I.ES KYANCII.ES
aujourd'hui, et les débris de Magdal, de Tibériade, de Génézareth, de Capharnaüm, de Belhsaïde, n’environnent plus ce lac que de mélancoliques souvenirs. Là où tout était riant, tout est triste; là où tout était vie, tout est silence. Cent juifs, cinq cents musulmans et cent cinquante grecs catholiques, vivent au milieu des ruines de ces villes tombées *.
Nazareth (el Nazir), Medinat Abat, fut jadis, comme l'indique son nom, la ville des fleurs, la fleur de Galilée. Il ne reste de ses splendeurs mondaines évanouies qu’une vue ravissante : de la montagne qui la domine on aperçoit l’Hermon, le Gelboé et le Thabor. De ces hauteurs descend une vallée qui conduit aux plaines d’Israël. — Vous savez que c’est à Nazareth, de Galilée, que les parents de Jésus cherchèrent un asile contre les desseins malveillants d’Archélaüs.
On retrouve sa topographie dans le Nouveau Testament, à la fin d’un récit connu de tous. Jésus-Christ était allé visiter Jean sur les rives du Jourdain, près de Jéricho, à Béthabara, appelée aussi Béthanie. Après son baptême, il revint en Galilée, dans la ville qui l’avait nourri : Et venit Nazareth ubi erat nutritus. Selon sa coutume, il entra dans la synagogue le jour du sabbat. Là, il se leva et demanda à lire et à expliquer la Bible. On lui donna les prophéties d’Isaïe. Il en déroule le manuscrit et tombe sur ce passage : « Spiritus Domini super me, propter quod unxit me, evan-
‘ Voir le voyage de MgrMisselin.
gelizare pauperibus misit me, prædieare captivis reroissiQnem et cæsis visum, etc... » Il replie le manuscrit, le rend au serviteur qui le lui avait apporté, et tous les yeux se fixent sur lui. C'est aujourd’hui, dit-il, que se sont accomplies les paroles que vous venez d’entendre... » Mais bientôt tous de s’écrier : N’est-cc pas le fils de Joseph ? et leur colère s’allumant : « Surrexerunl, et ejecerunt eum extra civitatem, et duxerunt ilium ad supercilium montis, supra quem civitas illorum erat ædificata, ut præcipitarent eum. Ipse autem, transiens per medium illorum, ibat. » Ainsi, Nazareth était bâtie sur le flanc d’une montagne; on sortait de la ville pour en gagner le sommet ; en précipitant un homme de ces hauteurs, on pouvait lui donner la mort.
Cette topographie est-elle exacte?
Voici le témoignage de Robinson :
« La ville de Nazareth, appelée en arabe En-Nazirah, est placée au côté occidental d’un bassin oblong qui s’étend du sud-ouest au nord-ouest. Les maisons sont bâties sur la partie inférieure de la colline occidentale qui les domine et qui est terminée par un sanctuaire appelé Nebi-Ismaïl.
« Du côté du nord, les collines sont moins élevées; à l’est et au sud, elles sont encore plus basses; à l’occident elles sont très-hautes. La ville est bâtie au pied de la colline ; il faut donc en sortir pour gagner le haut de la montagne.
« La colline est escarpée. La vallée de Nazareth, selon Schubert, est plus haute de huit cent vingt et un pieds que le niveau de la mer. Ce voyageur estime que les collines
i.es évangiles.
qui entourent Nazareth s'élèvent de quiuze à seize cents pieds au-dessus du niveau de la mer, et de huit cents pieds au-dessus du niveau de la ville. » Robinson, il est vrai, juge ce chiffre trop élevé : « Le plateau de la colline, dit-il, n’est guère que de quatre k cinq cents pieds au-dessus de la vallée. « Mais apparemment, il suffit qu’un homme soit précipité d’une hauteur de quatre h cinq cents pieds pour qu’il coure le danger de se briser la tête.
Robinson explique k sa manière comment Jésus se déroba à la colère de ses eunemis : Jésus, dit-il, se fraya sans crainte un chemin k travers la foule, et s’échappa probablement k travers les rues étroites et tortueuses de la ville. » 11 voit lk un fait tout naturel, mais les commentateurs orthodoxes attribuent le salut de Jésus-Christ k un miracle.
