ET QCI ONT VU LES ÉVÉNEMENTS RACONTÉS DANS LES ÉVANGILES
Par M. le comte Melchior de VOGUÉ, de l'Institut.
Le nombre des monuments encore existants en Terre sainte et qui ont vu les événements racontés par les Evangiles, est relativement peu considérable. Diverses causes ont amené ce résultat. Les effroyables guerres qui ont ravagé le pays pendant le premier siècle de notre ère ont laissé debout peu d’édifices de l’âge antérieur. Dans le siècle suivant, une fièvre de construction, qui semble s’être emparée de tout le monde romain, a renouvelé la physionomie de presque toutes les villes et fait disparaître plus de monuments antiques que la guerre elle-même ; la société chrétienne du Bas-Empire, si féconde- en ces régions, a moins détruit les édifices antérieurs qu’elle
ne les a transformés. Dans toutes les parties de la Syrie, où des causes ultérieures n’ont pas renversé 'œuvre des iy'-yh” siècles, on rencontre les monuments du Haut-Empire romain, mêlés aux constructions chrétiennes : mais dans la Palestine proprement dite, un élément spécial de destruction a radicalement changé cet état de choses ; les Croisades ont porté le dernier coup aux monuments antiques. Dans leur ardeur à construire, nos pères, à Jérusalem comme à Lyon ou à Autun, ont mis à contribution les ruines des édifices antérieurs; nulle part peut-être, la société franque du xii° siècle n’a montré une plus grande activité : le nombre des églises, des couvents, des châteaux, des villes, des ports construits, renouvelés, fortifiés, pendant l’espace de cent ans, dépasse vraiment l’imagination. Tous les édifices antiques qui se trouvaient à portée des architectes français, et que ne protégeait pas une tradition religieuse quelconque, ont cédé leurs pierres et leurs colonnes aux, constructions nouvelles; aussi partout où les armées chrétiennes ont passé, trouve-t-on bien peu de monuments antérieurs aux Croisades. Les seuls qui aient survécu un peu complètement sont les tombeaux taillés dans le roc : par la nature même de leur composition, ils échappaient aux causes de destruction qui menaçaient les édifices bâtis, et c’est de nos jours seulement que l’idée de les exploiter comme carrières les fait trop vite disparaître. Je vais rapidement passer
NOTICE ARCHÉOLOGIQUE
en revue ce qui reste encore aujourd’hui de tant de merveilles architecturales, débris mutilés et profanés, mais dont l’intérêt est d’avoir été les témoins muets des grands événements évangéliques.