LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE ET LE NOUVEAU TESTAMENT
Les changements survenus en Palestine à la fin du premier siècle et au commencement du second auraient induit en erreur les rédacleurs des Evangiles s’ils avaient écHt au second siècle. — Étonnante exactitude des Évangélistes. — Bethléem.'
Messieurs,
Nous nous sommes demandé dans la dernière leçon si l'archéologie, qui a réalisé tant de progrès depuis cinquante ans, pouvait jeler quelque lumière sur la question de l’authenticité du Nouveau Testament ; et la numismatique nous a fait toucher du doigt l’exactitude des Evangiles, à propos des monnaies en circulation dans la Judée, au temps d’Auguste et de Tibère.
Cette exactitude minutieuse de langage, dans des livres étrangers à l’érudition, dénote, avons-nous dit, des auteurs contemporains.
Car les écrivains sacrés distinguent et apprécient les monnaies aussi bien que le numismate armé de la balance et du poinçon, et aidé par les textes untiques.
Nous avons conclu des faits que le Nouveau Testament n’était pas un vain recueil de légendes, écrites au hasard en Asie Mineure, à Alexandrie ou à Rome, dans la moitié du il* siècle.
Avant de laisser la numismatique pour passer à la géographie, pormettez-moi, Messieurs, d'emprunter au savant
ONZIÈME LESION'.
Ackercunip, numismate bien connu en Angleterre, quelques confirmations nouvelles de l’exactitude de nos saints Évangiles.
Vous savez, Messieurs, que Jésus-Christ, en recommandant l’humilité aux Apôtres, leur disait que leur élévation serait une charge pour eux, un service encore plus qu’une dignité honorifique. Les rois, disait-il, se font appeler Dominateurs bienfaisants , bénéficia KùtpYéroe , Evergètes. Ce dernier mot semble à Ackercamp avoir été emprunté aux légendes des monnaies grecques encore en usage en Palestine au temps de Jésus-Christ. Elles disparurent tout à fait sous les successeurs de Tibère. L’emploi de ce mot évergète semble une allusion aux titres des rois grecs, et suppose, chez des hommes qui n’étaient pas érudits , l’usage subsistant de la monnaie de ces princes. L’archéologue cité se croit en mesure de pouvoir établir le fait.
Une autre parole de Jésus-Christ semble aussi trouver sa confirmation dans les monnaies contemporaines. Le Sauveur dit à la Samaritaine: « Le temps vient, et il est déjà venu, où l’on n’adorera plus Dieu sur cette montagne (celle de Garizim), ni à Jérusalem. # Ackercamp a relevé le dessin d’une pièce de monnaie samaritaine, au revers de laquelle se trouve une montagne dominée par un temple. Cette pièce est postérieure à Jésus-Christ; mais le temple était contemporain. Les débris en ont été retrouvés par M. de Saulcy.
Vous vous souvenez, Messieurs, que le peuple juif dit à
Pilate, pour le décider à condamner Jésus, que s’il graciait le divin accusé, il ne serait pas l'ami de César. Cette expression dnXoxafoap était souvent répétée à cette époque, où les adhésions au régime nouveau étaient provoquées de bien des manières. Une dizaine d’années après la mort de Jésus-Christ, Hérode-Agrippa prenait le nom de «foXaunoofi, «btXopwfxaToî, <I»i).oxXaôoioç. Le nom de Claude, qui est devenu plus tard un type d’imbécillité morale, semblait alors à des rois courtisans un titre à l’illustration. La flatterie est parfois, bien mal inspirée.
Enfin, Messieurs , permettez-moi de citer ici un dernier indice de la contemporanéité du livre du Nouveau Testament avec les Apôtres. Ce témoignage, il est vrai, s'appliquerait mieux aux Actes qu’aux Évangiles. Mais comme l’authenticité du livre des Actes des Apôtres vient en confirmation de l’authenticité des Évangiles, l’indice dont je veux parler n'est pas sans valeur dans la question qui nous occupe. Vous savez que saint Luc appelle proconsul le magistrat de Chypre converti par saint Paul. L'exactitude de ce titre de Proconsul a été niée par la critique. On prétendait que l’ile de Chypre était gouvernée par un propréteur , non par un proconsul, lorsque saint Paul la visita. Auguste, s’en étant réservé l’administration, devait y maintenir un propréteur, et l’on citait à l’appui un passage de Strabon (liv. XVII, p. 840). Mais plus tard on découvrit un texte de Dion, d’après lequel Auguste avait cédé au sénat, en échange de la Dalniatic, l’île do' Chypre, qui fut dès lors régie par un proconsul. « K ai oïtmç àvôôiraTo;
xai s; ixsiva xi ftw, 7té;/7te<i0at f, p;a^To. » Ou trouve la confirmation de cette particularité dans une pièce de monnaie du temps de Claudius César, époque à laquelle saint Paul visita l’ile de Chypre. Cette pièce porte d’un côté l’effigie de Claude ; sur l’autre on lit le titre de proconsul (àvftWro,-), donné à Continus Proclus. C’est ce titre-lit môme que devait porter Sergius Paulus *.
