ET V0 EXAMEN
être résumée) « on donnera à tous ceux qui ont déjà et ils seront comblés de bien; mais pour celui qui n’a point on lui ôtera même ce qu’il semble avoir, » Luc a inscrit la sentence suivante qui est précisément l'inverse, ou, pour mieux dire, la condamnation de la première : « On redemandera beaucoup à qui on aura beaucoup donné, et de celui à qui on aura beaucoup confié, on réclamera davantage. » (Luc, XIT, 47-48.)
Nous ne pousserons pas plus loin examen de la première classe de documents contenus dans la Section dogmatique. Ce qui précède suffit entièrement pour nous faire connaître l’usage que Luc en a fait, et notamment pour nous permettre d'affirmer que, sous beaucoup de rapports, cette section a tout le caractère d’une véritable étude, d’un véritable travail critique, fait sur divers points de doctrine que l’auteur a trouvés posés dans l'Évangile de Matthieu.
Nous pouvons maintenant passer à l’examen des documents de la seconde catégorie.
2 Passages communs à Matthieu et à Marc, déjà employés avec la rédaction de Marc dans la partie historique, employés de nouveau avec la rédaction de Matthieu, et pour une destination nouvelle, dans la partie dogmatique.
Le premier passage appartenant à cette catégorie qui, dans la Section intermédiaire, vient s'offrir à nous, est l’histoire de la mission donnée par Jésus aux soixante-douze (d’autres textes portent soixante-dix) disciples. Les autres évangélistes ne parlent point de cette mission, et on s’est étonné qu'ils eussent gardé le silence sur un acte aussi important de la vie de Jésus.
Mais l’étonnement cessera si lon considère que le fait ne repose que sur la garantie d’un texte de Luc, et notamment d’un texte composé comme l’est celui-ci.
En effet, sur les quatre parties dont il est formé, y compris le préambule, 1l y en a trois (première, deuxième, et quatrième; Luc, X, 1-2, 3-12, 16) qui sont tout simplement des fragments un peu arrangés du discours de Jésus aux douze apôtres et du préambule
de ce discours. La troisième partie (Luc, X, 13-15) provient également de l'Évangile de Matthieu, mais non du même passage. C'est un fragment du discours de Jésus relatif à Jean-Baptiste, fragment que Luc, comme nous l’avons dit, a détaché de l’ensemble pour le reporter à cette place.
Jusqu'ici 1l n’y a rien qui sorte de ce que nous connaissons des habitudes de Luc ; ce qui est nouveau le voici. Tout à l'heure, dans sa première section (IX, 1-6), Luc a déjà reproduit le discours de Jésus aux douze apôtres, mais en y employant le texte de Marc. Ici, il reprend chez Matthieu, en en conservant à très-peu près la rédaction (a), ce même discours, ou du moins la portion de ce discours parallèle au texte de Marc, et il en fait son discours de Jésus aux soixante douze disciples.
Pour cette création Luc n'a donc pas eu à faire grands frais d'imagination. Mais qu’a-t-il voulu ? Quel est l’objet de cette prétendue mission donnée aux soixante-douze disciples, contre-partie, ou pour mieux dire, copie de celle donnée aux douze apôtres (b)? Dans la pensée de l’auteur, l’un et l’autre morceau ont-ils dù subsister simultanément, ou, comme d’autres passages de la Section intermédiaire pourraient le donner à penser, a-t-il voulu préparer dans son second récit un élément destiné à remplacer ultérieurement le premier ? Si cela n’est point, quelle a été la destination de ce second récit? L'auteur a-t-il voulu , comme on l’a généralement pensé, montrer Jésus s'adressant par les soixante-dix disciples à tous les peuples (car 70 est, suivant la tradition biblique, le nombre symbolique des peuples) (c), tandis que, par les douze, il s'était adressé exclusivement aux Israélites? A cela, on peut objecter que les soixantedouze « envoyés dans tous les lieux où Jésus lui-même devait aller» (Luc, X, 4) ne sont pas allés chez ies Gentils, puisque Jésus
(a) Dans le préambule, Luc emprunte cependant à Marc cette circonstance que Jésus à envoyé ses disciples deux à deux. (Voy. Luc, X, 1; Marc, VI, 7).
(b) Luc a reproduit dans son nouveau récit jusqu'à la mention du retour des missionnaires. ( Voy. Luc, IX, 10, et X, 17.)
(c) Voy. Deuter., XXXIT, 8, et Exod., F, 5.
lui-même n°y est pas allé. Comme lui, toutefois, 1ls ont pu, selon le récit de Luc, aller chez les Samaritains, et c’est là une infraction formelle à la recommandation que, selon Matthieu, Jésus a faite aux douze apôtres.
Quelques pages plus loin (Luc, XI, 37-54) nous trouvons un discours de reproches adressé par Jésus aux pharisiens et aux docteurs de la loi, C’est tout simplement la copie du discours, ou du moins de la plus grande partie du discours d’objurgations que, dans l'Evangile de Matthieu, Jésus adresse aux pharisiens, alors qu'il les interpelle et les réprimandeé, devant le peuple, à Jérusalem. Luc à cependant rapporté ce même discours à sa place naturelle ( Lue, XX, 45-47) ; mais LR il s’est contenté d’employer le texte abrégé de Marc. Ajoutez que, comme introduction au premier discours, il a utilisé, en le modifiant légèrement, le prélude du discours aux pharisiens sur la tradition qu'il a, comme nous lavons dit, réservé pour cet objet ( Voyez ci-dessus, p. 204).