A une demi-lieue de Nazareth, on montre aujourd’hui une montagne appelée Saltus Domini. La tradition franciscaine assure que cette montagne est précisément celle d’où l’on voulait précipiter Jésus. Il est difficile de croire cependant que les habitants de Nazareth aient conduit Jésus à une lieue de distance pour le faire mourir, quand ils n’avaient, pour donner satisfaction k leur colère, qu’k le précipiter du haut de la colline 1 . Une chose a pu donner naissance k la tradition : c’est l’aspect effrayant que présentent les pointes abruptes du Saltus Domini.
Mais une question plus importante se présente k l’esprit relativement à Nazareth. Le lieu qu’habitèrent Marie et Joseph est-il conservé ?
1 V. Robinson, t. II, p. 330.
UOl'ZtÊMK. I.KCOS.
La grotte où Jésus-Christ est né a été, cela est incontestable, l’objet de la vénération des chrétiens dés les temps apostoliques. Pour ne rappeler qu’une des preuves que nous en avons déjîi données, Adrien, dans les premières années du n* siècle, interrompit le culte de ce lieu, et souilla ce sanctuaire vénéré en y plaçant la statue d’Adonis. Le culte de la maison de Na/.areth remonte-t-il aussi haut que celui de la grotte de Bethléem ? Sainte Paule, au tv' siècle, vint en pèlerinage à Nazareth. « Prœcucurril Nazareth , nutriculam Domini '. » Il est donc certain qu’au temps de saint Jérôme il y avait déjà une église au lieu traditionnel de l’Annonciation : « Nazareth habet ecclesiam, in loco quo angélus ad beatam Mariant evangelizaturus intravit » — D’après la tradition, la mère de Constantin, sainte Hélène, aurait bâti cette église. Mais comme la tradition, dans ce pays, attribue à cette princesse tous les monuments pieux, son témoignage ne serait pas décisif. Heureusement que ce témoignage est confirmé par la physionomie des lieux. La grotte de l’Annonciation forme une abside qui est tapissée d’un mur; le mur porte tous les caractères de l’architecture primitive chrétienne, et l’on peut assurer qu’il a été construit dans le tv* siècle. On trouve encore dans la grotte des débris de chapiteaux et de colonnes qui remontent à la même époque. Permettez -moi d’invoquer ici l’autorité d’un homme qui, par ses consciencieuses recherches, l’exactitude de ses dessins et la sagesse de ses appréciations, a mérité les éloges de l’Académie des inscriptions et belles -lettres,
1 S. Jérome. I.ellrc i.xxxvi à Eustochic.
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de M. Melchior de Vogué : « L’église principale de Nazareth est celle de Y Annonciation élevée sur l’emplacement traditionnel de la maison de la Sainte Vierge. Comme beaucoup d’habitations modernes de Nazareth et de Palestine, cette maison était adossée au rocher, et une petite grotte naturelle servait de lieu de retraite. La maison a disparu, la grotte est restée. Après la paix de l’Église, on la transforma en chapelle : on façonna le fond de l’excavation pour en faire une abside, et on le tapissa d’une voûte en cul-defour en petit appareil romain ; le caractère antique de ces constructions ne saurait se méconnaître, il reporte invinciblement jusqu'au iv* siècle la tradition qui place en ce lieu Y Annonciation de Marie. » •
Adamnanus, au vu* siècle, nous parle de cette église^ Voici ses paroles : « Ecclesia in eo fabricata habetur loco ubi fuerat domus constructa in qua Gabriel archangelus ad beatam Mariant ingressus est. » Geoffroy de Beaulieu nous raconte le pèlerinage de saint Louis à Nazareth et à l’église dont nous avons parlé : « La veille de l’Annonciation, le roi, revêtu d’un cilice, se dirigea vers Nazareth. Lorsqu’il aperçut de loin les saints Lieux, il descendit de cheval, et après avoir fléchi le genou, il s’avança à pied vers la cité sacrée. 11 jeûna ce jour-là au pain et à l’eau, quoiqu’il eût fait une marche fatigante.- Ceux qui étaient avec lui peuvent dire avec quelle solennité les vêpres, les- matines, la messe, furent chantées. Depuis que le Fils de Dieu s’était incarné, jamais Nazareth n’avait vu une telle dévotion. » Ainsi, Messieurs, l’aspect des lieux, la tradition, les
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récits des voyageurs touchant Nazareth, tout concorde avec le récit des Évangiles.
