Le soir élant venu, il se rendit avec les douze
18. Et, étant à table, et mangeant, Jésus leur dit ; Je vous dis, en vérité, que l’un de vous, qui mange avec moi, me trahira (g).
(f) Vers. 13-15. — Strauss et les Allemands font ici une longue dissertation à propos de différences peu importantes qu’on remarque dans les récits des trois Synoptiques; ils se livrent à des spéculations incroyables. Un peu d'habitude de la vie des partis ét des conspirateurs ou révolutionnaires, qui se savent surveillés, leur aurait appris que Jésus devait avoir des intelligences en ville, avec quiil Correspondait par des moyens détournés, des signes de convention, de peur d’être surpris, employant des tiers qui ne savent à qui ils parlent, etc. — On a ici une scène de la vie des prosèrits;: forcés de se cacher, d'agir souterrainement, et d'échapper aux recherches de la police.
(9) Un des disciples de Jésus le trahit, probablement parce que sa foi judaique était scandalisée des opinions de Jésus touchant le Messie, témoignage terrible contre les chrétiens. (Cf. ci-dessus, 3-10.) Jésus le savait; il l’a souffert, il l’a voulu. (CF. le psaume ziv, versets 14-15 : Tu vero homo unanimis, qui semble avoir donné lieu à cette scène.) Jean en-
19. Ils commencèrent à s’affliger, et chacun d'eux lui demandait : Est-ce moi?
20. Il leur répondit : C’est l'un des douze, qui met la main avec moi dans le plat (k).
21. Pour ce qui est du Fils de l'homme, il s’en va, selon ce qui a été écrit de lui; mais malheur à l’homme par qui le Fils de l'homme sera trahi; il vaudrait mieux pour cethomme que jamais il ne fût né (i).
22. Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain; et, l'ayant béni, il le rompit, et le leur donna, en disant : Prenez; ceci est mon corps.
23. Et ayant pris le calice, après avoir rendu grâces, il.le Jeur donna, et ils en burent tous;
24. Et il leur dit : Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle . alliance, qui sera répandu pour plusieurs (7).
chérit encore sur Marc : il dit que Jésus savait la chose longtemps d'avance. (Cf. Jean, vi, 65, 71.) |
(h) VERSETS 18-20. — Cf. Luc et Jean, notes.
(à) Vers. 18-21.— Le soin que prennent les évangélistes de dire que la prévision de Jésus datait de loin, et de relever les symptômes de la défection de Judas, par exemple son mécontentement de l’onction de Jésus par Marie, tout cela prouve que Judas, à force de suivre et d'écouter Jésus, en était venu à le regarder comme un charlatan, un perturbateur, un anti-Messie, un ennemi de la nation. De pareils mécomptes attendent tous les novateurs, et j'en sais quelque chose. Au-premier moment, les zélés de la vieille école vous admirent; mais quand ils s’aperçoivent que vous ne marchez pas dans.leur voie, ils vous quittent, et finissent par concevoir contre vous autant de haine qu’ils avaient éprouvé d’enthousiasme. Judas fut un, de ces hommes, vrai Israélite, un zélote infatué de messianisme, et qui crut que Jésus était un ennemi du judaïsme ; ce qui à la fin se trouva vrai. (Cf. Matth.,
xxvI, 16-18, et Acé., 1).
(j) Vers. 22-24. — Cf. Matth., xxvr, 26, note 7.— Le quatrième Evangile explique tout cela en un sens purement métaphorique : de telle sorte qu’à vrai dire, il y a deux opinions dans le Nouveau Testament, deux exégèses sur l'Eucharistie,
23, Je vous dis, en vérité, que je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'à ce jour où je le boirai nouveau dans
le royaume de Dieu. L k 26. Et ayant chanté le cantique d'actions de grâces, ils s’en
allèrent sur la montagne des Oliviers. L * 27. Alors Jésus leur dit : Je vous serai à tous, cette nuit, une occasion de scandale; car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et
les brebis seront dispersées (k).. à PRES 28. Mais, après que je serai ressuscité, j'irai devant vous en
Galilée. 3 29. Pierre lui dit : Quand vous seriez pour tous les autres un
sujet de scandale, vous ne le serez pas pour moi.