11 existe un moyen non moins décisif que la numismatique de s’assurer de l’autorité et de l’authenticité des Évangiles : c'est la géographie et la topographie. La vie de Jésus-Christ tout entière s’accomplit sur un territoire étroitement circonscrit. Au récit des événements qui se rattachent îi Jésus-Christ, se trouvent mêlés des noms de villes et de villages , de cours d’eau et de montagnes. Bien que le Nouveau Testament soit très-sobre de détails profanes, qu’il n’ait pas plus de prétentions topographiques que d’ambition à l’égard de la numismatique, néanmoins, telle ville, telle montagne, telle campagne se trouvent peintes d'un mot, quant à leur physionomie et à leur place sur la carte : les distances se trouvent fixées ; les routes indiquées. Eh bien ! tout cela fournit des moyens nombreux de vérification et de contrôle. Messieurs, nous allons commencer à examiner aujourd'hui le Nouveau Testament sous le rapport topographique. Nous allons rechercher s’il est aussi exact à cet égard que sous le rapport numismatique, politique, civil et religieux. Si nos recherches prouvent que les écrivains évangéliques ont eu la connaissance exacte et
1 Ackei’camp, p. 4t.
minutieuse des lieux, ne serons-nous pas encore ici en droit de déduire de ce fait considérable le même argument que nous avons déjà formulé à l’occasion de l’exactitude des données numismaliques et de la situation politique, civile et religieuse de la Judée ? Nous répéterons donc : les Évangiles ne sont point un recueil de légendes prises au' hasard un siècle après les événements, mais un récit exact fait par des contemporains. Nous aurons d’autant plus ce droit, que les faits historiques donnent une nouvelle force à l’argument.
En effet, un siècle après la mort de Jésus-Christ, vers l’an 130, la Palestine ne présentait plus l’aspect ni la physionomie que lui donnent les évangélistes. La Palestine avait été bouleversée, ruinée de fond en comble, précisément aux lieux qu’habitait Jésus-Christ. Vespasien, Titus, Adrien avaient semé partout la ruine et la désolation. — Aujourd’hui les guerres modernes laissent encore des traces profondes ; mais ces luttes armées ne peuvent être comparées sous ce rapport aux guerres anciennes. Piller , briller les villes et les villages, massacrer des populations entières, les déporter en masse, voilà , Messieurs, l’affreux tableau qu’offrent trop souvent les guerres des peuples anciens. Il n’en est plus ainsi, grâce à Dieu : général et soldats s’accordent par un mouvement généreux à rendre la guerre moins odieuse et moins cruelle, à épargner les vieillards, les femmes, les enfants, et même à respecter les monuments. Quand je dis, Messieurs, que tel est le droit moderne de la guerre, je ne puis oublier qu’il a étéquelque-
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ONZIÈME l,EÇ(IN.
ai
lois, et, qu’à l'heure présente, il est encore méconnu. Mais dans ces cas, heureusement rares, un cri de réprobation universelle flétrit la brutalité et la cruauté inutile au nom du droit moderne, du droit chrétien. — Ce droit était inconnu dans la guerre d’extermination que les Romains firent aux Juifs sous Vespasien, sous Titus, et à la fin du règne d’Adrien. La Judée devint alors méconnaissable, et la géographie fut notablement modifiée.
Si cependant le tableau de la Palestine, tracé par le Nouveau Testament, est bien celui qui lui convenait sous Tibère et Auguste, il faudra avouer. Messieurs, que c’est là pour les Evangiles un indice d'authenticité qui n'est pas sans quelque valeur. Au second siècle, esquisser ce tableau était bien difficile : rien de plus dangereux que de faire la géographie d'un pays que l’on n’a pas visité ; en ce cas il faut se borner scrupuleusement - à copier le récit des voyageurs, ou s’exposer à de honteux démentis.
Strabon, vous, le savez, était contemporain d'Auguste, et il a écrit un livre de géographie s’étendant à une grande partie de l’empiré romain. Il a fait la description de la Judée. Tous les documents de l'époque ont passé sous ses yeux. Cependant à des descriptions très-exactes il en mêle de bien fausses : c’est que Strabon avait vécu loin des lieux qu'il décrivait. La critique moderne, à l’aide de la géographie, a pu contrôler plus d'un livre ancien et déterminer le degré d’autorité qu’il mérite. On a reconnu à quelle distance des temps et des lieux étaient placés les auteurs qui se donnaient pour contemporains. C'est ainsi que
Quinte-Gurce a fourni la mesure de la défiance avec laquelle il faut accueillir son témoignage, par les erreurs géogiaphiqnes qu'il a commises en écrivant l’histoire. Les anciens déjà reprochaient à Virgile des inexactitudes de cette nature. Tite-Live lui-méme cite des noms géographiques postérieurs aux événements qu’il raconte. Ainsi il parle de Sinuessa, de Préneste, d’Arpi, lorsqu’il aurait dù employer encore les noms de Sinope, d’Argos, et d’Hippium.