Je vous parlerai encore de quelques villes de Galilée célèbres dans les Évangiles. Nous n’avons fait encore que nommer celles qui entouraient le lac de Génézareth.
Tibériade a été ensevelie une première fois en 1579, une seconde fois en 1837. Les environs de cette ville rappellent la multiplication des pains. Le lieu où l'on croit que s’accomplit le miracle est ù cinq quarts de lieue de Tibériade ; .et on l’appelle aujourd'hui table du Seigneur.
Dans la partie la plus élevée, où la tradition suppose que se tenait Jésus-Christ, se dressent de grands blocs de basalte que les habitants du pays appellent aujourd’hui les cinq pains. Un peu plus bas, se déroule une plaine assez vaste d’où la multitude pouvait entendre facilement les paroles de Jésus-Christ et être témoin de ses actions. Elle est aujourd’hui encore toute couverte de hautes herbes et de tiges d’orge et d’avoine desséchées.
— Magdala était la ville qu'habitait Marie, sœur de Lazare. Jésus s’y rendit après le miracle de la multiplication des pains. Elle n’est point éloignée de Tibériade.
— Gapharnaùm se trouvait dans la plaine de Gennésar, près de la merde Tibériade, sur les confins de la tribu de Zabulon et de Nephtali '. Jésus, échappant à la haine des habitants de Nazareth qui voulaient le précipiter de la montagne, vint habiter quelque temps Capharnaüm. Il y revint
' S. Mallh., îv, 11.
après le miracle de Cana, et il y guérit le serviteur du centenier et la belle-mère de saint Pierre. 11 réprimanda cette ville orgueilleuse et lui annonça ses humiliations futures. « Et toi, Capharnaüm, qui t’élèves jusqu’au ciel, tu seras abaissée jusqu’au fond de l’enfer '. » A la fin du vu' siècle, Arculphe a trouvé cette ville sans murailles. Au xiu*, elle n’était plus, d'après Brocard, qu’un village composé de sept cabanes habitées par des pécheurs. Boniface, dans la dernière moitié du xvt e siècle, n'a plus trouvé, à la place où fut Capharnaüm, que des ruines. C’est encore tout ce qu'il en reste aujourd'hui.
— Bethsaïda fut appelée Julias au temps d’Auguste, du nom de Julia, fille de cet empereur; mais elle perdit ce nom après la disgrâce de la femme à qui elle l’avait emprunté. Vous savez que Julia était l’épouse de Tibère, et que cet empereur la laissa mourir dans le plus grand dénûmenl. Bethsaïda fut toujours appelée une ville de Galilée, bien qu’elle appartint â la Gaulonitide depuis le partage territorial qui fut fait, à la mortd’Hérode-le-Grand, par les Romains. Le peuple ne tint pas compte, dans son langage, de la délimitation nouvelle. Josèphe lui-même appelle Judas le Gaulonile un galiléen. Vous savez la plainte que Jésus-Christ méconnu fil entendre devant Corozaïm et devant Bethsaïda : « Malheur à toi, Corozaïm, malheur à toi, Bethsaïda, car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été opérés ù Tyr et à Sidon, Tyr et Sidon se
i s. Aiattli., x>, 28.
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seraient converties... » — Quittons les bords du lac de Génézareth, où Bethsaïda et les autres villes, ses sœurs d'ingratitude, étaieut assises, et allons nous reposer devant quelques autres cités bénies de la Galilée.
Voici Naïm. Elle est au pied du petit Herroon, au milieu de la belle plaine d’Esdrelon, à deux lieues de Nazareth, à plus d’une lieue au sud du mont Thabor. Josèphe la place sur la route qui conduit du lac de Génézareth à Jérusalem. — Des plantes sauvages couvrent le sol pendant l'été. On remarque des chardons plus hauts que la taille d'un homme, frémissant au souffle du vent du désert. Toute cette végétation désordonnée forme des fourrés épais où de gros serpents, des sangliers, des léopards ont leur asile. Le voyageur n’y trouve pas d'abri. 11 fait suivre à son cheval les sentiers battus, pour ne pas tomber dans les crevasses profondes que les ardeurs du soleil ont ouvertes dans le sol. 11 trouve sans eau le lit des fleuves et celui des torrents. Quelques misérables hameaux de loin en loin, quelques rares puits creusés sur les bords de la route, c’est tout ce qu’il rencontre dans cette solitude '.
