‹ Les Evangiles et la critique au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 17 sur 37 · S46 LES ÉVANGILES · texte numérisé non relu

S46 LES ÉVANGILES

placée au côté occidental d'un bassin oblong qui s'étend du sudoucst au nord-est. Les maisons sont bâties sur la partie inférieure de la colline occidentale qui les domine et qui est terminée par un tumulus appelé Ncbi-lsmaïl.

a Du côté du nord, les collines sont moins cleTéts; à Test et au sud, elles sont encore plus basses; à l'occident elles sont très-hautes. La ville est bâtie au pied de la colline; il faut donc en sortir pour gajçnerlehautde la montagne.

a La colline est escarpée. La vallée de Nazareth, selon Schubert, est plus haute de huit cent onze piids que le niveau de la mer. Ce voyageur estime que les collines qui entourent Nazareth s'élèvent de quinze à seize cenis pieds au-dessus du niveau de la mer, et de huit cenis pieds audessus du niveau de la ville. » Robinson, il est vrai, joge ce chiffre trop élevé: «Le plateau de la colline, dit-il, n'est guère que de quatre à cinq cents pieds au-dessus de la vallée. » Mais il sufQt qu'un homme soit précipité d'une hauteur de quatre à cinq cents pieds pour qu'il courre le danger de se briser la lêle.

Robinson explique à sa manière comment Jésus déroba à la colère de ses ennemis : « Jésus, dit-il, se fraya

sans crainte un chemin à travers la foule, et s'échappa pro

bablement à travers les rues étroites et tortueuses de la^B

ville. » Il voit là un fait tout naturtl , mais les commenta

teurs orthodoxes attribuent le salut de Jésus^Christ à un^ miracle.

A une lieue de Nazareth , on montre aujourd'hui un^^ montagne appelée Saltus Domtni. Robinson s'efforce d'éta —

blîr que celte montagne est précisément celle d'où Ton Toulaît (Précipiter Jésus. Il est difficile de croire cependant que les habitants de Nazareth aient conduit Jésus à une Keue de disîance pour le faire mourir, quand ils n'avaient, pour donner satisfaction à leur colère, qu'à le précipiter du haut de la colline. Une chose a pu donner naissance à la tradition dans laquelle Robinson se retranche, c'est Taspect effhiyant que présentent les pointes abruptes du Salius Domtfii.

Mais une question plus importante se présente à l'esprit relativement à Nazareth, le lieu qu'habitèrent Marie et Joseph est- il conservé?

La grotte où Jésus-Christ est né a été, cela est incontestable, l'objet de la vénération des chrétiens dès les temps apostoliques. Pour ne rappeler qu'une des preuves que nous en avons déjà données, Adrien , dans les premières années du ii* siècle, interrompit le culte de ce lieu, et souilla ce sanctuaire vénéré en y plaçant la statue d'Adonis. Le culte de la maison de Nazareth rcmonte-t-il aussi liaut que celui de la grotte de Bethléem? Sainte Paule, au IV* siècle, vînt en pèlerinage à Nazareth. « Prœcucurrit Jfazareth^ nutriculum Domini *. » Il est donc certain qu^au temps de saint Jérôme il y avait déjà une église au lieu traditionnel de l'Annoneiation : « Nazareth habet cccksiam, in loco quo angclus ad beatam Mariam evangelizaturus intravit. » — D'après la tradition , la mère de Constantin, sainte Hélène, aurait bâti cette église. Hais • S. Jétôme. Lettre lxxxvi à Eustochie.

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comme la tradition^ dans ce pays, attribue à cette princesse ions les monuments pieux, son témoignage n'est pas décisif. Heureusement que ce témoignage est confirmé par la physionomie des lieux. La grotte de l'Annonciation forme une abside qui est tapissée d'un mur; le mur porte tous les caractères de Tarcbiteclure primitive clirétienne, et Ton peut assurer qu'il a été construit dans le iv* siècle. On trouve encore dans la grotte des débris de chnpitcaux et de colonnes qui remontent à la même époque. Permettez-moi d'invoquer ici l'autorité d'un homme qui, par ses consciencieuses recherches, l'exactitude de ses dessins et la sagesse de ses appréciations, a mérité les éloges de l'académie des inscriptions et belles-lettres^ de M. Melchior de Vogiié : « L'église principale de Nazareth est celle de Y Annonciation élevée sur l'emplacement traditionnel de la maison de la Sainte Vierge. Comme beaucoup d'habitations modernes de Nazareth et de la Palestine, cette maison était adossée au rocher, et une petite grotte naturelle servait de lieu de retraite. La maison a disparu , la grotle est restée. Après la paix de l'Eglise, on la transforma en chapelle : on façonna le fond de l'excavation pour en faire une abside, et on le tapissa d'une voûte en cul-(lc-four en petit appareil romain ; le caractère antique de ces constructions ne saurait se méconnaître, il reporte invinciblement jusqu'au iv' siècle la tradition qui place en ce lieu Y Annonciation de Marie. »

