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demes^t contemporams, nos contradicteurs dans cette question. Tous ces préliminaires nous ont longtemps occupé, mais ils étaient nécessaires.
Après avoir exposé Tétat de la question et montré comment on s'était égaré en voulant donner aux Evangite d'autres origines que celles que leur assigne la tradition, il convenait de justifier la tradition elle-même. Les Evangiles sont Vœuvre des apôtres et de leurs disciples immé*diats : voilà ce que nous nous sommes appliqué à établir par des preuves intrinsèques. Nous avons monké d'abord que les Evangiles étaient dans un rapport d'exacte conformité avec rétat politique 9 civil ^ religieux de la Judée au moment où vivait Jésus-Christ : nous avons montré ensuite, par la numismatique et par la géographie, que les Evangiles révélaient une connaissance si minutieuse, si exacte de la valeur et de l'usage des monnaies, des villes, des routes^ de tant de choses, détruites dès le premier siècle, que les apôtres et leurs contemporains pouvaient seuls les avoir écrits , et que , par conséquent^ les Evangiles n'étaient point un recueil de légendes ou uxMd œuvre du second siècle.
Nous n'avons point fait valoir le côté moral des preuves intrinsèques: sincérité, naïveté, simplicité des récits; élévation et sublimité des enseignements. Nous verrons tout cela quand nous expliquerons le texte même des Evangiles.
Messieurs, je viens reprendre aujourd'hui les preuves de l'authenticité des Evangiles. Nous avons étudié les jureuves
intrinsèques^ c'est-à-dire les preuves fournies par le texte lui-même ; maintenant nous allons aborder les preuves extrinsèques, c'est-à-dire les témoignages des contemporains^ des apôtres et des générations qui les ont suivis. Nous nous bornerons aux témoignages des quatre premiers siècles.
Je les divise en trois catégories : témoignages des païens, témoignages des hérétiques^ témoignages des chrétiens orthodoxes. Nous allons commencer par l'exposition des témoignages des païens , ou plutôt des philosophes qui représentent cette catégorie de témoins.
Le christianisme ût sa première apparition au milieu de l'indifférence générale des philosophes. Ils pensaient qu*iis n'avaient point à s'occuper de Tapparition d'une nouvelle secte juive. C'est ainsi qu'ils appelaient l'Eglise chrétienne naissante. Rappelez-vous saint Paul prêchant au milieu de TAréopage. Sitôt que la première curiosité fut satisfaite , cette assemblée de sages païens interrompit Tapôtre , au moment où le fil du discours le conduisait à l'exposition des dogmes : a Assez , lui dirent-ils dédaigneusement , nous entendrons la suite une autre fois, b
Sans doute, quelques hommes d'élite et quelques cœurs droits , comme saint Denis , comprirent mieux la portée et l'avenir de la doctrine chrétienne, mais ils furent peu nombreux.
Grâce à cette indifférence du monde païen , le christianisme put se développer d'abord sans obstacles de sa part. Hais lorsque les apôtres et leurs successeurs eurent réuni
autour d'eux et concpiis au Christ un grand nombre de gentils y lorsque TEglise forma un corps qui ayait des membres nombreux dans toutes les parties de TEmpf rè et même chez les barbares, Tindifférence se changea bientôt en hostilité. Les intérêts matériels furent les premiers à donner Talarme. La chute des idoles et la diminution des sacrifices firent jeter des cris de détresse aux fabricants de simulacres et aux vendeurs de victimes. Pline en avertissait Trajan : Prope jam desolata templa^ sacra solemnia intermissa! Les hommes d'Etat s'inquiétèrent à leur tour. Les vieilles superstitions païennes étaient intimement unies à l'empire et formaient une religion d'Etat. — Les empereurs se montraient fort tolérants pour les dieux des vaincus, et, en général, pour tous ceux qui ne refusaient pas de prendre place au Panthéon, aux pieds de Jupiter et de Vénus; mais le Dieu des chrétiens ne pouvait consentir à cette dégradation. — Néron et ses successeurs firent revivre la loi dont parle Cicéron : Separatim nemo habessit deos^ neve novoSj sed ne advenas^ nisi pvblice adscitos^ privatim colunto^; et celte autre loi : Qui novas et usu vel ratione incognitos religiones inducunt et qnibtis animi moveantur ^ honestiores deportantur^ humiliores capite puniuntur *.