La vie d'Apollonius de Tyane a eu, comme on sait. Philostrate pour auteur ; cet écrivain prétend avoir extrait son œuvre des notes et des mémoires d’un certain Damis qui aurait été l'ami d’Apollonius et même son compagnon de voyage. Or, quand il peint l’arrivée d’Apollonius, à Babvlone, il fait de cette ville une splendide description qui n’avait plus un mot de vrai à cette époque, puisque Babylone était déserte et presque minée, depuis que Séleucie avait attiré à elle l’ancienne splendeur de la capitale du royaume assyrien. Une pareille description ne peut donc avoir été faite par un témoin oculaire. Vous en concluez, Messieurs, que les anciens mémoires de Damis sont une imposture , et que l’auteur n’a pas puisé aux sources contemporaines, comme il s’en est vanté.
Si l’on jette les yeux sur l’histoire de la guerre des Juifs par le faux Hégésippe, on reconnaît encore tout aussitôt l’imposture du livre. L’auteur, qui se donne comme ayant vécu sous Antonin et sous Commode, parle dans son livre de Constantinople, de la Saxe et de l’Ecosse !
C’est dans des erreurs de ce genre que seraient tombés
les auteurs des Évangiles, s’ils avaient écrit au second siècle. Les nombreux changements qui précédèrent la ruine de Jérusalem ; l'horrible catastrophe qui fit de la ville sainte un monceau de ruines, et de ses environs une vaste solitude ; les restaurations qui suivirent cet événement et donnèrent au pays tout entier une physionomie nouvelle, tout cela mettait un écrivain postérieur dans l’impossibilité de reconnaître la Jérusalem cl la Judée du temps de Jésus- Christ. Ajoutez que sous Adrien on détruisit de fond en comble 98o villages et 30 villes plus ou moins considérables ; et vous comprendrez, quelle eût été la tâche d’un écrivain de la moitié du n* siècle qui aurait voulu peindre le pays tel qu’il était sous Tibère. Ce n’a été qu’avec une peine infinie et des tâtonnements de toute sorte que les pèlerins chrétiens, les savants ont pu réussir à refaire la géographie et à retrouver la topographie des villages de la Palestine aux différentes époques: nous devons à leurs recherches laborieuses la restauration d’un passé évanoui. I.a piété a interrogé les traditions, recherché les monuments, et là où ces monuments étaient tombés, on a décrit leurs ruines vénérables. Saint Jérôme, sainte Paule , au tv p siècle, ont parcouru et habité la Judée. Au ytt* siècle, Adarananus, abbé du monastère de. Sainte-Colombe, écrivit, sous la dictée de l’évêque français Arculfc, une description de la Palestine Ce dernier, à son retour des lieux saints, poussé par une tempête sur les côtes occidentales de la Grande-Bretagne, et recueilli dans l’une des îles Hébrides, raconta son pèlerinage avec les détails précieux qui nous
. i.es évangii.es.
ont été conservés. Le vénérable Bède, aidé par ce document, composa plus tard son Epitome de lucix sanctis. Guillaume de Tyr, Jacques de Vitry, et Sanulus nous décrivent chacun des lieux visités. En racontant les gestes des Francs, Gesta Dei per Francos, ils décrivent l’état où les Croisés ont trouvé la Palestine. Quaresmius, franciscain deLodi.Reland, Doubdan, Troïlo, Thevenot, le frère Roger, au xvn* siècle, Arvieux, Maundrell, Pocoke, Volney, au xviii% nous ont fourni de précieux documents. Enfin Seetzcn , Chateaubriand, Burckhard, Scholz, Richter, Robinson, Schmidt, de Saulcy, Mi-' r Mislin, M. de Vogué, M. Guérin nous renseignent parfaitement sur la Palestine ancienne et sur la Palestine moderne. Rien n’est devenu plus facile que de contrôler les Evangiles dans presque tous leurs détails. Eh bien ! Messieurs, quel a été le résultat de tant de fatigues et de tant de recherches? La confirmation de l'exactitude de nos Evangiles. — Permettez-moi de citer des témoignages.
Voici ce que dit Leh, protestant, mais voyageur consciencieux, éclairé par ses propres recherches et par celles des autres : « Ne parlons pas des livres saints au point de vue des sentiments religieux, mais au point de vue géographique : à cet égard, ces documents sacrés sont sans comparaison, le guide le plus instructif et le plus intéressant, celui que lie voyageur en Orient peut consulter avec le plus de confiance l . »
Clarke raconte qu’il s’est servi de la Bible pour se guider en Palestine, et il ajoute : « L’évidence de la vérité géo-
' Leh. p. 123.