Adaniannus, au vu* siècle, nous parle de cette église. Voici ses paroles : a Ecclesia in co fabricata habetur loco ubi

fuerat domus constructa in qua Gabriel archangelus ad beatam Mariam ingrcssus esl. » Geoffroy de Beaulieu nous raconte le pèlerinage de saint Louis à Nazareth et à iVglise dont nous avons parlé : « La veille de TAnnoneiation^ le roi, revêtu d'un ciliée, se dirigea vcts Nazareth. Lorsqu'il aperçut de loin les saints Litux, il descendit de clieval , et après avoir fléchi le genou, il s'avançi à pied vers la cité sacrée. Il jeûna ce jour-là au pain el à Feau, quoiqu'il eût fait une marche fatigante. Ceux qui étaient avic lui peuvent dire avec quelle solennité les ^cpres, les matines, la messe, furent chantées. De|ïuis que le Fils de Dieu s'était incarné, jamais Nazareth n'avait vu une telle dévotion. »

Ainsi, Messieurs, l'aspect des lieux, la tradition, les récits des voyageurs touchant Nazareth, tout concorde avec le récit des Evangiles.

Je vcus parlerai encore de quelques villes de Galilée célèbres dans les Evangiles. Nous n'avons fait que nommer celles qui entouraient le lac de Génésareth : disons un mot de chacune d'elles.

Tibériade a été ensevelie une première foison 1579, une seconde fois en 1837. Les en\ irons de cette \ille raipellent la multiplication des pains. Le lieu où s'accomplit le miracle esl à cinq quarts de lieue de Tibériade, el on l'appelle aujourd'hui table du Setgneur.

Dans la partie la plus élevée, où l'on suppose que se tenait Jésus-Christ, se dressent de gramls blocs de basalte que les habitants du pays appellent aujourd'hui les cinq paiiis. Un peu plus bas, s'étend une plaine assez vaste d'où

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la multitude pouTait entendre facilement les paroles de Jésus et être témoin de ses actions. Elle est toule couverte de hautes herbes el de tiges d'orge et d'avoine desséchées.

— Magdala était la ville qu'habitait Marie ^ sœur de Lazare. Jésus s'y rendit après le miracle de la multiplication des pains.

— Caphamaûm se trouvait dans la plaine de Gennésar^ près de la mer de Tibériade, sur les conGns de la tribu de Zabulon et de Nephiali ^ Jésus, échappant à la haine des habitants de Nazareth qui voulaient le précipiter de la montagne, vint habiter quelque temps Capharnaûm. Il y revint après le miracle de Cana^ et il y guérit le serviteur du ccntcnier et la belle- mère de saint Pierre. Il réprimanda cette ville orgueilleuse et lui annonça ses humilialions : o Et toi, Capharnaûm, qui t'élèves jus:|u*au ciel, tu seras abaissée jusqu'au fond de Tenfer *. » A la fin du vu* siocîc, Arculphe a trouvé cette ville sans murailles. Au xni% elle n'était plus, d'après Brocard, qu'un village composé de se|)t cabanes habitées par des pêcheurs. Boniface, dans la dernière moitié du xvi* siècle, n'a plus trouvé, à la place où fut Capharnaûm, que des ruines. C'est tout ce qu'il en reste encore aujourd'hui.

— Bethsaïtia fut appelée Julias au temps d'Auguste, du nom de Julia, fille de cet empereur; mais elle perdit ce nom après la disgrâce de la femme à qui elle l'avait emprunté. Vous savez que Julia était l'épouse de Tibère, et

' s Matlh., IV, 3.

î Id,, XI, 23.

que cet empereur la laissa mourir dans le plus grand dénûment. Bethsaïde fut toujours appelée une \ille de Galilée, bien qu'elle appartînt à la Gaulonitide depuis le partage territorial qui fut fait, à la mort d'IIérode-lc-Grand, parles Romains. Le peuple ne tint pas compte, dans son langage, de la délimitation nouvelle. Josèphe lui-même appelle Judas de la Gaulonitide un galiléen. Vous savez la plainte que Jésus-Christ méconnu fit entendre devant Corozaïm et devant Betlisaïda : « Malheur à toi, Corozaïm, malheur à toi, Belhsaïda, car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été opérés à Tyr et à Sidon, Tyr et Sidon se seraient converliis... » — Quittons les borda du lac de Génésareth, où Bethsaïde et les autres Tilles, ses sœurs, étiiicnl assises, et allons nous reposer devant quelques autres cités de la Galilée.