30. Et Jésus lui repartit : Je vous dis, en vérité, que vousmême, aujourd’hui, dès cette nuit, avant que le coq ait chanté deux fois, vous me renoncerez trois fois.
31. Mais Pierre insistait encore davantage : Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renoncerai point. Et tous les autres
en dire autant (l).
(k Notez avec quel soin les évangélistes courent au-devant du scandale dont ils font parler Jésus! — Ce qui était scandaleux, en effet, c'était que leur Christ fût mort, qu’il eût été crucifié, qu’il se fût laissé prendre, etc. De telles choses étaient incompatibles avec la notion du Christ, ou Messie juif, dont le nom, la mission étaient synonymes de gloire, triomphe, toute-puissance, etc. Un Christ pauvre, persécuté, vaincu, mis à mort, couvert d’opprobre, était chose aussi contradictoire qu’un soleil sans rayons et ténébreux. Toute l'affaire est donc, en racontant la Passion, de relever la dignité du Messie spirituel, et d’arranger les choses de manière qu’elles prennent une apparence mystiquement rationnelle.
(t) Vers. 29-31.— Reniement de Pierre. Autre circonstance défavorable à la messianité de Jésus, et qui se travestit en un argument de cette même messianité. Fierre et les douze voyant Jésus pris, eux qui n'avaient jamais été bien sûrs qu’il fût le Messie, d’autant plus que Jésus lui-même s’en défendait, Pierre nie qu’il ait jamais regardé son maître comme un personnage messianique. Quels que soient les termes de ce reniement, au fond ce n’est pas autre chose. On objectait
32. Ils allèrent ensuite dans un lieu appelé Gethsémani, où il dit à ses disciples : Asseyez-vous ici jusqu'à ce que j'aie fait ma prière.
33. Et, ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, il commença à être saisi de frayeur, et pénétré d’une extrême affliction.
34. Alors il leur dit : Mon âme est triste ‘jusqu'à la mort; demeurez ici, et veillez.
35. Et, s’en allant un peu plus loin, il se prosterna contre terre, priant que, s’il était possible, cette heure s’éloignât de lui;
36. Et il disait : Mon Père toutes choses vous sont possibles ; transportez ce calice loin de moi; mais néanmoins que votre volonté s’accomplisse, et non pas la mienne.
37. Il revint ensuite vers ses disciples ; et, les ayant trouvés endormis, il dit à Pierre : Simon, vous dormez? Quoi! n’avez-vous pu seulement veiller une heure?
38. Veillez et priez, afin que vous n’entriez point en lentation : l'esprit est prompt, mais la chair est faible.
39. Il s'en alla pour la seconde fois, et fit sa prière dans les mêmes termes.
40. Et, étant retourné vers eux, il les trouva encore endormis; car leurs yeux étaient appesantis par le sommeil, etils ne savaient que lui répondre.
41, IL revint encore pour la troisième fois, et il leur dit : Dormez maintenant, et vous reposez: c’est assez : l'heure est venue; le Fils de l’homme va être livré entre les mains des pécheurs (m).
ceite conduite de Pierre aux néo-messianistes. Eh quoi! répond Marc, après Matthieu et Luc, vous citez le reniement de Pierre ! Jésus l’avait prédit! Mais Jean ne parle pas de cette prédiction ; après avoir montré Pierre comme un brave qui défend son maître l’épée à la main, il met son reniement tout entier sur le compte de sa frayeur.
(m) Vers. 33-41.— Cette longue scène de l’agonie, qui scandalisait les païens, et que les chrétiens se sont évertués à expliquer d’une facon honorable, est, à mon avis, une imitation des passages analogues des psaumes et des prophètes, où les envoyés de Jéhovah se plaignent amèrement de leur pénible et lamentable existence. À force de calquer les anciennes Ecritures et d'y conformer leur héros, les évangélistes ne se sont pas aperçus non-seulement qu’ils se met-
42, Levez-vous, allons; celui qui doit me trahir est bien près d'ici. .
