CHAPITRE XVII
S'humilier. Fair le scandale. Brebis égarée. Correction fraternelle. Puissance donnée aux apôtres. Dieu dans l'union. Pardon des injures. Créanciers débiteurs. .
1. En ce temps-là, les disciples s’approchèrent de Jésus, et lui dirent : Qui est le glus grand dans le royaume des cieux.
(e) Vers. 21-22.— Ces deux versets ressemblent à une interpolation : la scène passe subitement de Judée eh Galilée, et revient à Capharnaüm; tout cela sans liaison, pour dire que Jésus avait prophétisé qu’il ressusciterait.
(f) Vers. 23-24. — Jésus ne paraît pas avoir des notions fort exactes sur la nature de l'impôt. Voir le passage où il dit de rendre à César ce qui est à César, plus bas xxtr, 15 et suiv.
Les anciens Orientaux ne conçurent jamais le tribut comme une cotisation civique, mais comme un prélèvement seigneurial, un droit du vainqueur sur le vaincu. Si Jésus est le Messie, ce n’est pas à lui de payer tribut, mais de le recevoir ! C’est ce que tout le monde pensait alors. Que dit Jésus pour son excuse ? Il s’en tire assez mal; il allègue la nécessité de la paix, et finit par un miracle !...
2. Jésus, ayant appelé un petit enfant, le mit au milieu d’eux (4),
3. Et leur dit : Je vous dis, en vérité, que si vous ne vous convertissez, et si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. ;
&. Quiconque donc s’humiliera et se rendra petit comme cet enfant, celui-là sera le plus grand dans le royaume des cieux.
8. Et quiconque reçoit en mon nom un enfant tel que je viens de dire, c'est moi-même qu’il reçoit. |
6. Si quelqu'un scandalise un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui pendît au cou une de ces meules qu’un âne tourne, et qu’on le jetât au fond de la mer.
7. Malheur au monde, à cause des scandales ; car il est nécessaire qu’il arrive des scandales ; mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive.
8. Si votre main ou votre pied vous est un sujet de scandale (b), coupez-les, et les jetez loin de vous : il vaut bien mieux, pour vous. que vous entriez dans la vie, n'ayant qu’un pied ou qu’une main, que d’en avoir deux, et être jeté dans le feu éternel.
9. Et si voire œil vous est un sujet de scandale, arrachez-le, et le jetez loin de vous : il vaut mieux, pour vous, que vous entriez dans la vie, n’ayant qu’un œil, que d’en avoir deux, et être précipité dans le feu de l'enfer.
(a) Vers. 2 et sniv. — De la prédilection de Jésus pour l'enfance et les petits, cf. Matthieu, xvur, 2, 5, 10, 14; xIX, 143 xx, 15-16; Luc, iv, 46; x, 21 ; xvu, 2; xvur, 16, etc.
Ce n’est pas précisément l'humilité et la petitesse que Jésus prêche; c’est l’état jeune, sain, de la conscience, telle qu’on la trouve chez les enfants. Jésus avait observé que l'homme, en ceci semblable au singe et au félin, très-gentils tant qu’ils sont jeunes, et qui deviennent méchants en vieillissant, n'avait de bon que ses premières années, et que la seconde moitié, ou plutôt les trois derniers quarts sont mauvais. Redevenez jeunes : voilà, disait-il, la vraie palingénésie, et quand vous aurez rajeuni, ne vieillissez plus.
(b) Cf. plus haut, v, 30, où le sens de ce verset est plus clair. — Scandalizare, du grec oxavdw)ov, piége qu’on tend aux animaux pour les prendre, ou aux hommes pour les faire tomber. — Si ton œil, ta main, etc., est un piége, coupe-la. — Ne tendez pas de piéges aux enfants; ne les induisez point à mal, ni par paroles, ni par exemples.
10. Prenez bien garde de mépriser aucun de ces petits : je vous déclare que dans le ciel leurs anges voient sans cesse la face de mon Père, qui est dans les cieux.
11. Car le Fils de lhomme’est venu sauver ce qui était perdu.
12.- Si un homme a cent brebis, et qu’une seule vienne à s’égarer, que pensez-vous qu’il fasse alors? ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neufautres sur les montagnes, pouraller chercher celle qui s'est égarée ?
13. Et s’il arrive qu’il la trouve, je vous dis, en vérité, qu’elle lui cause plus de joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont point égarées.