ONZIÈME I.EÇON.
graphique des livres sacrés, comparés aux monuments, surpasse toute attente. » Enfin M. Léon delà Borde a écrit ces mots : « La Bible est si concise, mais en même temps d’une précision si vraie, que c’est avec une attention fixée sur chaque mot qu'on peut seulement en retrouver tout le mérite »
Je voudrais, Messieurs, vous faire toucher du doigt cette exactitude, et mon désir est, en rappelant les divers endroits • ou s est accomplie la vie de Jesus-Christ, de comparer les relations des voyageurs aux récits du Nouveau Testament. En nous convainquant de l’exactitude des textes géographiques, nous nous préparerons à comprendre l’Évangile dans son ensemble.
Commençons par le lieu de la naissance de Jésus, c’està-dire par Bethléem.
Voici ce que nous en dit le Nouveau Testament :
Ascendit autcm Joseph in Judcenn , in civitatem David , quœ vocatur Bethleem , Belhleem Jvdœ , Bethleem Eplirata 1 2 .
— Ainsi d’après saint Matthieu, Bethléem est une ville de Judée. Il insiste sur ce fait : a Bethleem Judæ, » comme pour distinguer la ville où est né David, d’autres villes qui portaient le même nom. C’est une petite ville, car la sainte Lamille ne trouva pas ou s y loger : « Non erat eis locus in diversorio. » Il n’y avait qu’une seule hôtellerie à Bethléem : « in diversorio, » ev Vol xccTaXutjiaTi.
— Autour de Bethléem étaient des pâturages où des bergers faisaient paître leurs troupeaux.
1 Voy. les pages t, 2, 21.
* Matth. ch. î.
— C’est dans une étable de cette ville que Jésus-Christ est né.
— Enfin Jérusalem ne doit pas être éloignée de Bethléem, puisque les parents de Jésus purent l’y conduire sans inconvénient, quand il n’avait encore que trente jours.
— Une ville jadis appelée Rama doit être dans le voisinage, puisque, racontant le massacre des Innocents, saint Matthieu a pu dire en rappelant une prophétie : Vox audita est in Rama : Racket plorans filins suos, et noluit comol ari, quia non sunt.
Voilà bien des circonstances qui peuvent donner prise à la critique. L’fivangile ne connaît point les réticences; et son témoignage n’évite point le contrôle.
Toutes ces données sont-elles exactes?
I.es géographes sont unanimes pour nous dire d’abord ((lie Bethléem existe encore ; que cette ville est à sept kilomètres au sud de Jérusalem ; qu’il faut à peine une heure et demie pour aller de l’une à l’autre '. Chateaubriand partit à cinq heures du soir de Jérusalem, au mois d’octobre, et il arriva à Bethléem quand le jour tombait. On passe, chemin faisant, auprès d'un petit village ruiné, regardé par quelques voyageurs comme étant l’ancienne Rama’.
La vilie de Bethléem est petite : elle ne compte aujourd’hui que cinq cents mauvaises maisons bâties en partie
1 V. Quaresmius, t. II, p. 618.
* Le mol Itama signifie un lieu élevé. Origène cl saint Jérôme pensent que dans le texte Vox in raina audita est, Rama n'est pas un nom de localité, mais qu’il veut dire hauteur. V. Richard Simon, Histoire critique du nouveau Testament, 1. 1, p. 399.
dans le roc, el près de cinq mille habitants, les trois quarts chrétiens, grecs ou latins 1 . Les Latins sont au nombre de deux mille. Elle rappelle la ville d’autrefois ; car Michée l’a appelée de son temps : petite entre mille villes de Juda.
Autour de Bethléem étaient autrefois des pâturages, car David y faisait paître les troupeaux de son père. Le territoire s’appelait Ephrata, fertile.
Il ne serait pas étonnant que l’on ne trouvât plus ces pâturages. La Palestine d’aujourd’hui ressemble si peu à la Palestine ancienne! Voici comment Cdialeaubriand nous peint ce changement : « Dans cette contrée, devenue la proie du fer et de la flamme, les champs incultes ont perdu leur fécondité ; les sources ont été ensevelies sous des éboulements ; la terre des montagnes, n’étant plus soutenue par l’industrie du vigneron, a été entraînée au fond des vallées, et les collines, jadis couvertes de bois de sycomores et d'oliviers, n’offrent plus que des sommets arides. »
Mais nous ne sommes point ici entièrement abandonnés aux conjectures. Les alentours de Jérusalem sont, il est vrai, assez pierreux. Le sol cependant n’en a pas été ravagé tout entier par les Turcs, et celui qui a échappé h la dévastation est encore très-fertile. Voici, du reste, les paroles du missionnaire Fisk 2 :
« Nous trouvions souvent le rocher presque nu; et cepen-
1 Description géographique, historique el archéologique de la Palestine, par V. fi vérin, chez Challamcl, 1. 1, p. 120-206.