Voici Naïm. Elle est au pied du petit Hermon, au milieu de la belle plaine d'Esdrclon, à deux lieues de Nazareth, à plus d*une lieue au sud du mont Tliabor. Josèphe la place sur la route qui conduit du lac de Génésareth à Jérusalem. — D(.s plantes sauvages couvrent le sol pendant Tété. On remarque des chardons plus hauts que la taille d'un homme, frémissant au souftie du vent du désert. Toute cette végétation désordonnée forme des fourrés épais où de gros serpents, des sangliers, des léopards, ont leur asile. Le voyageur n*y trouve pas d'abri. 11 fait suivre à son cheval les sentiers battus, pour ne pas tomber dans les crevasses profbndesque les ardeurs du soleil ont ouvertes dans le sol. Il trouve sans eau le lit des fleuves et celui des

torrents. Quelques hameaux de loin en loin, quelques rares puits creusés sur les bords de la route, c'est tout ce qu'il rencontre dans cette solitude ^

Voici Kana. Il y a deux Cana en Galilée. Celle où Jésus- Christ fit son premier miracle est Kana-el-Dschclîl, c'est-àdire Cana de Galilée. C'est justement le nom donné par la traduction arabe du Nouveau Testament. Elîe était placée au nord de Séphoris. C'est là, selon saint Jean, que celui à qui l'Evangile donne le nom de Beguhis vint trouver Jésus. Nathanaël était de Cana. — Les Grecs montrent à Kenna- Keser (l'autre Cana) les cruches qui servirent au miracle^ mais la tradition qu'ils invoquent ne mérite aucune foi.

Comme je n'aurai peut-être pas, dans la prochaine leçon, l'occasion de vous parler de la Samarie, laissc»z moi vous entretenir aujourd hui du puits de Jacob. C'est là, vous le savez, que Jésus rencontra la Samar.taine. Saint Jean nous a peint le lieu de cette rencontre et les faits louchants dont cet endroit fut témoin ; ouvrons son Evangile.

a Jésus, dit-il, quitta la Judée et s'en alla de nouveau en Galilée. Comme il fallait qu'il passât par la Samarie, il vint dans une ville appelée Sichem, auprès du champ que Jacob donna à son Dis Joseph. Là se trouvait le puits^ de Jacob. Jésus, fatigué de la route, s'assit sur le puits : c'était la sixième heure. Une femme de Samarie vint puiser de l'eau. Jésus lui dit : donnez-moi à boire. La Samaritaine lui répondit : comment vous, qui êtes Juif, me demandez- vous à boire, à moi qui suis une femme

* Vcy. le voyage de Mk' de Misselin.

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de Samarîe? Les Juifs ne demandent pas de service aux Samaritains. ~ Si vous connaissiez le don que Dieu vous offre en ce moment, et celui qui vous dit : donnez-moi à boire , c'est vous qui lui auriez adressé votre prière, et il vous aurait donné de l'eau vive. — La femme lui dit : mais, Seigneur, vous n'avez point de vase, et le puits est profond : où prendriez-vous cetle eau vive? Eles-vous donc plus grand que notre père Jacob qui nous a donné le puits et y a puisé pour lui , ses flls et ses troupeaux ? — Jésus repondit : celui qui boit de cette eau aura encore soif, celui qui boira de l'eau que je donne n'aura plus jamais soif. — Nos pères ont adoré sur cetle montagne , dit la Samaritaine, et vous autres Juifs vous dites que c'est à Jérusalem qu'il faut adorer. — Jésus lui répondit : Femme, croyez-moi, l'heure viendra où vous n'adorerez le Père ni sur cette montagne, ni à Jérusalem. Dieu est esprit, et c'est en esprit et en vérité qu'il faut l'adorer \ »

Non loin de Samarie , près de Garizim, est un puits profond. — Nous avons d'abord pour conflrmer ce fait le témoignage de Robinson :

«Nous nous enquîmes, dit il, auprès des Samaritains du puits de Jacob. Ils nous répondirent qu'ils connaissaient la tradition et regardaient le puils comme ayant appartenu au patriarche. Il est placé à l'embouchure de la vallée, du côté du sud. C'est celui-là que les chrétiens appellent le puits de la Samaritaine. C'est près de cette même fontaine que les Samaritains plaçaient le tombeau * s. Jean, iv.

de Jacob; mais il est évident que ce n'est qu'un tertre mahomctan. Nous nous mîmes en marche vers le puits.

a Notre guide, qui était chrétien, n*ayaut pu trouver le chemin, nous nous adressâmes à un mahomctan qui connaissait Tort bien, lui aussi ^ l\ tradition. Nous mimes trente-cinq minutes de Sichem au puits. Le puits conserve des indices évidents d'antiquité ; mais à ce moment , ses abords étaient secs et abandonnés. On dit qu'il est alimenté par des sources vives et non pas seulement par les pluies. Une l.irge pierre était placée sur son ouverture. Comme il était taid, nous ne cherchâmes point à lever la pierre , ni à examiner l'entrée qui est voûtée. Nous n'avions point de fil pour mesurer sa profondeur; mais en jetant des pierres, nous vîmes bien qu'il était profond. Près du puits étaient les luines d'une ancienne église, parmi lesquelles nous remarquâmes trois colonnes de granit. Ce que nous ne pûmes faire, Maundreil Ta fait au xvui* siècle. Il dit que le puits est recouvert par une voûte en pierre. Il descendit au-dessous de cette xoiite par une étroite ouverture, et là il trouva la bouehe proprement dile du puits , fermée par une large pierre pla^e; il ôla la pierre et mesura le puits. 11 est creusé en plein roc. H a trois yards (un yard équivaut à neuf cent quatorze millimètres) de diamètre, et près de trente-cinq de profondeur. Il était plein d'eau. Vers la fin de mars, il y en trouva quinze pieds, o

En i8i3, le docteur Wilson a vérifié ce rapport. Comme c'était en avril, le fonds du puils était à peine couvert d'c&u.