1%. Ainsi votre Père, qui est dans les cieux, ne veut pas qu’un seul de ces petits périsse.
15. Si votre frère a péché contre vous, allez lui représenter sa faute en particulier, entre vous et lui ; s’il vous écoute, vous aurez’ gagné votre frère.
18. Mais s’il ne vous écoute point, prenez encore avec vous une ou deux personnes, afin que tout soit confirmé par l'autorité de deux ou trois témoins.
17. S'il ne les écoute pas non plus, dites-le à l’église; et s’il n’écoute pas l’église même, qu'il soit à votre égard comme un'païen et un publicain (c).
La
(c) Origine de l’excommunication. Toute la théorie des peines se trouve dans cette question unique. La nécessité de punir se manifeste dans toute société. On l'a vu dans notre grande Révolution, lorsque les progrès des idées conduisaient chaque jour à des épurations nombreuses, et à la désignation des suspects. D’après ce passage et ceux qui lui correspondent, l’excommunication n’était point dans l’origine, comme elle est devenue par la suite, un droit particulier au clergé; encore moins un moyen de proscription au bénéfice des prêtres et des évêques. Dès la fin du deuxième siècle, on voit le pape Victor exclure de la société chrétienne Polycrate, évêque d’Éphèse, et les chrétiens d’Asie qui n’avaient point voulu se conformer à une détermination prise par lui dans un concile de Rome relativement à la célébration de la Pâque. Mais cet acte arbitraire de Victor fut ouvertement désapprouvé par Irénée et les autres évêques romains, qui, dans un concile tenu à Lyon, lui écrivirent pour lui reprocher sa précipi-
18. Je vous dis, en vérité, tout ce que vous.liérez sur la terre sera lié aussi dans le ciel ; et tout ce que vous délierez sur la terre sera aussi délié dans le ciel.
19. Je vous dis encore que si deux d’entre vous s'unissent ensemble sur la terre, quelque chose qu’ils demandent, elle leur sera accordée par mon Père, qui ést dans les cieux.
20, Car en quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je m’y trouve au milieu d'eux.
21, Alors Pierre, s’approchant, lui dit : Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu'il aura péché contre moi? sera-ce jusqu’à sept fois? di
22. Jésus lui répondit : Je ne vous dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois. |
23. C’est pourquoi le royaume des cieux est comparé à un homme roi, qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs ;
24, Et ayant commencé à le faire, on lui en présenta un qui lui devait dix mille talents.
25, Mais comme il n'avait pas le moyen de les lui rendre, son maître commanda qu’on le vendit, lui, sa femme et ses enfants, et tout ce qu'il avait, pour satisfaire à cette dette.
26. Ce serviteur, se jetant à ses pieds, le conjurait, en lui disant : Seigneur, ayez un peu de patience, et je. vous rendrai tout.
27. Alors le maître serviteur, étant touché de compassion, le laissa aller, et lui remit sa dette. ;
28. Mais ce serviteur ne fut pas plutôt sorti, que trouvant un de ses compagnons qui lui devait cent deniers, il le prit à la gorge, pes presque, en lui disant : Rends-moi ce que tu me lois.
29. Et son compagnon, se jetant à ses pieds, le conjurait, en lui disant : Ayez un peu de patience, et je vous rendrai tout,
30. Mais il ne voulut point l'écouter ; et il s’en alla, et le fit mettre en prison, pour l'y tenir jusqu’à ce qu'il lui rendit ce qu’il lui devait.
31. Les autres serviteurs, ses compagnons, voyant ce qui se passait, en furent extrêmement affligés, et avertirent leur maïtre de tout ce qui était arrivé.
32. Alors son maître, l'ayant fait venir, lui dit : Méchant serviteur, je vous avais remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en ayiez prié :
33. Ne fallait-il donc pas que vous eussiez aussi pitié de votre compagnon, comme j'avais eu pitié de vous ?
tation. (Cf. Kuhn,, Thèse sur l’excommunication; cf. Luc, XVII, 3)
34. Et son maître, étant ému de colère, le livra entre les mains des bourreaux, jusqu’à ce qu’il payât tout ce qu’il lui devait. 35. C’est ainsi que mon Père, qui est dans le ciel, vous traitera, si chacun de vous ne pardonne, du fond de son cœur, à son frère, les fautes qu'il aura commises contre lui. |