De même encore, après avoir dans sa premièfe section reproduit d’après Marc, et à la même place, l'histoire de l’homme à la main desséchée, que Jésus guérit un jour de sabbat (Luc, VE, 6-11 — Marc, IL, 1-6), dans sa Section intermédiaire, il fait avec le texte Correspondant de Matthieu, moyennant quelques changements sans importance, l’histoire de l’homme hydropique guéri le jour du sabbat. (Luc, XIV, 1-6 — Matth., XIF, 9-13). Un peu auparavant, nous trouvons même un troisième récit de même nature, rédigé cette fois d’après les deux textes, tout en s’éloignant beaucoup sur certains points de l’un et de l'autre. (Luc, XIE, 40-16.)
La Section dogmatique nous offre un quatrième exemple, trèsanalogue, quoique non tout à fait pareil aux précédents, de ce double emploi d'un même passage, reproduit avec le texte, tantôt du premier, tantôt du second Évangile. Matthieu et Marc rapportent l’un et l’autre le discours dans lequel Jésus décrit à ses disciples le siége futur de Jérusalem, et les signes de son avénement qui doit suivre la destruction de la ville sainte. Seulement le texte de Mat-
thieu renferme un certain nombre de passages qui ne se retrouvent
pas chez Marc. Luc a fait le départ exact de ces passages. Avec ceux communs aux deux évangélistes, et qui, chez tous deux, sont presque identiques, il a composé, à cette même place, un discours où Jésus décrit les signes qui précéderont la ruine de Jérusalem: et:son avénement. (Luc, XXI, 8-38 — Marc, XIII, 5-36.) Avec les autres passages, particuliers à Matthieu, il a fait, dans la Section dogmatique, un premier discours de Jésus exclusivement relatif aux signes qui devront précéder son avénement. (Luc, XVII, 22-37 — Matth., XXIV, 93, 27, etc.)
Nous avons d’ailleurs une preuve curieuse du soin et de la réflexion avec lesquels Luc a procédé dans cette circonstance. Parmi les versets, insérés dans ce premier discours, 1l y en a deux qui font exception à la règle que l’auteur s'était tracée, c’est-à-dire qui ne sont pas exclusivement propres à Matthieu, mais appartiennent au second aussi bien qu’au premier Évangile. (Luc, XVIE, 31 — Matth., XXIV, 17-18 = Marc, XII, 15-16) (a). Or Luc a si bien su ce qu'il faisait que dans le second discours de Jésus, tandis que pour tout le reste il a suivi très-fidèlement le texte à peu près identique en cet endroit de Matthieu et de Marc, il a remplacé par un texte nouveau les deux versets transportés par lui au premier discours. (Voy. Luc, XXI, 21. Note.)
Cette fois il est plus facile d'imaginer l'intention qui a fait agir Luc. Lorsqu'il écrivait, le siège de Jérusalem devait être un fait accompli depuis déjà longtemps, et cependant le second avénement de Jésus, qui, d’après les deux premiers Évangiles, aurait dû suivre immédiatement ce siège, demeurait toujours attendu. II y avait là une cause manifeste de discrédit pour la prophétie évangélique. Luc a voulu sans doute apporter un remède au mal en présentant une prédiction du second avénement, indépendante de la destruction de Jérusalem. On reconnaît ici la même pensée que dénotent ces mots intercalés dans le second discours de Jésus : «Et Jérusalem sera
(a) Au sujet du peu de convenance de ces deux versets à la nouvelle place où Luc les:a introduits, voyez Luc, XVII, 31, note.
foulée aux pieds par les Gentils, jusqu’à ce que le temps des Gentils soit accompli. » Par ces mots, et par ce qui suit, Luc semble avoir voulu subordonner le second avénement non point à la destruction, mais à la restauration de Jérusalem, et en reculer ainsi le terme à une époque beaucoup plus éloignée (a).
Ces quatre exemples réunis ne laissent aucun doute sur l'intention qu'a eue Luc de refaire, avec le texte de Matthieu, certains récits déjà rédigés par lui d’après le texte de Marc; et leur présence dans la Section dogmatique, où ils semblent dispersés au hasard, prouve qu’au moins sous quelques rapports, cette Section a servi à l’auteur comme de dossier pour y déposer des matériaux destinés à un usage ultérieur.
30 Passages exclusivement propres au troisième Évangile, contenus dans la Section dogmatique.
Dans notre Introduction et dans nos Notes, nous nous sommes occupés, soit d'apprécier le caractère de ces divers passages, soit d'éclaircir les difficultés que peut présenter leur rédaction. Nous ne reviendrons pas ici sur ce travail. Mais nous croyons devoir présenter dans le tableau suivant la série ‘complète de ces passages; on en pourra ainsi embrasser l’ensemble d'un coup d’œil (b).
1. Les habitants d’un village samaritain refusent de recevoir Rite
Jésus hs nu aa dti 3 0 D NTEX Sa 86.