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dant, nous nous rappelions David qui autrefois lit paître sur ce sol aujourd’hui ravagé les agneaux de son père, en s’exerçant à chanter les louanges de Jéhovah; nous pensions à Samuel venant à Bethléem pour sacrer roi le jeune berger, quand tout à coup se montre à nos regards une vallée couverte de verdure dont la beauté était encore rehaussée par les rochers qui l’entouraient. Nous hous engageâmes dans cette vallée, et il nous semblait voir les troupes des anges qui inclinèrent un jour leur vol sur ces vallées où veillaient les bergers. Nous croyions entendre dire ces paroles : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonce voluntatis ! »
Les évangélistes ont eu soin d’ajouter au nom de Bethléem celui de Bethléem de Judée. Cette petite circonstance révèle l'écrivain juif et surtout le galiléen, qui ne voulait pas qu’on confondît la ville qu’il nomme dans son récit avec une autre qui portait le même nom et qui était dans la tribu de Zabulon. Cette dernière se trouvait dans le voisinage de Nazareth, et elle était bien connue de saint Matthieu. C’est maintenant un pauvre petit village.
Les évangélistes racontent que le Rédempteur est né à Bethléem de Judée, dans une étable. Pouvons-nous, à l’exemple de ce que font les géographes, lorsqu'ils rappellent le lieu qui a vu naître un homme célèbre, confirmer notre témoignage en disant : l'étable dans laquelle Jésus- Christ est né existe encore aujourd'hui, et on la montre au voyageur? Ce n’est point ici, Messieurs, une question de foi que nous avons à examiner. L’Église élève des autels
ONZIÈME I.EÇON.
dans tous les lieux que de pieuses traditions désignent soit comme le théâtre de la vie et des œuvres des saints, soit comme témoins de leurs miracles. Ce culte local ne tranche donc point définitivement la question de fait. Si l’on peut vénérer un saint partout, pourquoi ne le pourrait-on pas dans les lieux spécialement désignés par les croyances populaires? Le culte est bon en lui-même, et les croyances populaires relativement aux lieux et aux faits n’ont pas une autorité absolue. L’Église ne décide rien sur ces matières, et n’engage point notre foi. Chacun reste libre dans ses appréciations personnelles. Néanmoins, Messieurs, il faut être raisonnable en toute chose, et se prémunir contre ces préjugés protestants qui rejettent systématiquement tout ce qui n’est consacré que par la piété du peuple et par des traditions que la science est impuissante à contrôler.
La grotte que l’on montre à Bethléem comme le lieu de la naissance de Jésus-Christ est-elle vraiment l’étable des Évangiles? Voici d’abord la description des lieux telle que nous l’a tracée Chateaubriand :
« Deux escaliers tournants, composés chacun de quinze degrés, s’ouvrent aux deux côtés du chœur de l’église extérieure et descendent <i l’église souterraine placée sous ce chœur. Celle-ci est le lieu à jamais révéré de la Nativité du Sauveur. Cette grotte est irrégulière, parce qu'elle occupe l’emplacement irrégulier de l’étable et de la crèche. Elle a trente-sept pieds et demi de long, onze pieds trois pouces de large et neuf pieds de haut. Elle est taillée dans le roc. Tout au fond de la grotte, du côté de l’Orient, est la
place où la Vierge enfanta le Rédempteur des hommes. Celle place est marquée par un marbre blanc incrusté de jaspe et entouré d'un cercle d’argent. On lit ces mots à l’entour : Hic de Virgine Maria Jésus Christus natus est.
" line table de marbre qui sert d'autel est appuyée contre le rocher et s’élève au-dessus de l’endroit où le Messie vint à la lumière.
« A sept pas de là vers le midi, vous trouvez la crèche. On y descend par deux degrés, car elle n’est pas de niveau avec le reste de la grotte. C'est une voûte peu élevée enfoncée dans le rocher. Un bloc de marbre blanc, exhaussé d’un pied au-dessus du sol et creusé en forme de berceau, indique l’endroit même où le Souverain du ciel fut couché sur la paille.
» A deux pas, vis-à-vis la crèche, est un autel qui occupe la place où Marie était assise lorsqu’elle présenta l’enfant des douleurs aux adorations des mages. »
L’église dont parle Chateaubriand est appelée : Ecclesia Maria de prœscpio. Selon tous les archéologues, c’est la plus ancienne de toutes les églises de la Palestine. C’est une grande basilique romaine du iv c siècle. M. de Vogué, qui l'a étudiée deux fois, à dix ans de distance, l’affirme de la manière la plus positive. Selon lui, le caractère architectural du plan, le style des colonnes et de leurs chapiteaux confirme entièrement la tradition qui attribue à sainte Hélène la construction du monument.