Voici Gana. Il y a deux Cana en Galilée. Le lieu où Jésus- Christ fit. son premier miracle est peut-être Kana-el-Djélil, c’est-à-dire Cana en Galilée. C’est justement le nom donné par la traduction arabe du Nouveau Testament. Cette ville était placée au nord de Séphoris. A Cana, selon saint Jean, celui à qui l’Évangile donne le nom de Regulus
1 Voy. le voyage de Mgr Misselin.
vint trouver Jésus. Nathanaël était aussi de Gamt. — Les Grecs montrent à Kenna-Kefr (l’autre Gana) les cruches qui servirent au miracle, mais la tradition qu’ils invoquent est contestable. Cette grande ville de Kenna, située sur la roule de Caphamaüm, est regardée par plusieurs voyageurs, entre autres M. de Saulcy, comme le lieu du miracle de l’eau changée en vin. Quesramius indique en effet l’existence de ces traditions.
Comme je n’aurai peut-être pas, dans la prochaine leçon, l'occasion de vous parler de la Samarie, laissez-moi vous entretenir aujourd’hui du puits de Jacob. G’est là, vous le savez, que Jésus rencontra la' Samaritaine. Saint Jean nousa peint le lieu de cette rencontrent les faits touchants dont cet endroit fut témoin ; ouvrons son Évangile.
« Jésus, dit-il, quitta la Judée, et s’en alla de nouveau en Galilée. Comme il fallait qu’il passât par la Samarie, il vint dans une ville appelée Sichem, auprès du champ que Jacob donna à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué delà route, s’assit sur le puits : c’était la sixième heure. Une femme do Samarie vint puiser de l’eau. Jésus lui dit : donnez-moi à boire. La Samaritaine lui répondit : comment, vous, qui êtes Juif, me demandez-vous à boire, à moi qui suis une femme de Samarie? Les Juifs ne demandent pas de service aux Samaritains. — Jésus répondit :
« Si vous connaissiez le don que Dieu vous offre en ce moment, et celui qui vous dit : donnez-moi à boire, c’est vous qui lui auriez adressé votre prière, et il vous aurait donné de l’eau vive. — La femme lui dit : Mais, Seigneur, vous n’avez
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point de vase, et le puits est profond ; où prendriez-vous cette eau vive? Que si vous parlez d’une fontaine meilleure, je vous dirai : Êtes-vous plus grand que notre père Jacob qui nous a donné le puits et y a puisé pour lui, ses fils et ses troupeaux? — Jésus répondit : Celui qui boit de cotte eau aura encore soif, celui qui boira de l’eau que je donne n’aura plus jamais soif. — Nos pères ont adoré sur cette montagne, dit la Samaritaine, et vous autres Juifs vous dites que c’est à Jérusalem qu’il faut adorer. — Jésus lui répondit : Femme, croyez-moi, l’heure viendra où vous n’adorerez le Père ni sur cette montagne, ni à Jérusalem. Dieu est esprit, et c’esten esprit et en vérité qu’il fautl’adorer'. »
Non loin de Samarie, près de Gurizim, est, en effet, un puits profond. — Nous avons d’abord pour confirmer ce fait le témoignage de Robinson :
« Nous nous enquîmes, dit-il, auprès des Samaritains, du puits de Jacob. Ils nous répondirent qu’ils connaissaient la tradition, et regardaient le puits comme ayant appartenu au patriarche. Il est placé à l’embouchure de la vallée du cété du sud. C'est celui-lâ que les chrétiens appellent le puits de la Samaritaine. C’est près de cette même fontaine que les Samaritains plaçaient le tombeau de Jacob ; mais il est évident que ce n’est qu’un tertre mahométau. Nous nous mîmes en marche vers le puits.