Menacés dans leur influence par une religion qui ne s'appuyait point, comme les autres, sur une vaine mythologie, mais sur des faits incontestables; qui prê-
' Gcéron, De legibus, ii, 8.
2 Julius Paulus, Sent., v, 21, 32.
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chait^ non point une morale vague ^ mais une morale rigoureuse, simple, et non point des vérités indécises, mais des dogmes certains, les philosophes à leur tour sa déclarèrent les ennemis du christianisme, et se mirent à la têtedfB ses persécuteurs. Marc-Aurèle, Celse, Porphyre, Hiéroclès^ Julien ont été les auteurs ou les vulgarisateurs lettrés des calomnies avec lesquelles on essaya de déshonorer le berceau du christianisme : de plus, ils ont approuvé, excité les persécutions qui ont fait couler le sang des martyrs. Le paganisme honore ces hommes comme ses avocats, le christianisme les compte parmi ses bourreaux.
Ce n'est point ici le moment de dire comment TEglise leur répondit. Qu'il me suffise de rappeler que devant le glaive elle se montra sans défaillance et que devant la calomnie elle apparut forte des armes de l'éloquence et de la vérité ; pendant que ses martyrs mouraient héroïquement dans les amphithéâtres pour la foi à l'Evangile, ses apologistes se levaient pour la défendre : Diognet, Aristide, Quadrat, Mélito, Apollinaire, Hiltiade, Justin, Tatien, Athénagore, Théophile, Clément d'Alexandrie, Origène, Tertullien, Cyprien, Arnobe, Lactance, etc., répondaient aux philosophes par des livres dont la ferme et haute raison préparait les victoires futures de TEglise de Jésus-Christ
Ce que je me propose ici, c'est de faire valoir en faveur de Fauthenticité des Evangiles les témoignages échappés ^tix philosophes des premiers siècles. En etTet, et c'est la
remarque de saint Jean Chrysostome , les écrits de Celse et de Porphyre , qui établissent Tantiquité du Nouveau Testament; servent beaucoup plus à fortifier qu'à affaiblir Fautorité des saints livres.
Vous savez, Messieurs, au moins d'une manière gênérale^ quelle était Targumentation des philosophes des premiers siècles contre le christianisme. Elle différait, sur plusieurs points très-graves, de celle que l'on emploie aujourd'hui contre notre croyance.
1*" Les philosophes des premiers siècles ne niaient ni la possibilité du miracle , ni celle de l'intervention sensible des agents surnaturels. Loin de là , ils exagéraient sous ce rapport. Ils accordaient aux démons beaucoup plus de puissance qu'ils n'en ont. Les spirites sont moins hardis que Porphyre. Lui, du moins, n'avait pas besoin de ridicules mediumsy dont la nature et le mode d'action varient capricieusement. Il voyait et entendait les êtres surnaturels quMl invoquait. Les spirites y arriveront, mais ils n'y sont pas encore.
Les philosophes des premiers siècles ne contestent donc point que Jésus-Christ ait fait des miracles : ils disent seulement qu'il a eu recours, pour les accomplir, à des moyens magiques et à des paroles dont il avait seul le secret.
â"" Les rationalistes de nos jours expliquent rétablissement du christianisme par les dispositions favorables des esprits à Tépoque de ses succès, par l'excellence de sa morale, par l'élévation de ses dogmes , par la pureté de la
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Tîe de son fondateur, etc. Ce sont autant de choses niées par les philosophes des premiers siècles. Selon ceux-ci, en effets le christianisme contredisait les saines doctrines reçues partout, les lois établies et Tintérêtbien entendu de TEtat. Ses dogmes étaient ridicules^ sa morale abaissait nmmanité, son fondateur était un imposteur, disons le mot, un scélérat.
Ainsi ^ Messieurs , tandis que le christianisme reste toujours le même dans ses dogmes , et dans son apologétique, les doctrines qu'on lui oppose sont vouées à un continuel changement. Car le vrai est ce qui est, ce qui demeure; Terreur est ce qui n'est pas, ce qui varie ^ dit Bossuet Les illusions se transforment comme les fanômes de nuit qui changent de forme et d'aspect, pour peu qu'on se déplace, qu'on avance ou qu'on recule : elles n'ont pas d'objectivité.
