OBJECTIONS CONTRE LES MIRACLES
Les objections contre les miracles dérivent d'une fausse philosophie : athéisme, déisme, panthéisme. Immutabilité de Dieu. — Comment il faut comprendre rinvariabilité de la nature.
Messieurs ,
Ce n^est point sans raison qu'avant d'aborder la question de Tauthenticité des Evangiles nous traitons la question préliminaire de la possibilité des miracles. Comme je vous le disais dans la dernière leçon, cette thèse vient d'être exhumée des archives de la polémique antireligieuse du xviii*^ siècle. Depuis bientôt cent ans elle n'était plus guère sérieusement attaquée ; il semblait que Rousseau avait clos définitivement les débats lorsqu'il avait écrit dans sa troisième lettre de la Montagne :
«Dieu peut-il faire des miracles, c'est-à-dire peut-il déroger aux lois qu'il a établies? Cette question, sérieusement traitée , serait impie si elle n'était absurde. Ce serait faire trop d'honneur à celui qui la résoudrait négativement que de le punir, il faudrait l'enfermer. Quel homme a jamais douté que Dieu pût faire des miracles? »
Mais au fond, les adversaires de la révélation chrétienne se résignaient moins franchement qu'ils n'en avaient l'air à confesser une vérité qui pouvait les entraîner plus loin qu'ils ne voulaient. Car, la possibilité des miracles admise, il ne reste plus qu'à examiner une question de fait :
Jésus-Christ a-t-il fait des miracles ? Comme les témoignages que la critique reconnaît suffisants pour attester les faits historiques, attestent les miracles^ la foi à la révélation était facile à établir. Rousseau s'en aperçut, et voyant qu'il s'engageait trop, il retira ses aveux. Comme lui, beaucoup de gens préfèrent se contredire , reprendre ce qu'ils ont concédé, plutôt que d'accepter le fait de la réalité des miracles. Selon eux , ces signes éclatants de l'intervention divine sont impossibles : ils ne correspondent plus à F état des esprits qui a définitivement prévalu. On n'ose déclarer tout haut la raison de la répulsion qu'on leur témoigne, peut-être à cause du sentiment vague de la faiblesse des motifs à alléguer. Il est plus facile d'ériger en principe, sans la discuter, l'impossibilité des miracles que de la prouver. Toutefois , de nos jours , quelques écrivains ont rougi de ce parti pris : ils parlent comme s'ils étaient en mesure de défendre leurs prétentions : il faut s'en féliciter. Plût à Dieu que ces adversaires consentissent à entrer dans une discussion sérieuse et tranquille î Quant à nous, Messieurs, nous les suivrons pas à pas : nous ne pouvons nous engager dans la recherche des titres historiques des Evangiles en laissant derrière nous, sans y toucher, des difficultés qui tendent à faire rejeter a priori la vie prodigieuse de Jésus-Christ.
Je vous l'ai déjà dit, Messieurs, je me sens parfaitement à l'aise dans ces discussions, puisque, nous élevant dans la sphère sereine des idées , nous demeurons étrangers aux questions personnelles, aux situations particulières de