« Notre guide, qui était chrétien, n'ayant pu trouver le ehemin, nous nous adressâmes à un mahométan qui
i S. Jean. iv.
connaissait fort bien, lui aussi, la tradition. Nous mimes trente-cinq minutes de Sichem au puits. Le puits conserve des indices évidents d’antiquité ; mais à ce moment, ses abords étaient secs et abandonnés. On dit qu'il est alimenté par des sources vives et non pas seulement par les pluies. Une large pierre était placée sur son ouverture. Comme il était tard, nous ne cherchâmes point à lever la pierre, ni à examiner l’entrée qui est voûtée. Nous n'avions point de fil pour mesurer sa profondeur ; mais en jetant des pierres, nous vitnes bien qu'il était profond. Près du puits étaient les ruines d'une ancienne église, parmi lesquelles nous remarquâmes trois colonnes de granit. Ce que nous ne pûmes faire, Maundrell l’a fait au xvm € siècle. Il dit que le puits est recouvert par une voûte en pierre. Il descendit au-dessous de cette voûte par une étroite ouverture, et là il trouva la bouche proprement dite du puits, fermée par une large pierre plate ; il ôta la pierre et mesura le puits. Il est creusé en plein roc. Il a trois yards (un yard équivaut à neuf cent quatorze millimètres ) de diamètre, et près de trente-cinq de profondeur. Il était plein d'eau. Vers la fin de mars, il y en trouva quinze pieds. »
En 1843, le docteur Wilson a vérifié ce rapport. C’était en avril, le fond du puits était à peine couvert d'eau.
Selon Boniface, il y avait, en 1585, un autel sous la voûte, et l'on y célébrait la messe une fois l'an.
La tradition relative au puits de Jacob est la même chez les Juifs, chez les Samaritains et chez les chrétiens; elle remonte au moins au temps d’Eusèbe, par conséquent au
commencement (lu iv' siècle. Le pèlerin de Bordeaux ne dit pas qu'il ait, en 333, époque de son pèlerinage, trouvé une église en ce lieu ; mais saint Jérôme, dans une lettre écrite vers l’an 404, et où il parle de sainte Paule, nous raconte que cette noble Romaine fit sa visite à l’église élevée près du mont Garizim, au bord du puits de Jacob, à l’endroit où le Christ trouva la Samaritaine. L'église a donc pu être bâtie pendant le iv' siècle ou même auparavant. Elle a été visitée par Ântonin le martyr au vi* siècle, par Arculphe un siècle plus tard, et par Willibald au vin* siècle.
Les témoignages écrits qui prouvent l’identité du puits de Jacob avec celui de la Samaritaine, ne remontent pas plus haut qu’Euscbe, mais bien des circonstances viennent confirmer une tradition plus ancienne. Jésus voyageait de Jéi usaient en Galilée, et il s’arrêta au puits, pendant que ses disciples allèrent acheter des provisions à la ville. Le puits était donc, suivant toute apparence, en avant et à une petite distanee de la ville ; or, c’est précisément là que Robinsou l’a trouvé : « En passant le long de la plaine orientale, Jésus s’arrêta au puits et envoya ses disciples à la ville située dans la vallée voisine, attendant leur retour pour continuer sa route le long de la plaine, par le chemin de la Galilée, sans visiter lui-même la ville. Toutes ces circonstances correspondent exactement aux lieux. Cette tradition n’a pu être oubliée dans l’espace de deux siècles et demi qui séparent saint Jean d’Eusèbc. »
On adit : « comment la Samaritaine faisait-elle une demilieue pour venir puiser de l’eau, lorsqu'elle pouvait en
puiser ii Samarie même? » Robinson répond : a it est probable que l’ancienne ville de Sichem était plus près du puits ; de plus, cette femme pouvait habiter ou travailler hors de la ville, près du puits. Elle retourne k la ville pour raconter la rencontre qu'elle vient de faire. » — Robinson ajoute : « Il se peut que l’eau de la source vénérée de Jacob ait été préférée, pour quelque raison que nous ignorons. Ce qu’il y a de certain, c’est que ce n’était pas le puits public de la ville, puisqu’il n’y avait pas facilité pour puiser de l’eau. »
Pourquoi a-t-on creusé un puits dans le roc, puisqu’autour de Sichem l’eau est si abondante qu’on trouve partout des ruisseaux et des sources? Nous répondrons k cela que Jacob avait acheté un champ d’Hamor, père de Sichem, et que pour n’être pas l’obligé de ses voisins il avait fait creuser un puits sur la propriété qu'il venait d’acquérir.
