LES ÉVA>G1LES
Je ne vous dirai rien du temple où Jésus-Christ a tant de fois enseigné.
Le temple juif, renversé à peu près de fond en comble par Titus, n'a point été relevé. L'abomination et la désolation y régnent toujours. Adrien construisit sur son emplacement un temple à Jupiter Capitolin, et aujourd'hui, à la place des cours, des portiques et du temple de Salomon, se trouve la mosquée bâtie par Omar, Kubbet es Sakhrah. Jusqu'à ces dernières années, tout chrétien qui entrait dans la mosquée était puni de mort : on lui laissait le choix entre la décapitation , l'empalement et la mort par la faim.
Aujourd'hui la tolérance des autorités musulmanes a ouvert l'enceinte aux recherches des archéologues; M. de Vogué est le premier qui ait profité de ces facilités nouvelles pour relever complètement le dessin de tout ce qui reste du monument antique.
On trouve la plus grande partie des substructions du temple d'Hérode et plusieurs portes encore entières. C'est tout près de Tune d'elles, sous le portique de Salomon, que saint Pierre et saint Jean guérirent le boiteux.
Permettez-moi, Messieurs, de vous conduire au jardin des Oliviers. Son identité n'a jamais été et ne sera jamais contestée. C'est de tous les lieux de la passion celui qui est resté le plus semblable à ce qu'il était au temps de Jésus-Christ. On peut le visiter l'Evangile à la main, il est encore, d'après tous les voyageurs, tel que les auteurs sacrés l'ont dépeint. Ils vont jusqu'à assurer que les
arbres qui le couvraient autrefois sont ceux que Ton y Yoil aujourd'hui. Permettez - moi de citer leurs témoignages. J'ouvre le récit du pèlerinage à Jérusalem de Hgr Hisselin.
oLe jardin des Oliviers, dit Téminent prélat, est entouré d'un mur d'environ huit pieds de haut pour protéger les arbres qui occupent seuls cet espace long de cent soixante pieds et large de cent cinquante. Ces arbres, les plus vénérables après l'arbre de la croix, puisque Jésus-Christ venait prier sous leurs ombrages, sont honorés par les pèlerins de toutes les religions. Aujourd'hui ils sont au nombre de huit. x>
Voici comment en parle un auteur protestant, botaniste distingué, qui les a visités en 1837:
a On trouve dans ce jardin quelques oliviers de la plus haute antiquité, que les Turcs eux-mêmes entourent d'un pieux respect. Leur aspect, joint à la considération de la grande vétusté que cet arbre peut atteindre, autorise le sentiment qui reporte leur origine à des siècles trèsreculés. Us sont creux à l'intérieur ; afin qu'ils ne puissent être brisés par le vent, on les a remplis de pierres, et on a également entassé autour de leurs troncs des tas de pierre pour les protéger et les consolider. »
M. le maréchal Marmont, qui a visité la Terre - Sainte . non-seulement comme militaire et comme savant, mais encore comme chrétien, s'exprime ainsi :
«Huit oliviers sont debout, probablement les mêmes qui existaient du temps de Notre-Seigneur. Deux de ces
arbres ont yingt-cinq pieds de tour. Oq sait comme Toli- Tier vit longtemps» et combieû il est lent à cn^tre et à prendre son développement. C'esA donc sous Tombrage-de ces mêmes arbres que Jésus-Christ s'est reposé , qu'il a conversé avec ses disciples, et que ses disciples Font abandonné. »
M. de Chateaubriand fait cette observation : a L'olivier est, pour ainsi dire, immortel, parce qu'il renaît de sa souche. On conservait dans la citadelle d'Athènes un olivier dont Torigine remontait à la fondation 4e la ville. »
On lit dans la Correspondance d'Orient : « Les oliviers qu'on remarque dans cette enceinte ont assisté à toutes les révolutions de Jérusalem. Tout le monde les respecte comme les contemporains de Jésus. Quelques écrivains ont objecté que Titus avait fait couper tous les arbres aux environs de Jérusalem, mais on sait que Folivier renaît 4e sa souche et de ses racines. »
Voici un dernier témoignage, celui de H. de Lamartine : a II reste, non loin de la grotte de Gethsémani, un petit coin de terre ombragé de huit oliviers , que les traditions populaires assignent comme les mêmes arbres sous lesquels Jésus se coucha et pleura. Ces oliviers portent, en effet, réellement sur leurs troncs les dix-huit sièctes qui se sont écoulés depuis cette grande nuit. Si ce ne sont pas là les mêmes troncs, ce sont probablement des rejetons de ces arbres sacrés. Mais rien ne prouve que ce ne soient pas identiquement les mêmes souches. J'ai parcouru toutes les parties du monde où croit l'olivter, et nulle part je
TBBIEIÊinB LEÇON. 975
n'en ai trooTé de plus gros, quoique plantés dans un sol rocailleux et aride ^ »
Tout près de ces arbres se trouve un rocher plat sur lequel six ou huit personnes peuvent s'asseoir ou se coucher commodément. Il est permis de croire que c'est là que Jésus dit à ses disciples : a Asseyez-vous ici , sedete hic. » Nous n'avons, il est vrai, pour l'assurer, que le témoignage de la tradition , mais ce témoignage parait digne de foi. 11 se conflrme, en effet, par la proximité d'une grotte assez spacieuse qu'il est très-naturel de regarder comme la grotte de l'agonie. Elle est appelée x«>eiov par saint Matthieu, et ressemble à un vieux tombeau abandonné. On ne Fa point ornée. Seulement, dans la partie orientale, on a placé un autel au-dessus duquel est un tableau qui représente Fagonie de notre Sauveur et rapparition de Fange. On y lit cette inscription : Bic factus est sudor ejus sicut giittœ sanguinis decurreniis in terram. — Saint Jérôme nous apprend que de son temps une église s'élevait en ce lieu.