Selon Boniface^ il y avait en i555, un autel sous la voûle et l'on y célébrait la messe une fois Tan.

La tradition rtl itive au puits de Jacob est la même chez les Juifs, chez les Samaritains et chez les chrétiens; elle remonte au moins au temps d'Euscbe, par conséquent au commencement du iv* siècle. Le pèlerin de Bordeaux ne dit pas qu'il ait, en 533, époque de son pèlerinage, trouvé une église en ce lieu; mais saint Jérôme, dans une lettre écrite vers Tan 401, et où il parle de sainte Paule, nous raconte que cette noble romaine fit sa visite à l'église élevée près du mont Garizim, au bord du puits de Jacob, à l'endroit où le Christ trouva la Samaritaine. L'église a donc pu être bâtie pendant le iv'' siècle, mais non par sainte Hélène. Elle a été visitée par Antonin le martyr au vi*' siècle, par Arculphe un siècle plus tard , et par Willcb dd au vni'' siècle.

11 semble que les témoignages qui prouvent Tiilentilé du puits de Jacob avec celui de la Samaritaine, ne remontent pas plus haut qu'Eusèbe, mais bien des circonstances viennent confirmer la tradition. Jésus voyngeait de Jérusalem en Gali'ée , et il s'arrêta au puits, pendant (|ue ses disciples allèrent acheter des pro>isions à la ville. Le puits était donc, suivant toute apparence, en avant et à une petite distance delà ville; or, c'est précisément là que Robinson l'a trouvé : « En passant le long de la plaine orientale, Jésus s'arrêta au puits et envoya ses disciples à la ville située dans la vallée voisine, attendant leur retour pour continuer sa route le long de la plaine, par le che-

S5('» LES ÉVAKGILES.

min de la- Galilée, sans visiter lui-même la Tille. Toutes ces circonstances correspondent exactement aux lieux. Cette tradition n'a pu être oubliée dans Tespace de deux siècles et demi qui séparent saint Jean d'Eusèbe. »

On a dit : comment la Samaritaine faisait-elle une demilieue pour venir puiser de Teau, lorsqu'elle pouvait en puisera Samarie même? Robinson répond : a il est probable que Tancienne ville de Sichem était plus près du puits; de plus, cette femme pouvait habiter ou travailler hors de la ville, près du puits. Elle retourne à la ville pour raconter la rencontre qu'elle vient de faire. » — Robinson ajoute : c< 11 se peut que Teau de la source vénérée de Jacob ait été préférée, pour quelque raison que nous ignorons. Ce qu'il y a de certain , c'est que ce n'était pas le puits public de la ville , puisqu'il n'y avait pas de facilité pour puiser de Teau. »

Pourquoi a-t-on creusé un puits dans le roc, puisqu'autour de Sicliem l'eau est si abondante qu'on trouve partout des ruisseaux et des sources? Nous répondons à cela que Jacob avait acheté un champ d'Hamor, père de Sichem , et que pour n'être pas l'obligé de ses voisins il avait fait creuser un puits sur la propriété qu'il venait d'acquérir.

a Je pense donc, dit Robinson, que le puits de Jacob est creusé dans le champ même du patriarche, champ donné à Joseph , son fils. Là, le Sauveur, fatigué de son voyage, s'assit sur le puits et enseigna à la pauvre Samaritaine ces hautes vérités qui devaient abaisser les barrières élevées

DOIZIÈME LEÇON. ^7

entre samaritains > juifs et gentils: « Dieu est esprit, et c'est en esprit et en vérité qu'il doit être adoré. » C'est là aussi que Jésus , voyant le peuple qui arrivait de la ville pour l'entendre^ dit à ses disciples en leur montrant la plaine couverte de blés ondoyants : Encore quatre mois, et ce sera la moisson I Eh bien I levez les yeux et voyez un autre champ et une autre moisson ! Ces multitudes sont déjà mûres pour la vérité *. Il était huit heures du soir quand nous retournâmes à nos tentes. Nous étionsfatigués de corps, mais nos âmes avaient été rafraîchies par la lecture du Nouveau Testament que nous avions faite au milieu de ces sites que le Seigneur visita et où il fit entendre ses nobles enseignements. »

J'ai à vous parler maintenant des montagnes de la

Galilée : je le ferai rapidement.

Nous y trouvons d'abord la montagne des Béatitudes.

Elle domine la plaine de Gennésar, un peu au sud

de Mâgdal. On a de ses hauteurs une belle vue sur le

Safed, sur THermon et sur le lac de Génésareth. C'est

sur cette montagne, suivant la tradition, que Jésus-Christ

proclama les sept béatitudes. Saint Luc nous apprend

qu'il descendit de la montagne pour aller à Capharnaûm.

Cette ville^ en effets n'est qu'à une distance de deux lieues

de la montagne^ et le chemin qui y conduit a une pente

très-raide.

