Mais ce témoignage-là même n'était pas encore suffisant
60. Alors le grand-prêtre, se levant au milieu de l'assemblée, interrogea Jésus, et lui dit : Vous ne répondez rien à ce que ceuxci déposent contre vous?
61. Mais Jésus demeurait dans le silence, et il ne répondit rien. Le grand-prêtre l’interrogea encore, et lui dit : Êtes-vous le Christ, le Fils du Dieu béni à jamais?
62. Jésus lui répondit : Je le suis; et vous verrez un jour le Fils de l’homme assis à la droite de la majesté divine, et venant sur les nuées du ciel.
(n) Vers. 51-52, — Trait naïf de la panique qui s'était emparée des apôtres.
63. Aussitôt le grand-prètre, déchirant ses vêtements, leur dit : Pourquoi cherchons-nous encore des témoins ? ;
64. Vous venez d'entendre le blasphème qu'il a proféré. Que vous en semble? Tous le condamnèrent comme ayant mérité la mort (0). ;
65. Alors quelques-uns commencèrent à lui cracher au visage; et, lui ayant bandé les yeux, ils lui donnaient des coups de poing, en lui disant : Prophétise qui l'a frappé, et les valets lui donnaient des soufflets.
66. Cependant Pierre étant en bas dans la cour, une des servantes du grand-prêtre y vint;
67. Et l'ayant vu qui se chauffait, après l'avoir considéré, elle lui dit: Vous étiez aussi avec Jésus de Nazareth.
68. Mais il le nia, en disant : Je ne le connais point, et je ne sais ce que vous dites. Et, étant sorti dehors pour énitrer dans le vestibule, le coq chanta.
69. Et une servante, l'ayant encore vu, commença à dire à ceux qui élaient présents : Celui-ci est de ces gens-là.
70. Mais il le nia pour la seconde fois. Et, peu de temps après, ceux qui étaient présents dirent encore à Pierre : Assurément vous êtes de ces gens-là ; car vous êtes aussi de Galilée.
71. Il se mit alors à faire des serments exécrables, et à dire en jurant : Je ne connais point cet homme dont vous me parlez.
(o) Vers. 61-64. — D'après les notes sur la messianité de Jésus (Luc, 11, 52, J'ean, 1, etc.), il est possible de répandre un nouveau jour sur l'accusation du grand-prêtre et de pénétrer au delà de la narration évangélique. Le grand crime de Jésus, en effet, c'était qu’il niait le Messie, et qu’il interprétait blasphématoirement, et contre les tendances nationales, les traditions prophétiques touchant ce personnage. Le narrateur me semble donc avoir probablement dénaturé, à force de concision, la vraie pensée de Jésus, pensée qui était débordée au temps où Marc écrivait, en lui faisant dire simplement : Oui, je suis le Messie, tandis qu'il entendait que le Messie n'était pas un homme, mais une réforme. — C'est cette réforme, dont l'effet était d’anéantir à la fois et le sacerdoce aaronique et les espérances juives, qui irritait au plus haut degré les chefs des prêtres, et qui amena l’étrange imbroglio entre eux et Pilate, et dont Jésus fut victime.
72. Aussitôt le coq chanta pour la seconde fois. Et Pierre se ressouvint de la parole que Jésus lui avait dite : Avant que le coq ait chanté deux fois, vous me renoncerez trois fois. Et il se mit à pleurer.