Enfin, Messieurs , et c'est là le point que je veux établir dans cette leçon, les ennemis du christianisme nient aujourd'hui l'authenticité des Evangiles, et les philosophes des premiers siècles , malgré leur haine pour le christia^ nisme, l'admettaient unanimement. Pourquoi, Messieurs? Parce qu'ils étaient dans l'impossibilité de la contester. Au III® et au iv'' siècles, les témoignages d'authenticité étaient si nombreux, si évidents, qu'on ne pouvait sans folie entreprendre de les rejeter. On n'était point réduit, comme de nos jours, à interroger les quelques restes de littérature primitive sauvés de la destruction du temps. Si, au II' siècle, l'authenticité des Evangiles avait été atta-
quée^ les vieillards se seraient levés et auraient nommé les diis»ciples et les apôtres qui leur avaient remis les saints livres. Il fallait que Tauthenticité des Evangiles fût bien évidente, pour que Celse, Porphyre, Hiéroclès, Julien, qui en étaient fort embarrassés, ne l'aient pas contredite. Auraient-ils omis de nier un témoignage aussi accablant s'il eût été attaquable par quelque endroit? Au lieu de dire que la vie de Jésus, telle qu'elle était rapportée dans l'Evangile, était celle d'un imposteur; au lieu d'avoir recours à des interprétations invraisemblables pour calomnier Jésus donV les paroles et les actes, empreints de sincérité, avaient laissé dans la mémoire des hommes un si touchant souvenir, n'eussent-ils pas préféré dire avec nos rationalistes : Jésus-Christ n'a point enseigné ce que les Evangiles enseignent, Jésus-Christ n'a point été Thomme dépeint par les Evangiles? Vous nous donnez des récits apocryphes pour des récits authentiques. Au lieu de dire que les apôtres avaient menti , eux qui ont consacré par le témoignage de leur sang le témoignage de leur parole, ils auraient mieux aimé assurer que les récits des Evangiles étaient Tœuvre d'obscurs faussaires, à laquelle les apôtres n'avaient pas eu de part. En prouvant que les livres vénérés par les chrétiens comme sacrés, étaient un pur roman, ils auraient accablé l'Eglise naissante. Pourquoi ne l'ônt-ils pas fait. Messieurs? Parce que, encore une fois, il y avait folie à tenter une pareille entreprise, parce que l'authenticité des Evangiles était de leur temps, à la fois incontestable et incontestée.
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Maintenant, Messieurs, prouvons que les philosophes ont, en effet, regardé nos livres saints comme authentiques.
Je ne citerai que deux textes de Julien. Voici le premier : « Malheureux, dit-il aux chrétiens, vous n'êtes pas même restés fidèles aux doctrines que vous avaient léguées les apôtres, et que leurs successeurs ont rejetées avec une impiété égale à leur malice. Paul, Mathieu, Luc et Marc n'ont jamais osé affirmer la divinité de votre Jésus. Le premier qui a eu cette audace est le bonhomme Jean , entraîné par Fexemple des chrétiens qu'il voyait déjà infectés de cette opinion dans la plupart des villes de la Grèce et de Tltalie, et aussi peut-être par la connaissance du culte véritable, quoique secret, dont ces mêmes chrétiens honoraient les tombeaux de Pierre et de Paul *. »
Ainsi, pour le prince philosophe, Mathieu, Marc, Luc et Jean sont bien les historiens de Jésus-Christ, et les Evangiles qui portent leurs noms sont bien leur ouvrage.
Voici un second texte non moins concluant que le premier. Les chrétiens prouvaient la mission divine du Sauveur par la célèbre prophétie de Jacob : « Evidemment, leur répond Julien, cette prophétie n'a rien de commun avec votre Jésus, qui n'était en aucune façon de la tribu de Juda. De votre propre aveu, Jésus a été conçu du Saint- Esprit, et non de Joseph. C'est pourtant ce dernier que vous cherchez à rattacher à cette race antique. Et encore
' s. Cyrille d'Alexandrie, liv. x, opéra, l. vi, p. 327.
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n^ETez-TOus pas su donner à cette assertion un air de Traisemblance, puisque Luc et Mathieu, en décrirant la généalogie de cet homme, ont trouvé moyen de se mettre en pleine contradiction ^ »
Il est inutile d'insister sur ces aveux , puisqu'ils sont incontestés. Il convenait cependant d'appeler sur eux votre attention^ non pour constater qu'au iv® siècle, nos EvangUes étaient connus de tous, des païens comme des 'fldMes^ mais pour prendre acte qu'aucun doute n'était élevé contre leur authenticité, même de la part des païens.