Nous remarquons ensuite le mont Thabor.

Il est au nord de Nûm^ près de Nazareth, entre Kou-

> s. Jean, cb. iv, du j^. U au f, 33.

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DOtZIÉME LEÇON. 259

TermiDODS, Messieurs. Nous avons étudié la Galilée^ ses limites, ses lacs, ses montagnes , ses villes; nous avons visité presque tous les lieux cités dans le Nouveau Testament ; nous suivions les pas des voyageurs les plus célèbres et les plus exacts. Avons-nous trouvé quelque part les Evangiles en défaut? Loin de là, ils nous ont servi partout de précieux commentaires de tout point justifiés par Taspect des lieux.

Il ne faut donc peint douter que les évangiles n'aient été écrits par des Juifs de Tépoque même des villes et des monuments dont ils parlent : ils ont vu la Galilée avant sa ruine sous Vespasien , c'est-à-dire avant la chute de Jérusalem.

LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE ET LE NOUVEAU TESTAMENT. La Judée : Ephrem, Jéricho, Béthanie, Jérusalem.

Messieurs ,

Nous poursuivons aujourd'hui l'élude de nos saints Evangiles sous le rapport géographique. Nous avons constaté l'exactitude des écrivains sacrés à Bethléem, en Galilée, et particulièrement à Nazareth. Nous avons passé de là en Samarie ; et le voyageur Robinson nous a montré lui-même comment les conditions topographiques du puits de Jacob correspondaient fidèlement au récit de saint Jean, racontant l'entrevue de Jésus et de la Samaritaine.

Maintenant, Messieurs^ nous revenons en Judée, et nous terminerons dans cette leçon notre étude des Evangiles sous le rapport géographique.

Vous le savez, Jésus-Christ a passé beaucoup moins de temps en Judée qu'en Galilée. On s'accorde généralement à dire qu'il n'est venu à Jérusalem, pendant son ministère public, que trois fois : deux fois à la fête de Pâques et une troisième fois à celle des Tabernacles. Un petit nombre des lieux visités par Notre-Seigneur, en dehors de Jérusalem, sont appelés par leur nom. C'est Jérusalem que nous allons plus particulièrement étudier.

Nous dirons quelques mots cependant de trois villes de

Judée dont il est question dans nos Evangiles. Elles se trouvent sur la route que suivait Jésus-Christ, quand il venait à Jérusalem. Lorsque le Christ, en efTet, suivait la vallée du Jourdain, il rencontrait en Judée Jéricho, ville souvent citée dans TAncien Testament^ et située a une faible distance du Jourdain. S'il dirigeait ensuite ses pas vers l'ouest, il arrivait à Béthanie, ville bien moins considérable^ placée sur le versant occidental de la montagne des Oliviers. Enfin, quand il allait de Capharnaûm à Jérusalem, en traversant la Samarie, il trouvait sur la gauche une petite ville citée dans saint Jean et appelée Ephrem.

C'est à Ephrem que le Christ alla se réfugier quelque temps avant sa passion, lorsque les pharisiens, inquiets des suites de la grande émotion qu'avaient produite à Jérusalem la guérison de Taveugle-né et la résurrection de Lazare, voulaient faire mourir Jésus avant le jour qu'il avait lui-même choisi pour son sacrifice. Je ne vous parlerais pas de cette ville sans importance, si la mention qu'en fait l'auteur du quatrième évangile ne prouvait pas à elle seule un connaisseur du pays, si cet auteur ne montrait en outre, par un détail auquel il n'a certes pas pris garde, qu'il était familier avec les lieux et les distances, enfin s'il ne signalait par un mot frappant le caractère géographique de la rive occidentale du Jourdain. Vous savez qu'aujourd'hui le quatrième évangile est considéré, par une certaine école, comme une sorte de roman composé par un grec vers le milieu du u* siècle.

La peinture fidèle des lieux n'est cependant pas le fait des faussaires des premiers siècles. Voici le texte de saint Jean relatif à Ephrem : Jésus jam non in palatn ambulabat apud JudœoSy sed abiît in regionem juxta dêsertum^ in civitatem quœ dicitur Ephrem^ et ibi morabatur cum discipulis suis *.

Ephrem, appelée Ophera^ au temps de saint Jérôme, était un petit bourg situé près de Béthel. D'après Robinson, il devait être placé sur remplacement du village actuel de Taybeh.

Les orientaux appellent désert non-seulement les lieux couverts de sable et qui n'offrent aucune trace de végétation, mais encore ceux qui ne reçoivent pas de culture. L'expression jitxta desertuniy jetée au hasard par saint Jean, révèle dans l'écrivain sacré la connaissance exacte du pays et de la physionomie générale de la vallée du Jourdain.

Les collines , en efTet , qui encaissent ce fleuTe , sont presque partout stériles, et elles portent encore aujourd'hui le nom de désert.

Ephrem était tout près de ces collines, tout près, par conséquent, du désert. Ce détail fort simple dans le récit d'un juif eût échappé vraisemblablement à un grec.