C'est du sommet de la montagne des Oliviers que Jésus promena un regard attristé sur la ville sainte , c'est de là qu'il prophétisa sa ruine, là qu'il répandit son âme en touchants reproches : « Que de fois, ô Jérusalem, j'ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne l'as point voulu 1 » On trouve encore sur la montagne des Oliviers le tombeau de la Vierge. Ce petit monument est certainement du iv"" siècle. 11 est isolé,
^ Me' Misseliû^ page 190.
parce qu'on a coupé le roc tout autour, et ressemble aux tombeaux sur remplacement desquels on a élevé à Rome les églises de Sainte-Agnès^ de Saint-Laurent et de Saint- Pierre.
Je ne vous dirai que quelques mots de la maison qu*on
nomme le Prétoire ou la maison de Pilate. C'est encore aujourd'hui la maison du gouverneur de Jérusalem. Cette circonstance est assez communément regardée en Orient, où les habitudes ont de si fortes racines, comme une présomption en faveur de la supposition qui en fait la demeure du procurateur romain. Cette maison est construite sur remplacement de la tour Antonia, où se tenait, d'après Josèphe, la garnison romaine. — Auprès de la maison de Pilate , se trouve un emplacement pavé à la manière romaine. C'est ce qu'on appelle le Lithostrotos. Le Lithostrotos d'aujourd'hui est peut-être postérieur au Lithostrotos du temps de Pilate, mais on est en droit d'assurer qu'il est de l'époque romaine. Ne nous est-il pas permis de croire aussi que le Prétoire était près de là, bien que certains archéologues le placent ailleurs?
Ici, Messieurs, nous vous offrons des conjectures : nous avons mieux pour le saint sépulcre, et c'est du saint sépulcre que je veux principalement tirer mes instructions en faveur de l'exactitude des saints évangiles.
Rappelez-vous, Messieurs, la preuve générale que j'ai déjà donnée de l'identité des lieux saints vénérés aujourd'hui comme sanctifiés par Jésus-Christ. Il est impossible que jusqu'à Adrien les chrétiens aient perdu le souvenir de son glorieux tombeau. Eh bien ! Adrien , qui voulait Teffacer,
en à conservé la mémoire : il plaça les statues de Vénus et de Jupiter Capitolin aux lieux où Jésus-Cbrist était mort et où il était ressuscité^ et marqua providentiellement la place du double mystère. Hais est-il bien vrai que ce sacrilège ait été commis? Oui, Messieurs. Nous avons le témoignage d'Eusèbe , nous avons celui de Sozômène * et de Socrate '. Saint Jérôme écrit dans sa lettre à Paulin : Ab Adriani temporibus^ usque ad imperium Canstantini j per annos circiter octoginta, in loco resur-rectionis simulacrum Jovis^ in crticis rupe statua ex marmore Veneris a gentibus posita celebratur, existimantibus persecutionis auctoribm quod tollerent nobis fidem resur-rectionis et crucis, si loca sancta per idola polluissent. Voici les paroles d'Eusèbe :
Hanc igitur salutarem speluncam impii quidam ac profani homines funditus abolere in animam induxerant.. ItaquCy non sine summo labore, plurima huma advecta aggestaque totum locum opplevere. Quem^ cum mediocri altitudine extulissent et lapide constravissent.... Supra illud solurri,... obscurUm mortuorum simulacrorum cavemam in honorem lascivi dcemaniSj quem Venerem vacant, œdificaverunt •.
L'examen des lieux confirme-t-il Tidentité du tombeau du Cbrist et des lieux vénérés aujourd'hui ?
Laissons Téglise du Saint-Sépulcre, bâtie en grande
* Livr. II, ch. 11.
' Livr viiî, ch. 28.
* Easèbe. De vita Constantiniy lib. m.