Mais la vénération pour le lieu où naquit le Messie
remonte à une date bien plus ancienne, car nous savons de la manière la plus certaine qu’au commencement du il* siècle l’empereur Adrien le profana et en interrompit le culte.
Voici un texte très-clair de saint Jérôme dans une lettre à Paulin. Le saint traducteur de la Bible s’était retiré à Bethléem avec sainte Paule et sainte Euslochie, et il est par conséquent un témoin digne de foi. « Bethleem nunc nostrum et augustissimum orbis locum de quo Psalmistacanit; Veritas de terra orta est. Lucus inumbrabat T humus , id est Adonis, et in specu ubi quondam Christus vagiit, Veneris amasius plangebatur ! »
Ainsi saint Jérôme nous apprend qu'au commencement du IP siècle le culte de la grotte de Bethléem fut interrompu par une profanation sacrilège. S’il fut interrompu alors, il existait donc auparavant, et remonte par conséquent au i" siècle. Dès les temps apostoliques, le berceau de Jésus-Christ fut placé dans une grotte bien connue, et tout ne porte-t-il pas à croire que c’est celle que l'on montre encore aujourd’hui au voyageur? Pourquoi ne serait-ce pas le sanctuaire séculaire, objet de la vénération de tous les chrétiens?
Le souvenir du massacre des Innocents devait contribuer certainement à garder vivant celui delà naissance de Jésus- Christ et des circonstances qui s'y rattachent.
Nous avons pour continuation de cette vérité un texte de Justin. Vous savez qu’il était né à Sichem en Palestine. Selon lui, Jésus-Christ est venu au inonde, non dans une étable quelconque, mais dans une grotte, <rcnîXaïov. Origène
donne le même nom au lieu qui vit naitre le Sauveur.
Il est vrai, Messieurs, que l’Évangile ne parle point d’une grotte, mais seulement d’une étable. Pourquoi ne se sert-il pas de l’expression employée par Justin et par Origène? Pourquoi, Messieurs? C’est que saint Matthieu écrivait pour les Juifs de la Palestine, et que tous les Juifs savaient ce que savent encore les voyageurs qui ont visité Bethléem, que dans cette ville, bâtie sur un monticule, un certain nombre de maisons sont creusées dans le roc. L’expression grotte était de nature à frapper les Grecs de l’Asie Mineure et les Romains, mais elle eut été inutile pour les Juifs de la Palestine : ils savaient que quelques Bethléémites étaient logés dans des grottes. Saint Matthieu parle de la circonstance de l’étable, parce que c’était la seule chose qui pût impressionner ses compatriotes. Aujourd’hui encore plusieurs grottes servent d’étables.
La grotte que l’on montre à Bethléem répond-elle, par ses dimensions, aux faits qui sont racontés ?
Chateaubriand constate qu’elle a 37 pieds 1/2 de long, 11 pieds trois pouces de large, et 9 pieds de haut. C'est donc une vaste pièce où il restait encore à côté de l’âne et du bœuf un grand espace inoccupé ; et, dès lors, on comprend comment l’idée vint à un aubergiste encombré, ou k un Bethléémite pauvre et moins dur que ses compatriotes, d’offrir k Joseph et Marie, qui paraissaient de pauvres gens, une place dans cette vaste cl trop humble pièce.
Dans la prochaine leçon, nous prendrons la Galilée pour champ d’une nouvelle étude.
LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE ET LE NOUVEAU TESTAMENT. La Galilée. — Nazareth. — Le puits tlo Jacob. — Le Thabor. — Naïm.
Messieurs,
La Galilée b’ban, cercle, circonscription, est cette partie de la- Palestine occupée jadis par les tribus d’Azcr, de Nephlali, de Zabulon et une partie d’Issachar. C’est la région septentrionale de la Palestine, située à l’ouest du Jourdain ; ses limites au nord étaient le Liban, la Syrie, Tyr et Sidon; à l’est le Jourdain, le lac de Génézareth, le lac Mérotn ; au sud la Samarie, à l’ouest la Méditerranée.
On distinguait la Galilée supérieure de la Galilée inférieure, l’une occupant la partie nord, l’autre la partie sud du pays. La Galilée supérieure est habitée en grande partie par des païens phéniciens, syriens, arabes et grecs, et pour cela on l’appelait Galilée (les Nations. La Galilée inférieure, qui renfermait les montagnes de Séphoris, le Thabor, le petit Hermon, la montagne de Gelboé, n’était guère habitée que par les Juifs; mais elle était très-peuplée.