Jéricho , bâtie sur une route stratégique qui conduit de la vallée du Jourdain à Jérusalem, a toujours été une ville bien plus importante qu'Ephrem. Vous Vous souvenez que c'est la première place fortifiée qu'occu-

' s. Jean, ch. xi, y, 54.

pèrentles Hébreux, lorsqu'ils eurent passé le Jourdain. Jésus -Christ y a guéri deux aveugles, Fun en entrant dans la ville , l'autre en sortant. Cest là qu'il se reposa dans la maison de Zachée. Vous vous rappelez cet homme de petite taille que la foule empêchait de voir Jésus , et qui monta sur le sycomore de son jardin. Vous savez la parole que Jésus lui adressa : a Descends promptiment, Zachée^ car je veux aujourd'hui me reposer chez toi. » Cet homme, suivant le texte grec, était apxiTex«v»iç, chef de douaniers^ princeps pnèiicanorum. Les pharisiens^ voyant l'honneur que Jésus faisait à un chef de douaniers romains, murmurèrent tout haut; mais le Christ aimait à causer de telles surprises à ces orgueilleux qui voulaient monopoliser à la fois la religion et les honneurs. — J'appelle votre attention sur le mot apx^'^eXwwiç , chef des douaniers. Il suppose une connaissance du pays qu'un juif lui-même n'aurait pu avoir après l'émigration et le bannissement qui suivit l'époque d'Adrien.

Jéricho était au temps de Jésus-Christ une importante place de commerce, le principal entrepôt des baumes et des parfums de la Judée, et Tune des sources de sa richesse.

Les Romains ne négligeaient pas de prélever des impôts sur les produits des pays qu'ils avaient conquis : ils en percevaient donc sur le baume et sur les parfums. Et comme c'est près de Jéricho que se trouve le seul passage guéable du Jourdain, tous les produits de TArabie venaient affluer sur ce point; c'était donc là que les Romains devaient placer utilement un grand poste de douaniers :

Wé LES ÉVANGILES.

c'est ce qu'ils ayaient fait. Quand Jésus-Christ passa à Jéricho, le chef de ces douaniers était Zachée.

Jéricho n'a pas cessé de nos jours de faire le commerce. Les transactions avec les Bédouins y sont nombreuses, et un poste turc est là pour les protéger. — Ceci me lap* pelle que c'est sur la route de Jérusalem à Jéricho , que Jésus-Christ a placé le lieu de la parabole du boa Samaritain. Le chemin montagneux, souvent étroit^ qui conduit de Tune à l'autre de ces deux villes, pouvait être choisi pour un coup de main , et les pèlerins le regardent encore aujourd'hui comme plein de périls.

Ce que nous venons de dire de Jéricho prouve une fois de plus que les historiens sacrés connaissaient parfaitement le pays.

Enfin, Messieurs, un mot de Béthanie.

Béthanieest appelée aujourd'hui El Azariyeh, du nom de Lazare que Jésus-Christ y ressuscita. Le nom est à lui seul un témoignage important en faveur de ce miracle. Depuis le jour où le Christ a rendu la vie au frère de Harlhe et de Marie, le théâtre du miracle a gardé le nom du ressuscité; Béthanie a été la ville de Lazare, El Azariyeh. Je n'ai point à raconter ici dans ses détails l'un des plus grands miracles accomplis par Jésus-Christ, Tun de ceux aussi qui nous révèlent le mieux la tendresse de son cœur, tendresse qui faisait dire aux témoins du prodige : Ecce quomodo amàbatl Voilà comment il l'aimait! — Je Yous dirai seulement que cette petite ville , située sur le versant oriental du mont des Oliviers, est bien à

TREIZIÈME LfiÇOiX. 2Co

quinze stades de Jérusalem^ distance indiquée par saint Jeaa : £1 Âzariyeh est à une petite lieue de la Tille sainte. De plus, dès le iv"" siècle , une église s'élevait sur le tombeau de Lazare. Au xiv% on en comptait trois. La garde du tombeau était conQée à des religieuses bénédictines qui remplaçaient près du monument les sœurs aimantes dont les larmes avaient fait couler celles de Jésus-Christ.

Le village d'El Azariyeh ne compte aujourd'hui qu'une Tiogtaine de maisons entourées de ruines. On en montre au voyageur une qui paraît moderne et qui porte peutêtre à tort le nom de Maison de Lazare et de ses sœurs. Le souvenir du lieu du tombeau parait avoir été plus Qdèlement conservé. La barbarie^ qui dévaste tout, s'arrête souvent devant un tombeau , et celui de Lazare a pu être respecté , quand tout était ravagé autour de lui. On descend quinze marches pour y arriver. 11 aurait occupé la place où se trouve aujourd'hui un petit autt.l sur lequel les religieux franciscains célèbrent la messe trois fois par an. Ce tombeau a reçu sa forme actuelle au Moyen Age, mais on ne saurait prouver qu'il n'occupe pas la place de l'ancien.

