RÉSUMÉ DES LEÇONS DU PREMIER SEMESTRE
Témoignages ialrinsèques. — Celse.
Messieurs^
Avant de reprendre la suite de nos études interrompues sur les origines des Evangiles , voyons le point de la discussion où nous sommes arrivés, ce que nous avons fait dans le premier semestre^ et ce qui nous reste à faire dans celui-ci.
Quelles sont les véritables origines des quatre Evangiles?
La grande voix de la tradition répond unanimement : Les apôtres de Jésus-Christ, saint Matthieu, saint Jean ; et les disciples des apôtres, saint Marc et saint Luc, sont les auteurs des Evangiles.
Ce n'est qu'à partir du xvii!" siècle que des contradicteurs se sont fait entendre. Les matérialistes et les déistes de cette époque néfaste pour la religion, et les rationalistes de nos jours, ont nié ce que jusqu'à eux tous les hommes avaient admis sans difficulté.
Nous nous sommes appliqué à montrer la succession logique des divers systèmes qui présentent l'expression de ces contradictions. Les athées et les matérialistes ont commencé par accuser de mensonge et de supercherie les premiers disciples de Jésus-Christ et Jésus-Christ lui-même;
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ib ont ait: les Evangiles sont une imposture. C'est là le met de Voltaire, leur coryphée. Il était diflBcile de méconnaître longtemps et d'une manière si injuste le caractère du fondateur du Christianisme et de ses apôlres. Aussi les déistes, et plus éloqoemment que tous les autres, Rousseau^ protestèrent contre cette grossière calomnie^ et confessèrent la majesté et la sincérité des Evangiles. lis n'en acceptaient toutefois que l'élément naturel et rejetaient les miracles. — C'était là un défaut de logique.
Pourquoi rejeter la moitié d'un livre, la moitié d'un bit attesté par des témoins sincères dont le récit ne peut être scindé?
Cette difficulté fut relevée et abordée par divers esprits.
On imagina, pour y échapper,^ plusieurs systèmes; et, pour les défendre , diverses écoles exégétiques se fon* dèrent.
Semler et Paulus nièffent la présence de deux éléments difTérents dans la Bible, de Féiément naturel et de l'élément surnaturel; ils ramenaient tout au premier. Le miracle^ selon eux, n'élait que Fexagération d'un fait naturel. De là, des explications forcées^ impossibles, rejetées par le bon sens public* Si les apôtres étaient reconnus dignes de foi, il ne fallait point ainsi tortnrer et défigurer leurs témoignages. La multiplication des pains, la résurrection de Lazare, la résurrection de Jésus-Christ sont des miracle qui ne peuvent, si Ton respecte les écrivains de TEvangile, être ramenés à des faits naturels. — On recourut alors à un système qui, à travers
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diverses modiûcaiions, est arrivé jusqu'à nous^ et qui constitue le fond des attaques dirigées aujourd'hui contre nos saints livres.
On dit : la bonne foi des apôtres et Fexistence de Téléraent miraculeux ne peuvent être niées dans le Nouveau Testament; mais les témoins oculaires n'ont presque rien écrit. Les Evangiles sont, en très-grande partie, des légendes recueillies au second siècle, un peu au hasard^ et publiées sous le nom des apôtres.
Les Evangiles ont été rédigés, disait Eichhom, d'après un document primitif auquel les apôtres n'étaient pasétrangers, et que Ton a ensuite embelli et surchargé de faits; — Ils ont été écrits d'après un évangile primitif et oral, mais que Ton a altéré, disait Schleiermacher. — Strauss, profitant de la fatigue des esprits et du scepticisme produit par ces opinions aventureuses, est venu, il y a près de trente ans, nier la véracité totale des Evangiles. L'existence de Jésus-Christ se perdait, selon cet écrivain plein d'audace, dans une vaste et indéchiffrable légende. Cette insolente hypothèse produisit sur les esprits l'effet qu'y produit toujours l'absurde nettement formulé. Elle réveilla le sens historique et le goût du vrai jusque chez les contradicteurs de l'authenticité des Evangiles. On devint plus réservé. Baur, le continuateur de Strauss, a dû marcher avec plus de précaution que lui. Toutefois, il persiste à nier la participation directe des apôtres à la rédaction définitive des Evangiles, et il met tout son soin à retrancher le surnaturel partout où il le trouve. Il s'appuie pour cela sur
une mauvaise philosophie^ sur une fausse appréciation du caractère des Apôtres, et sur une critique aventureuse des textes sacrés. Ses erreurs sont soutenues par l'école de Tubingue; et Técole de Tubingue se rattache aux principes professés par Eichhom. En France et en Angleterre, les rationalistes s'occupent aussi de ces questions; mais, il faut bien en convenir, ils vivent d'emprunts peu discrets; on vulgarise la science d'autrui, mais on n'invente rien.
Après cette exposition de la question^ nous avons cherché à nous rendre compte de la position prise par Texégèse biblique-rationaliste depuis un siècle. Nous avons reconnu que cette exégèse n'est ni le résultat de découvertes historiques, ni un progrès naturel de la critique, mais l'application d'un système de philosophie funeste à la critique elle-même. Nous étions par là conduits à chercher dans la philosophie du dernier siècle et dans celle de notre temps les principes qui ont égaré Texégèse biblique.
Nous avons reconnu que l'athéisme, le déisme, le panthéisme imposaient fatalement à l'exégèse la négation de la possibilité du miracle et la destruction du surnaturel. C'est, en efTet, là l'hypothèse philosophique qui, depuis un siècle, jette l'exégèse dans la voie des négations où elle s'agite encore aujourd'hui.
Notre devoir était donc d'attaquer le principe philosophique de l'impossibilité du miracle. Je crois en avoir établi l(^iquement la possibilité; j'espère avoir aussi victorieusement combattu les objections des écrivains mo-