Si le bit est déjà important au quatrième siècle^ il ac^ quiert une autorité plus décisive encore au deuxième siècle. J'ai entendu quelquefois formuler un vœu par des hommes qui cherchaient à s'éclairer sur la question de l'authenticité de nos livres saints. Ils disaient : Nous voudrions^ pour dissiper tous les doutes^ entendre le témoignage d*un homme du premier ou du second siècle, la déposition d'un écrivain impartial et suffisamment intotmé, osant tout dire, quels que fussent d'ailleurs les faits, favorables ou défavorables au christianisme. Eh Wen I Messieurs, ce vœu est réalisé. Il y a eu vers le milieu d^ deuxième siècle, un écrivain bien informé, hostile aux chrétiens, qui n'a rien tu de ce qui pouvait leur -nuire, et qui a cherché avec une grande habileté dans leurs livres mêmes des armes pour les combattre. Cet écrivain est Celse,
* s. Cyrille d'Alexandrie, liv. vin, p. 253.
Celse était un philosophe épicurien. Plusieurs critiques supposent qu'il composa son livre sous Adrien, vers Tannée 117 ; d'autres qu'il l'écrivit sous Marc-Aurèle, vers 160. Toujours est-il certain qu'Origène, en le réfutant^ à la prière de son ami et protecteur Ambroise^ au commencement du troisième siècle, déclare que ce philosophe était mort depuis longtemps. Ainsi Celse a dû naître vers le moment où mourait saint Jean Févangéliste : il était contemporain des disciples de cet apôtre, d'Ignace^ de Polycarpe, de Papias. Un ennemi des chrétiens ne pouvait pas vivre dans un temps plus propice pour découvrir les origines accusatrices des livres saints. Il a profité^ au reste» de cette bonne fortune, et il a tout étudié. « Omnia novi, » dit-il quelque part; chrétiens, je connais tout ce qui vous regarde. » Si donc les Evangiles sont une œuvre frauduleuse, il est impossible qu'il Tait ignoré. Les hérétiques étaient là, au reste, surveillants inquiets de TEglise^ pour Ten instruire. S'il a connu le vice d'origine de nos livres saints, il est impossible que sa haine ne le lui ait pas fait étaler à plaisir; il est plus impossible encore qu'il ait admis positivement l'authenticité des Evangiles. Eh bien! Celse, écrivant à une époque si favorable pour être bien . infoimé ; Celse, d'ailleurs si ingénieux^ si hardi pour combattre les chrétiens, Celse n'élève pas un doute, pas un soupçon sur l'origine des Evangiles. Au contraire^ quand il les cite» et cela lui arrive souvent, il les attribue toujours aux disciples mêmes de Jésus.
Messieurs, ou je me trompe grossièrement, ou c'est ici
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plus qu'une simple présomption en faveur de Tautbenticité des Evangiles : c'est une preuve manifeste^ un témoignage entièrement décisif.
Voyons les- paroles de Celse.
Vous savez ^ Messieurs , que l'ouvrage de ce philosophe j
est perdu ; mais Origène, en le réfutant^ nous l'a presque i^
entièrement conservé. L'apologiste chrétien nous en aver- ?^
tit, il a suivi pas à pas son adversaire; en répondant à ^
toutes ses objections, il a même, tant il faisait scrupu- y
leusement son œuvre, répété les réfutations quand Celse répétait ses difficultés. Le livre d'Origène est un monument de la parfaite loyauté de la polémique chrétienne. Amis et ennemis du christianisme y ont abondamment puisé; les uns ont emprunté à Celse des armes pour le combattre, les autres des armes à Origène pour le défendre : Porphyre, Hiéroclès , Julien, et plus tard Voltaire, ont copié le philosophe anti-chrétien : presque tous les apologistes de la religion se sont inspirés d'Origène. Les objections de Celse rappellent le sens et même les termes des objections faites au xv!!!"* siècle. La seule différence se rapporte à Tauthenticité des livres saints^ authenticité admise, proclamée par Celse, mais niée sans pudeur par les philosophes du siècle dernier.
Celse, dans son livre intitulé \6^oç àXYiN;, met en