Voici quelques traits empruntés à l’historien Josèphe : « Il y a deux Galilées ; l’une est appelée basse et l'autre haute... La longueur de la basse s’étend depuis Tibériade jusqu’à Zabulon ; et Ptolémaïs est près de là dans la région dite maritime. Bien que toutes les deux soient environnées
d'étrangers, elles ont toujours opposé une résistance énergique aux invasions. Les Galiléens sont belliqueux des leur enfance et très-nombreux. Les hommes n’ont jamais connu ni la peur ni la pauvreté. Un sol fertile, des troupeaux nombreux , des champs couverts d'une végétation trèsvariée attirent dans le pays beaucoup de gens, même ceux qui n’ont pas grand goût pour la culture de la terre. Il n’y a pas dans la Galilée une seule vallée qui ne soit cultivée. »
En effet, la Galilée l’emporte par la beauté et la fertilité sur la Samarie et la Judée; ses montagnes et ses collines, couvertes de verdure au printemps, attirent et charment les yeux du voyageur. Au milieu de la Galilée inférieure s’élève le petit Hermon qui, de ses lianes, laisse couler des eaux qui vont fertiliser le pays. On l’aperçoit de toutes les collines, et le regard, en s’abaissant, se repose sur les eaux tranquilles et les rives fertiles du lac de Génézareth et de Mérom. Deux plaines remarquables enrichissent le pays, la plaine de Jesraël et celle de Gcnnésar.
Les Galiléens étaient généralement mal vus des autres Juifs, et principalement de ceux de Jérusalem. Le voisinage des païens les faisait passer pour peu religieux. D’autre part les Galiléens avaient un langage qui sentait la province; leur prononciation était dure et désagréable, tandis que, selon Buxtorf, on parlait à Jérusalem l’hébreu ara- , méen le plus doux et le plus pur. Les sons gutturaux étaient si profonds et si peu distincts que l'a sonnait comme l’o. Les Galiléens étaient les Doriens de la Palestine.
C’est dans le beau pays de Galilée qu’a particulièrement
t»OI ZIËMK l.EÇON.
vécu Jésus- Christ ; c'est sur les gracieuses et aimables rives du lac de Génézaretli qu’il a passé la plus grande partie des deux années et demie de sa carrière publique. C’est là qu’il a préparé et commencé l’œuvre de la Rédemption qu’il devait achever à Jérusalem.
Les disciples Pierre, André , Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy, Simon et les autres, étaient de Galilée.
Les noms de Nazareth, de Cana, de Capharnaüm, de Naïm, de Thabor, tant de fois répétés à nos oreilles, sonl gravés dans notre cœur et dans notre mémoire.
Malheureusement la Galilée n’est plus rien de ce qu’elle était au temps de Jésus-Christ : les ruines s’y sont amoncelées ; et il est difficile de reconnaître les lieux mentionnés dans le Nouveau Testament. L'archéologie, peut-être en retard, n’a fait que commencer la tâche qui lui est imposée à l’égard de ce pays. Néanmoins, déjà la Galilée a été assez étudiée pour que nous puissions constater en beaucoup de points, et de manière à atteindre notre but, la correspondance exacte des récits évangéliques avec la topographie du pays.
Voyons d’abord si nous trouverons dans l’Évangile quelques textes se rapportant à la description générale que nous venons de donner de cette contrée si riche en souvenirs.
'Nous avons dit : 1" que, d’après Josèphe, on distinguait de son temps la Galilée supérieure et la Galilée inferieure, cl que la première était appelée la Galilée des Nations, Galilée Maritime ; qu’elle était habitée en partie par des
Gentils. Je trouve dans saint Matthieu les paroles suivantes :
« Relicta civitate Nazareth, venit et liabitavit in Capharnaüm, in finibus Zabulon et Nephtalim, ut adimpleretur quod dietum est per Isaïam prophetam : terra Zabulon et terra Nephtalim, via Maris tram Jordanem , Galilæœ gentium, populuni qui sedebat in tenebris lumen vidit magnum, et sedentibus in regione et umbra morlis, lux ortaesteis
Nous trouvons dans ce texte des Évangiles non-seulement la division de la Palestine en Galilée proprement dite et Galilée des Gentils, non-seulement la position limitrophe de Zabulon et de Nephtali, mais encore la position exacte de Capliarnaüm : in /imbus Zabulon et Nephtali. Ce texte, avec d’autres considérations topographiques, a aidé quelques archéologues à retrouver Carpharnaüm. Tout le monde s’accorde à accepter le texte en question comme un renseignement précieux.
A l’ouest de la Galilée se trouvait le pays de Tyr, au sud était la Samarie, à l’est le Jourdain et le lac de Génézareth. Ces limites sont exactement rappelées dans les Évangiles.
Voici pour les limites du nord-ouest ;
« Et egressus indc a Galilæa Jésus secessit in partes Tyri et Sidonis; et ecce mulicr Chananæa a finibus illis egressa... a . »
Quand Jésus va à Jérusalem par la rive droite du Jourdain, l’Evangile lui fait traverser la Samarie : voilà la limite sud. Enfin le lac de Génézareth se trouve devant Jésus-
1 Matth., iv, 13 .
* Matth., xv, 21. t
DOUZIÈME I.EÇOS.