43. Il parlait encore, lorsque Judas Iscariote, l'un des douze, parut, suivi d'une grande troupe de gens, armés d'épées et de bâtons, qui avaient été envoyés par les grands-prêtres, par les scribes et les sénateurs. ,
44. Or Judas, qui le trahissait, leur avait donné ce signal, et leur avait dit : Celui que je baiserai, c’est celui que vous cherchez; saisissez-vous de lui, et lemmenez sûrement.
taient en contradiction perpétuelle les uns avec les autres, mais qu’ils choquaient toutes les notions de convenance et même de vertu. Pour eux, ils n’ont voulu peindre qu’un prophète, le plus grand et tout à la fois le plus opprimé des prophètes. Autant ils exagèrent sa doctrine et ses miracles, autant ils hyperbolisent ses lamentations. Il a prévu et prédit sa mort, sans doute, et il l’a acceptée. Mais cela n'empêche pas qu’elle le fait frissonner, qu’elle l’ennuie et l’épouvante, qu’il voudrait éloigner ce calice, etc., etc. (C£., entre autres, le psaume xx1, cité plus bas par Marc ; le cantique de Jonas dans le ventre de la baleine, le puits de Jérémie, les impatiences d’Elie, les lamentations de David, psaume Liv et LxIx, et alibi passim.)
Outre cette explication biblique, on peut dire encore que Jésus dut éprouver une angoisse et un délaissement tout particuliers, non-seulement de ce qu’il se sentait perdu, mais de ce qu’il prévoyait douloureusement qu’il ne serait compris de personne, et que par conséquent il se serait sacrifié en vain. Ni ses disciples ne l'entendent, ni le peuple ne le comprend; tout conspire contre lui, tout le monde l’Aabandonne. La trahison se glisse jusque dans son intimité; l'ignorance, la barbarie, la lâcheté, la superstition et l'indifférence l’environnent. Au moins Elie, Elisée, Jérémie, etc., avaient toujours un parti pour eux. Ils succombaient, mais ils avaient la consolation d’être entendus : ils n'étaient pas seuls. Lui, il n’a en perspective que le désespoir. Devant cette explication, toutes les difficultés disparaissent, Comment Strauss ne l’a-t-il pas trouvée?
. 45. Aussitôt donc qu'il fut arrivé, il s’approcha de Jésus, et lui dit : Maître, je vous salue; et il le baisa.
46. Ensuite ils mirent la main sur Jésus, et se saïsirent de ui.
47. Un de ceux qui étaient présents, tirant son épée, en frappa un des gens du grand-prètre, et lui coupa une oreille,
48. Et Jésus leur dit : Vous êtes venus, pour me prendre, armés d'épées et de bâtons, comme si j'étais un voleur,
49. J'étais tous les jours au milieu de vous, enseignant dans le temple, et vous ne m'avez point pris; mais il faut que les écritures soient accomplies.
50. Alors ses disciples l’abandonnèrent, et s’enfuirent tous.
51. Or il y avait un jeune homme qui le suivait, couvert seulement d’un linceul ; et comme on voulait se saisir de lui,
52. Il laissa aller son linceul, et s'enfuit tout nu des mains de ceux qui le tenaient (x).
53. Ils amenèrent ensuite Jésus au grand-prêtre, chez qui s’assemblèrent tous les princes des prêtres, les scribes et les sénateurs.
54, Pierre le suivit de loin jusque dans la cour du grandprés, où, s'étant assis auprès du feu avec les gens, il se chaufait.
55. Cependant les princes des prêtres et tout le conseil cherchaient des dépositions contre Jésus, pour le faire mourir; et ils n’en trouvaient point.
56. Car plusieurs déposaient faussement contre lui; mais leurs dépositions ne s’accordaient pas.
57. Quelques-uns se levèrent, et portèrent un faux témoignage contre lui, en ces termes :
58. Nous lui avons entendu dire : Je détruirai ce temple, bâti par la main des hommes, et j'en rebâtirai un autre en trois jours, qui ne sera point fait par la main des hommes;