c Je pense donc, dit Robinson, que le puits de Jacob est creusé dans le champ môme du patriarche, champ donné k Joseph, son fds. Là, le Sauveur, fatigué de son voyage, s’assit sur le puits et enseigna k la pauvre Samaritaine ces hautes vérités qui devaient abaisser les barrières élevées entre samaritains, juifs et gentils : « Dieu est esprit, et c’est en esprit et en vérité qu’il doit être adoré. » — C’est 1k aussi que Jésus voyant le peuple qui arrivait 'de la ville pour l’entendre, dit à ses disciples en leur montrant la plaine couverte de blés ondoyants : Encore quatre mois, et cc sera la moisson ! Eh bien ! levez les yeux et voyez
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un autre champ et une autre moisson ! Ces multitudes sont déjà mûres pour la vérité 11 était huit heures du soir quand nous retournâmes à nos tentes. Nous étions fatigués de corps, mais nos âmes avaient été rafraîchies par la lecture du Nouveau Testament que nous avions faite au milieu de ces sites que le Seigneur visita, et où il fit entendre ses nobles enseignements. »
J’ai à vous parler maintenant des montagnes de la Galilée : je le ferai rapidement.
Nous y trouvons d’abord la montagne des Béatitudes.
Elle domine la plaine de Gennésar. On a de ses hauteurs une belle vue sur le Safed, sur l'Hermon et sur le lac de Génésareth. C’est sur cette montagne, suivant la tradition, que Jésus-Christ proclama les sept béatitudes, Saint Luc nous apprend qu’il descendit de la montagne pour aller à Capharnaüm. Cette ville, en effet, n'est qu’à une distance de deux lieues de la montagne, et le chemin qui y conduit a une pente très-raide.
Nous remarquons ensuite le montThabor.
Il est au nord de Naïm, près de Nazareth, entre Kouroun- Hallin et le petit Hermon , à cinq lieues au sud de Tibériade, à six environ de Capharnaüm. Son sommet a une demi-lieue de tour, et l’on y trouve les ruines des fortifications anciennes. Tous les voyageurs ont jeté un cri d’admiration devant la majesté du Thabor, de cette colline , un jour si ravissante, et dontsaint Jérûme a fait cette description
1 S. Jean, ch. iv, du fr. 1 1 au 3S.
topographique : mira votunditate sublimis... et ex otnni parte finitur œquqlitev. Le spectacle que l’on a de ses sommets est un des plus beaux qui puissent être offerts aux regards de l’homme. Au sud se déroule la vaste plaine d’Esdrelon ; à l’orient se dressent les hautes montagnes qui font une ceinture au lac de Tibériade et bordent les rives du Jourdain ; au nord, on aperçoit l'Anti-Liban ; à l’ouest se montre le Carmel, et s’étendent les vastes et radieux horizons de la mer. Saint Cyrille, Eusèbe et saint Jérôme nous assurent que c’est bien sur cette montagne que Jésus-Christ fut transfiguré. Sainte Hélène y fit construire une église.
Je citerai enfin la montagne de la Quarantaine, auprès de Jéricho, à six lieues de Jérusalem. Elle est célèbre par le souvenir de la tentation de Jésus-Christ. « Cette montagne, dit Hasselquist, est un pic très-élancé. Son ascension n’est pas sans danger. Il y a un précipice à ses pieds, où pourrait facilement rouler le voyageur imprudent. Près de son sommet, on trouve les débris d’un monastère bâti, diton, par sainte Hélène. Dans ses flancs, enfin, s’ouvrent des cavernes où des moines avaient autrefois leur asile. »
Terminons, Messieurs. Nous avons étudié la Galilée, ses limites , ses lacs, ses montagnes, ses villes ; nous avons visité presque tous les lieux cités dans le Nouveau Testament ; nous suivions les pas du Sauveur ; nous étions guidés par les voyageurs les plus célèbres et les plus exacts. Avons- nous trouvé quelque part les Évangiles en défaut? Loin de là, ils ont servi partout de précieux commentaires de tout point justifiés par l’aspect des lieux.
bOÜZlÊME I.F.^ON.
Il ne faut donc point en douter, les Évangiles ont été écrits par des Juifs de l’époque même des villes et des monuments dont ils parlent : ils ont vu la Galilée avant sa ruine sous Vespasien , c’est-à-dire avant la chute de Jérusalem.