Christ quand il se rend en Pérée, et tout le monde sait combien de fois les évangélistes nous parlent des voyages en barques sur ce lac, dont les eaux, soulevées par le vent, offrent parfois l’image de véritables tempêtes; voilà la limite est.
Deux plaines embellissaient la Galilée; la principale est celle de Jesraël, souvent indiquée dans le. Nouveau Testament. Car à l'entrée s'élevaient deux villes bien connues, Nazareth et Naïm ; quant à la petite plaine de Génézareth, qui a tout récemmentété l’objet de l'attention des voyageurs et des érudits, ne la voyons-nous pas mentionnée dans saint Matthieu avec une exactitude surprenante. Lorsque venant delà Pérée on traverse le lac de Génézareth et qu’on aborde un peu au nord de Migdal (Magdàlena),onsetrouveau milieu d’une plaine charmante qui forme comme un demi-cercle antour du lac.
o Et cum transfrelassent, venerunt in terrant Gennesar. » (Matth.. xtv, 34.) Remarquez terrain. Quand le Nouveau Testament veut peindre un pays montagneux, il dit montana, opeivr) ( per montana Judœœ); quand il s’agit d’une plaine, terra.
C’est à l’entrée de cette plaine que plusieurs savants, entre autres M. de Saulcy, placent les ruines de Capharnaiim; et comme cette petite ville était peut-être le centre des missions de Jésus-Christ, permettez-moi de m’y arrêter un instant.
Voici ce que dit Robinson de cette magnifique plaine de Génézareth : « Nous visitâmes la petite éminence où se
l.F.S ÉVANGILES.
trouvent les restes d'uu village appelé Abushusheb, pour voir si nous y trouverions quelques débris de Capharnaiim. Nous n'y avons découvert riçn d'antique, point de pierres taillées, point de maçonnerie, seulement les ruines de maisons bâties en pierres volcaniques grossières. Les Arabes de la plaine usent de ces ruines pour en faire des magasins. Un tumulus au sommet blanc marque ce lieu.
« De ce point, on aperçoit la plaine admirable qui longe le lac. Elle est extraordinairement fertile et très-bien arrosée. Le sol, au moins du côté du sud, est une terre noire qui, dans le voisinage de Meddgel, ressemble ;Yunc terre maraîchère. On ne peut rien trouver de plus fertile. La végétation y est abondante et variée. Les terrains humides produisent du riz... En vérité, sous le rapport de la beauté, de la fertilité et du climat, ce lieu répond assez bien à la description enthousiaste et un peu exagérée de Josèphe, qui l’appelle un paradis. »
De la peinture générale du pays passons aux mœurs des habitants.
Je vous ai dit, Messieurs, que les Galiléens étaient peu considérés par les Juifs. Cette circonstance est justifiée par l’Évangile. Nathanaël dit à Philippe qui lui annonce Jésus comme étant le Messie : « De Nazareth, de Galilée, peut-il venir quelque chose de bon ? Galilécn et Nazaréen étaient des termes de mépris comme nous l’apprend urt apologiste’: « Sed et nos apud veteres quasi opprobrio Nazarei dicebamur, quos nunc Christianos vocant. » La prononciation provinciale du galiléen est formellement indiquée dans
U0l7.lP.MF. LE^lN.
l’Évangile. On se rappelle en effet que Pierre avait suivi Jésus jusque dans la cour du grand prêtre Anne et que, ne voulant pas être reconnu, son langage néanmoins le trahit. « Vraiment, lui dirent ceux avec qui il avait engagé conversation, vraiment vous êtes un de ceux qui suivaient Jésus ; votre langage le dit assez : loquela te manifestum facit. »
C’est ainsi que le Nouveau Testament reproduit en quelques traits la physionomie générale de la Galilée. Parcourons maintenant le pays, éludions les lieux qui rappellent le plus de souvenirs, et voyons si dans toutes les descriptions particulières l’Évangile est aussi fidèle que dans la peinture générale. Arrêtons-nous d’abord au lac de Génézareth.
Ce lac est le cratère d’un volcan couvert d'une belle nappe d’eau tout éclatante de lumière. 11 est entouré de montagnes hautes e’t resplendissantes. Sa longueur est de cinq lieues, sa plus grande largeur de . deux. On ne peut regarder les eaux et les rivages du lac sans sentir se réveiller dans l’esprit de nombreux souvenirs. Ce sont ces Ilots soulevés par la tempête que Jésus Christ avait apaisés, c’est sur ces vagues qu’il avait marché. C’est dans ces eaux que sur l'invitation de son maître, Pierre avait jeté ses filets et fait la pêche miraculeuse. C’est sur ce rivage que Jésus avait interrogé son disciple et lui avait donné, en échange de son amour, la mission de paître les agneaux et les brebis de son Église. Quinze villes assises autrefois sur ses bords lui faisaient une couronne vivante. Elles sont tombées