Maintenant, Messieurs, arrêtons nos regards sur Jérusalem. Cette ville seule ne semble-t-elle pas avoir pour nous, à cause des grands événements qui s'y sont accomplis, autant d'importance que le reste de la Palestine? Les chrétiens, depuis dix-huit cents ans, en ont fait le but du plus sacré des pèlerinages. Depuis la fin des persécutions jusqu'à nos jours, depuis sainte Hélène, sainte Paule, saint

Jérôme, Jusqu'aux caravanes de ce temps-cî, qui, parties des points les phis opposes , convergent toutes vers Jérusalem pour y célébrer ensemble les fêtes de Pâques , les pèlerins n'ont jamais discontinué de visiter en trouf)es nombreuses les lieux saints. Va nïouvement de vénération que rien n'a pu arrêter conduit les fidèles vers ce théâtre des événements qui ont le plus remué les hommes et agi le plus profondément sur les sociétés. Jésus-Christ Ta consacré par son sang, et les chrétiens par leurs larmes.

D'un autre côté, c'est aussi le lieu de la terre où se sont amoncelées le plus de ruines. Rome et Athènes étaient des villes sans histoire, lorsque déjà Jérusalem avait été pillée et détruite par Nabuchodonosor. Thèbes et Memphis, une fois complètement ruinées, ne devaient plus se relever. Aucune ville n'a eu le sort de Jérusalem. Tomber et se rebâtir, tantôt au pouvoir des chrétiens, tantôt dans les mains de leurs ennemis, se transformer toujours sans périr jamais, telle a été son histoire. Non-seulement les maisons, les palais, le temple ont été ruinés de fond en comble, mais encore les collines sur lesquelles la ville est bâtie ont changé d'aspect; plusieurs de celles qui l'entourent ont été abaissées; des vallées entières ont été comblées. Là où se dessinaient des jardins pleins d'ombre et de fraîcheur, on ne trouve plus que des rochers nus. C'est sur des ruines que serpentent ses rues tortueuses, c'est au milieu des ruines que ses places étroites sont bizarrement dessinées. Jérusalem a été dix-sept fois prise

d*assaut, et, selon Chateaubriand, nous ne voyons aujourd'bui que la dix-septième ombre de cette TÎHe immortelle. On ne peut comparer à la puissance de vie qui est en elle que la rage destructive de ses ennemis.

Toutefois, Messieurs^ cette ville tant de fois saccagée est encore reconnaissable sous ses ruines. C^est bien là la ville où le Christ est venu célébrer les fêles de Pâques, enseigner dans le temple, souffrir et mourir.

Jérusalem est bâtie sur quatre collines que l'archéologue seul peut bien reconnaître. Sur la colline de Sion se trouvaient la ville royale, la ville militaire, le palais et le tombeau de David; sur la colline de Moriah, à Test, s'élevait le temple ; au nord étaient Acra et Bézélha ; à Touest apparaît la colline du Calvaire.

Aujourd'hui, que les vallées ont été comblées , les fouilles seules permettent de temps en temps de reconnaître les pentes et les inclinaisons naturelles du terrain. Toutefois, quelques lieux se montrent encore au regard dans toute leur vérité première. C'est d'abord la vallée de Cédron, à l'orient de la ville, autrement vallée de Josaphat ; c'est ensuite le mont des Oliviers, c'est la fontaine de Siloé, cette fontaine d'eaux vives à laquelle Jésus- Christ envoya l'aveugle-né, après lui avoir appliqué un peu de terre pétrie sur les yeux. Partout ailleurs il faut, au milieu des ruines et des transformations complètes des lieux, aller chercher la trace des pas de Jésus-Christ.

Mais, Messieurs, comment, lorsque tout a été détruit à Jérusalem, lorsque le tracé de ses fortifications est un pro-

blême, comment retrouyer les lieux où se sont passés les événements d'un jour qui se rattachent à la mort de Jésus-Christ?

C'est ici, Messieurs, que se révèle la supériorité des choses morales sur les choses profanes, de ce qui est divin sur ce qui est naturel. Les palais de Jérusalem n'ont pas laissé de trace ; les pas de Jésus-Christ en ont laissé une que rien n'a pu effacer. Non pas. Messieurs, que je prétende défendre ici toutes les légendes locales qui naissent naturellement sur les lieux où se sont accomplies de grandes actions, ainsi que poussent les rejetons à la racine de l'arbre coupé ; non pas que je prétende que Ton doive prêter une oreille docile à tous les échos de la grande voix de la tradition : comme tous les échos, ceux-ci deviennent, par Téloigncment , confus et vagues. Mais, Messieurs , je veux vous dire ce qui me paraît se dégager nettement du passé , ce qui s'afQrme à la conscience de rhomme raisonnable, du chrétien qui ne veut ni s'abuser, ni s'aveugler ; qui n'apporte dans l'examen des choses ni une incrédulité systématique, ni une crédulité puérile.

La concordance générale des lieux avec le récit des Evangiles sufQt au but que je me propose.

Le souvenir du théâtre où s'est accompli le mystère de la passion de Jésus-Christ a-t-il pu s'effacer un moment de la mémoire des chrétiens, depuis le jour où le sacrifice de THomme-Dieu s'acheva sur le Calvaire, jusqu'au jour glorieux du règne de Constantin?

