tenebris lumen vidit magnum, et sedentibus in regione et umbra mortis, luxorta est eis *.»

Nous trouvons dans ce texte des Evangiles non-seulement la division de la Palestine en Galilée proprement dite et Galilée des Gentils, non-seulement la position limitrophe de Zabulon et de Nepthtali, mais encore la position exacte de Capharnaûm : in finibus Zabulon et Nephtali. Ce texte, avec d autres considérations topographiques, a aidé M. de Saulcy à retrouver Capharnaûm. Les géographes avaient placé cette ville trop au nord : le? savant membre de Tlnslilut pense Tavoir trouvée plus aim.

} Matlh., IV, 13.

sud. Tout le inonde s'accorde à accepter le texte en question comme un renseignement précieux.

A l'ouest de la Galilée se trouvait le pays de Tyr, au sud était la Samarie, à Test le Jourdain et le lac de Génézaretb. Ces limites sont exactement rappelées dans le^ ETangiles.

Voici pour les limites du nord-ouest :

a Et egressus inde a Galilaea Jésus secessit in partes Tyri et Sidonis ; et ccce mulier Cbananœa a finibus illis egressa... *.»

Quand Jésus va à Jérusalem par la rive droite du Jouriain, TEvangile lui fait traverser la Samarie : voilà la imite sud. Enfin le lac de Génésareth se trouve devant ^ésus-Cbrist quand il se rend en Pérée, et tout le monde •ait combien de fois les évangélistes nous parlent des royages en barques sur ce lac, dont les eaux^ soulevées >ar le vent, offrent parfois l'image de véritables tempêtes: roilà la limite est.

Deux plaines embellissaient la Galilée ; la principale est :^lle de Jcsraël, souvent indiquée dans le Nouveau lestament. Car à l'entrée s'élevaient deux villes bien connues, Nazareth et Naïm ; quant à la petite plaine de Génésareth, qui a tout récemment été l'objet de l'attention des voyageurs et des érudits, ne la voyons-nous pas mentionnée dans saint Matthieu avec une exactitude surprenante. Lorsque venant de la Pérée on traverse le lac de Génésareth et qu'on aborde un peu au nord de Migdal

«llaUb.,xv,2l.

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