178 LES ÉVAM6ILE8.
partie au temps des croisés; attachons-nous ausépulcve lui-même. Voud sairez^ Messieurs, comment les Juifs de condition construisaient ordinairement leurs tombeaux, ils taiUafient dans le roc une double grotte : l'une servait de yestibule et l'autre de tombeau. La première donnait ordinairement accèa dans la seconde par nue petite porte basse y pratiquée à la partie inférieure du mQr de séparation. On effectuait dans la chambre morblaire une larg« entaille , à une faible hauteur du sol. Cette entaille deyenaît une niche plus large que haute. C'était sur la dalle» qui en était la base et qui formait banquette, que l'on déposait le mort. On fermait ensuite l'euirée basse de la chambre mortuaire avec de grosses piierres placées debout et scellées. Messieurs^ je Viens de vous décrire le saint sépulcre. Seulement, le rocher nu n'apparaît nulle part : il est couirért de marbre» précieux qui resplendissent de rédat de nombreuses lampes allumées. La chambre mortuaire du tombeau du Christ apparaît seule. Consfontin a supprimé le yestibule.
C'est seulement après avoir vu le tombeau du Calvaire» ou après s'en être fait par l'étude une idée juste que l'on se rend un compte exact de chacune des paroles employées par les évangélistes. Voièi , Messieurs , la description du tombeau du Christ», faite par M. Helchior de Vogiié; elle a pour elle Fautorité â*un homme qui en a contrôlé avec sagacité et dessiné avec habileté tous les détails, a Tout l'espace, aujourd'hui occupé par le quartier chrétien, se trouvait hors la ville proprement dite^ dans un «Dgle
rentrant du mur qui formait Tenceinte extérieure de la Tille. A partir de la face occidentale de ce mur, le terrain monte en pente douce et s'élève d'une manière continue jusqu'à remplacement occupé aujourd'hui par le rempart de la ville moderne. Au temps de lésus-Christ, le sol était rocailleux , coupé de petits ravins^ de carrières^ de
citernes^ de tombeaux Il existait un petit ravin, bordé
de chaque côté par des roches abruptes de quatre à cinq mètres d'élévation. A Test, le roc formait une sorte de promontoire : c'était le Go*gotha dont la pointe isolée et élevée convenait bien à une exécution. A l'ouest, la muraille de rochers était percée de deux tombeaux; l'un grand et spacieux était, suivant la tradition, celui de Joseph d'Ârimathie; le deuxième, évidemment inachevé, se composait d'un vestibule et d'une petite chambre renfermant une seule banquette : c'est le saint sépulcre. On voit, au fond de la chambre sépulcrale, la banquette funéraire creusée dans la paroi nord du rocher. Une petite porte basse établissait la communication entre les deux salles. Dans la feuillure venait se loger la pierre destinée à fermer l'entrée du tombeau.... Toutes lesanciennes sépultures juives étaient disposées de la même manière; elles se composaient d'un nombre plus ou moins grand de salles creusées dans le flanc d'une colline, donnant par une petite porte basse et soigneusement fermée dans un Vestibule à large entrée. Dans les parois des salles inférieures étaient pratiquées des niches destinées à recevoir les corps... »
On remarquera avec quelle rigoureuse exactitude cette description commente le récit de TEvangile : Et dicehant mulieres ad invicem : guis revolvet nobis lapidem ab osiio monumênti , et respicientes viderunt revolutumlapidem et introeuntes in monumentum videnmt jiwenem. Marc, XVI, 3, 6. Et cum se mclinasset [discipulus)^ vidit posita linteamina^ non t amen introivit. — Maria autem stabat ad monumentum foris.... inclinavit se et prospexit
in monum&ntum et vidit duos angelos in albis, seden-
tes unum ad caput^ et unum adpedes ubi positum fueraJt corpus Jesu. Saint Jean xx, 5, 11, 12. — Une fois la pierre enlevée , saint Jean et Marie Hagdeleine s'inclinent pour regarder du dehors, par l'ouverture de la porte basse, dans Tintérieur du monument ^ »
Lorsque Constantin construisit la basilique du saint sépulcre, il isola le tombeau en coupant le roc, et en nivelant le terrain tout autour. Voilà comment il se fait qu^aujourd'bui le tombeau ne tient plus que par sa base au roc dans lequel il avait été creusé.
Je termine ici. Messieurs, Tétude des saints Evangiles sous le rapport géographique. J'ai poussé peut-être bien loin les recherches; et il en fallait sans doute moins pour TOUS convaincre. Mais c'est ici le cas de dire : quod abundat, non vitiat. Nous pouvons conclure que les Evangiles t sont aussi exacts au point de vue géographique que sous le rapport numismatique, et qu'à l'égard de l'état politique, civil et religieux de la Judée , au temps de Jésus-Christ.
* Les Eglises de la Terre sainte, par le comte Melchior de Vogiié-
Nous n'avons pas fini notre étude sur l'authenticité des Evangiles; mais déjà un commencement de lumière doit se faire pour ceux de mes auditeurs qui, cédant à des préjugés, auraient été tentés de voir dans nos livres saints de vaines légendes, recueillies au hasard et écrites à Rome, en Asie-Mineure, à Alexandrie, par des écrivains de bonne foi, mais mal informés, séparés parle temps ou les distances du théâtre des événements.