‹ Les Évangiles et la seconde génération chrétienneChapitre 63 sur 393 · Voir l'Antéchrist, p. 490 et suiv · texte numérisé non relu

Voir l'Antéchrist, p. 490 et suiv

62 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 7î)

être atteignirent les chefs de l'Eglise de Jérusalem réfugiés en Batanée l. Nous verrons ces poursuites reprises avec beaucoup plus de rigueur sous Domitien. L'immense danger que renfermaient pour le christianisme naissant ces préoccupations de généalogies et de descendance royale n'a pas besoin d'être démontré. Une sorte de noblesse du christianisme était en voie de se former. Dans l'ordre politique, la noblesse est presque nécessaire à l'État, la politique ayant trait à des luttes grossières, qui en font une chose plus matérielle qu'idéale. Un État n'est bien fort que quand un certain nombre de familles, par privilège traditionnel, ont pour devoir et pour intérêt de suivre ses affaires, de le représenter, de le défendre. Mais, dans l'ordre de l'idéal, la naissance n'est rien : chacun y vaut en proportion de ce qu'il découvre de vérité, de ce qu'il réalise de bien. Les institutions qui ont un but religieux, littéraire, moral, sont perdues, quand les considérations de famille, de caste, d'hérédité, viennent à y prévaloir. Les neveux et les cousins de Jésus eussent causé la perte du christianisme, si déjà les Églises de Paul n'avaient eu assez de force pour faire contre-poids à cette aris tocratie, dont la tendance eût été de se proclamer

I. Eusèbe, //. E., III, 12, d'après Hégésippe; Orose, VII, 10. Cf. Eus., //. E., III, 19, 20, 32.

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seule respectable et de traiter tous les convertis en intrus. Des prétentions analogues à celles des Alidcs dans l'islam se fussent produites. L'islamisme eût certainement péri sous les embarras causéspar la famille du Prophète, si le résultat des luttes du 1er siècle de l'hégire n'eût été de rejeter sur un second plan tous ceux qui avaient tenu de trop près à la personne du fondateur. Les vrais héritiers d'un grand homme sont ceux qui continuent son œuvre, et non ses parents selon le sang. Considérant la tradition de Jésus comme sa propriété, la petite coterie des nazaréens l'eût sûrement étouffée. Heureusement ce cercle étroit disparut de bonne heure ; les parents de Jésus furent bientôt oubliés au fond du Hauran. Us perdirent toute importance et laissèrent Jésus à sa vraie famille, à la seule qu'il ait reconnue, à ceux qui « entendent la parole de Dieu et qui la gardent » '. Beaucoup de traits des Evangiles, où la famille de Jésus est présentée sous un jour défavorable 2, peuvent venir de l'antipathie que les prétentions nobiliaires des desposyni ne manquèrent pas de provoquer autour d'eux.

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