‹ Les Evangiles et la critique au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 16 sur 37 · LES ÉV ARGILES · texte numérisé non relu

LES ÉV ARGILES

(Magdalena), on se trouve au milieu d'une plaine char — manie qui forme comme un demi-cercle autour du lac.

a Et cum transfrelassent, vcnerunt in terram Gennesar. Mattli. XIV, 3i. » Remarquez terram. Quand le Nouveau Testament veut peindre un pays montagneux, il dit montana, ôpswr. [per montana Judœœ)\ quand il s'agit d'uDe plaine, p, terra,

Cest à rentrée de cette plaine que plusieurs savants, entre autres M. de Saulcy, placent les ruines de Capbarnaûm ; et comme cette petite ville ctoit peut-être le centre des mis. ions de Jésus-Clirist , permettez-moi de m'j arrêter un instant.

Voici ce que dit Robinson de cette magnifique plaine de Génésaretli : « Nous visitâmes la petite éminence où se trouvent les restes d'un village appelé Abushusheh , pour voir si nous y trouverions quelques débris de Cajih.irnaûm. Nous n'y avons découvert rien d'antique, point de ^ pierres taillées, point de maçonnerie, seulement Ks ruines ^ de maisons bâties en pierres volcaniciues grossières. Les^s Arabes de la plaine usent de ces ruines pour en faire dt^^ magasins. Un tumulus au sommet blanc m irque ce lieu.

a De ce point, on aperçoit la plaine admirable qui kmg^^ le lac. Elle est extraordiuairement fertile et très-bieiziH arrosée. Le sol, au moins du côté du sud, est une teri— "" noire qui, dans le voisinage de Medgdel, ressemble à unterre maraîchère. On ce peut rien trouver de plus ferlil^^ La végétation y est abondante et vaiiée. Les terraii^^ humides produisent du riz... En vérité, sous le rappo:^Mr/

DOUZIÉUE LEÇON. 243

de la beauté, de la fertilité et du elimat, ce lieu répond assez bien a la descriplion enthousiaste et un peu exagérée de Josèphe, qui l'appelle un p&radis. »

De la peinture générale du pays passons aux mœurs des habitants.

Je TOUS ai dit, Messieurs, que les Galilécns étaient peu considérés par les Juifs. Cette circonstance est jusliflée par r£vangiie. Nathanaël dit à Pliilippe qui lui annonce Jésus comme élanl le Messie : « De Nazaretli, de Galilée, peutil venir quelque chose de bon? » Galiléen et Nazaréen étaient des termes de mépris, comme nous l'apprend un apologiste : « Scd et nos apud vcteres quasi opprobrio Nazarei diccbamur, quos nunc Cbristianos vocant. » La prononciation provinciale du galiléen tst formellement indiquée dans TEvangile. Pierre avait suivi Jésus jusque dans la cour du grand prêtre Anne. Il voulait ne pas être reconnu, mais son langage le trahit. «Vraiment, lui dirent ceux avec qui il avait engagé conversation, vraiment vous êles un de ceux qui sui\ aient Jésus ; votre langage le dit assez : loquela te manifesium facit. »

C'est ainsi que le Nouveau Testament nous fait connaître la physionomie générale de Ja Galilée. Parcourons maintenant le pays, éludions les lieux qui rappellent le plus de souvenirs, et voyons si dans les descriptions particulières lEvangile est aussi fidèle que dans la peinture générale. Arrêtons-nous d'abord au lac de Génésaretb.

Ce lac est le cratère d'ua volcan couvert d'une belle

nappe d'eau tout éclatante de lumière. Il est entouré de montagnes hautes et resplendissantes. Sa longueur est de cinq lieues, sa plus grande largeur de deux. On ne peut regarder les eaux et les rivagos du lac sans sentir se réveiller dans l'esprit de nombreux souvenirs. Ce sont ces flots soulevés par la tempête que Jésus-Christ avait apaisés, c'est sur ces vagues qu'il avait marché. C'est dans ces eaux que sur Tinvitation de son maîlre, Pierre avait jeté ses filets et fait la pêche miraculeuse. C'est sur ce rivage que Jésus avait interrogé son disciple et lui avait donné, en échange de son amour, la mission de paître les agneaux et les brebis de son Eglise. Quinze villes assises autrefois sur ses bords lui faisaient une couronne vivante. Elles sont tombées aujourd'hui, et les débris de Magdal, de Tibériade, de Génésareth, de Capharnaûm, de Bethsaïde, n'environnent pluscelacque de leurs glorieux souvenirs. Là où tout était riant, tout est triste; là où tout était vie, tout est silence. Cent juifs, cinq cents musulmans et cent cinquante grecs catholiques, vivent au milieu des ruines de ces villes tombées*. Arrêlons-nous devant quelques-unes des villes dont parle TEvangiie. Voici Nazareth (el Nazir) , Medinat Aliat, la flile des fleurs, la fleur de Galilée. On a de la ville une belle vue sur l'Hermon, le Gelboé et le Thabor. De ces hauteurs descend une vallée qui conduit aux plaines d'L^raël. — Vous savez que c'est à Nazareth, de Galilée, que les parents de Jésus cherchèrent un asile contre les desseins malveillants d'Archélaûs. * Voir le voyage de Mk» de Misselin.

Voici d'abord sa topographie. Elle est jetée dans les Evangiles à la fin d*un récil connu de tous. Jésus-Christ était allé visiter Jean sur les rives du Jourdain, près de Jéricho^ à BélhaLara, appelée ausi^i Béthanie. Api es son baptême, il revint en Galilée, dans la ville qui l'avait nourri : Et venit Nazareth ubi erat nutrilus. Selon sa coutume ; il entra dans la synagogue le jour du sabbat. Là, il se leva et demanda à lire et à expliquer la Bible. On lui donna les prophéties d'kaïe. 11 en déroule le manuscrit et tombe sur ce passage : « SpiiilusDomini super me, propter quod unxitme, evangelizare pauperibus niisit me, prxdiciire captivis remissioncm et cœcis \isum, etc.. » Il replie le manuscrit, le rend au serviteur qui le lui avait appoité, et tous les yeux ?e fixent sur lui. « Cq^ï aujourd'hui , dit-il , que se sont accomplies les parolt s que vous venez d^enlendre... » Mais bienlôl tous de s eciier : N est-ce pas le fils de Joseph ? et leur colère s'dllumant : « Sui rexerunt et ejecerunt eum extra civilattm, et duxerunt illum ad supcrcilium montis, supra quem civitas illorum erat sdificala, ut prœci|)ilarcnt eum. Ipse autem, transiens per médium illorum, ibat. d

Ainsi, Nazareth élait bâlie sur le flanc d'une montagne; on sortait de la ville pour en gagner le sommet; en préci|)itant nn homme de ces hauteurs, on pouvait lui donner la mort.

Cette toiiographie est-elle exacte ?

Voici le témoignage de Robinson :

a La ville de Nazareth, appelée en arabe En-Nazirah, est

Page 1