Voilà la question.

Jésus-Christ^ pendant sa vie, comptait déjà de nombreux disciples, aussi bien à Jérusalem que dans la Galilée. Au lendemain de la Pentecôte, le nombre des convertis croissait merveilleusement; en quelques jours, selon les actes, il s'élevait au delà de huit mille. Eb bien ! Messieurs, croyez-vous que les nouveaux chrétiens étaient indifférents aux lieux marqués par le sang qui les avait rachetés? Vous ne pourriez le penser sans méconnaître la puissance du sentiment religieux.

On peut s'assurer que les premiers chrétiens étaient conduits aux stations de la passion par la grandeur et par la sainteté des souvenirs, que le père y menait son enfant et lui faisait là Tbistoire des derniers jours du Sauveur; que l'enfant ouvrait sa mémoire et son cœur aux récits émouvants de son père et les y gravait pour jamais. Les choses demeurèrent ainsi jusqu'à la prise de Jérusalem par Titus. Quand les chrétiens virent les Romains étendre de proche en proche autour de Jérusalem les lignes de circonvallation, quand ils virent le temple souillé par des rixes sanglantes, ils se souvinrent de ces avertissements du Seigneur : « Quand vous verrez l'abomination de la désolation dans le lieu saint, fuyez sur les montagnes, fuyez vite : que celui qui est aux champs ne retourne ^int à sa maison... Malheur aux femmes enceintes!... r> Ils quittèrent donc cette ville condamnée à tant de désastres et se retirèrent à Pella. Eusèbe nous apprend qu'ils retournèrent à Jérusalem quand sa ruine fut consommée , et que pendant les trente années qui sui-

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virent la mort de Simon, successeur de saint Jacques, treize évêques, tous juifs convertis, occupèrent le siège de Jérusalem \

Adrien punit une révolte des Juifdi contre la domination romaine en les chassant de la ville; il récompensa la fidélité des chrétiens demeurés étrangers à la révolte, en leur laissant libre l'entrée de Jérusalem» Il ne fut plus permis aux premiers de visiter la ville sainte qu'une fois Tan; les seconds au contraire, dans rintarvalle des persécutions, pouvaient aller honorer librement les lieux à jamais consacrés par les douleurs et les triomphes de Jésus-Christ, Le nom de juif devint bientôt si odieux aux Romains que les évêques qui le portaient appelaient sur eux la persécu^ tion, et que désormais des gentils convertis furent les seuls appelés à Thonneur de gouverner l'Eglise de Jéru* salem. Avec Adrien comn>ença la vie cosmopolite des Juifs. Dispersé j palabundi et cœli et soli sut extorres, dit Tertullien, vaganiur per orbem, sine homme ^ sine Deo regCy quibus nec advenarum jure terram patriam saltem vestigio salutare conceditur '.

Jusqu'au temps de saint Jérôme, il leur était défenda d'entrer à Jérusalem. Ce n'était qu'à prix d'argent qu'ils obtenaient de passer quelques instants dans la ville saînie : Usque in prœsentem diem Judœi proMbentur ingredi Jérusalem et ut ruinam suœ eis flere liceat civitatis, prjetio redimunt. Videas in die quo capta est a Romanis

* Hist. eccl.j III.

« Apolog., cap. XXI.

TUEIZIÈME LEÇON. 371

Jérusalem^ venire populum lugubrem, conftuere décrépitas muliercidas et senes panni annisque obsitos^ in cmporibm et habit u suo iram Domini dcmonslrantes '.

Vous voyez, Messieurs^ les Juifs venir vénérer les restes de leur temple. Pensez-vous que les lieux consacrés par le passage et les douleurs du Christ étaient oubliés par les chrétiens? Les statues de Vénus et de Jupiter Capitolin avaient été placées aux lieux de la cruciflxion et de la résurrection ; mais ce sacrilège, qui soulevait contre lui le sentiment chrétien^ marquait, par un contraste odieux, les lieux où le Christ était mort et où il avait été enseveU. L'église de Jérusalem, malgré la violence des persécutions, ne pouvait se séparer des saints lieux; il restait toujours auprès d'eux des gardiens fidèles. Eusèbe nomme quatorze évéques qui occupèrent ce siège durant les cin-» quante ans qui précédèrent saint Narcisse. Les trois successeurs de ce dernier, saint Alexandre, Mazabane, Hyménée, nous conduisent jusqu'à saint Macaire^ évêque de Jérusalem au moment où Constantin monta sur le trône. Cet empereur, vous le savez, fit élever des monuments splendides sur les lieux où se sont accomplis les grands mystères de la religion.

Ainsi, Messieurs, les traditions relatives aux lieux saints forment, jusqu'à Constantin^ une chaîne à laquelle il ne manque aucun anneau, ^ous la pouvons suivre encore dans les siècles postérieurs en étudiant ces lieux transformés en sanctuaires et visités par les pèlerins.

' Comment, ia Soph. S Hier. Opéra, éd. bened., t. iii^ p. 1655.

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