‹ Les Évangiles ... première partieChapitre 272 sur 303 · III · texte numérisé non relu

III

« Race de vipères... » — A ce début, on reconnait tout d’abord la tendance antijudaïque qui caractérise l'Évangile de Luc. (Voy. Matth., Annexe Il.)

« Lui vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu. » — Ces derniers mots sont une addition du troisième Évangile. Ils s’expliquent par ce qui vient immédiatement après : « Il amassera le blé dans son grenier et il brülera la paille dans un feu qui ne s’éteindra jamais.» Plus loin (Luc, XII, 49-50), on lit aussi : «Je suis venu pour jeter le feu sur la terre, et que désiré-je, sinon qu’il s'allume. » Le feu dans lequel doivent être baptisés les Juifs est le feu du châtiment.

M IIL 252,

« Jésus avait environ trente ans lorsqu’il commença à exercer son ministère. » — A l'appui de cette donnée de Luc, nous n'avons

aucun autre témoignage; mais elle a pu être fournie par la tradition, et elle a pour elle la vraisemblance. Trente ans est bien l’âge qui moralement convient à Jésus au début de sa prédication.

A cette donnéese rattache d’ailleurs la détermination de l’ère chrétienne, telle qu’elle a été fixée au vi* siècle par Denys le Petit, puis légèrement modifiée par ses successeurs (a). En effet, Luc, en même temps qu’il nous donne l’âge approximatif de Jésus au moment où il est baptisé par Jean, nous apprend aussi que la prédication de Jean commença l’an 15° du règne de Tibère (Luc, IE, 4), soit la 29e année de l’ère chrétienne, puisque le règne de Tibère a commencé en l’anlAde cette ère. Or, le baptême de Jésus doit avoir suivi d’assez près, quoique non pas immédiatement, le début de la prédication de Jean. Déjà, en effet, il fallait que la réputation du Précurseur eût pu 5e répandre au loin, puisque le peuple affluait vers lui de toutes parts, et que déjà il avait eu le temps d’annoncer aux populations, qui croyaient voir en lui le Messie, «qu'il en viendrait après lui un autre plus puissant que lui. » Si donc, entre le commencement de la prédication de Jean en la 29° année de l'ère chrétienne, et le baptême de Jésus, on suppose un intervalle d’un an et quelques mois, on trouve que ce baptême a eu lieu environ en l’an 30 de l’ère chrétienne, ce qui correspond exactement à l’âge d'environ trente ans donné par Luc à Jésus en ce moment,

«Étant, comme l’on croyait, fils de Joseph... » — Nous avons déjà montré (Annexe I, $ II) l’incompatibilité de cette généalogie avec celle qui se trouve au commencement du premier Évangile; nous n'avons pas à y revenir. Du reste, à voir la manière artificielle dont elle est ici rattachée au texte, on serait tenté de croire qu’elle n'émane pas de Luc lui-même, et n’est qu’une interpolation. En absence d’autres preuves, nous ne nous sommes cependant pas

(a) Voy. Annexe 1, 8 V, le passage relatif à la fixation de l’ère chrétienne.

senti suffisamment autorisé à la considérer comme telle, et nous l'avons laissée à sa place consacrée dans ce troisième Évangile.

Pour le récit de la visite de Jésus à Nazareth, voyez notre Examen de l'Évangile de Luc, p. 208. |

UNIMAMOTE-

« L'esprit du Seigneur s’est reposé sur moi... » — (Voy. Isaïe, LXI, 1-2.)

« Pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres...» (Evangelizare pauperibus — EdayyeMoucfar mroyois ). — Le mot edayye- Acacbar dans la traduction des Septante, à laquelle ce passage est emprunté, ne peut avoir que le sens primitif que nous lui avons donné : « Annoncer une bonne nouvelle. » C’est donc à tort que la Vulgate a rendu ce mot par evangelizare, et de Sacy, d’après la Vulgate par « prêcher l'Évangile, » Évidemment il ne pouvait être question d’Évangile au temps d’Isaïe. (Voy. Marc, I, 4, note et ci-dessous, IV, 43.)

« .… Que je prêche la bonne nouvelle du royaume de Dieu. » (… Evangelizare regnum Dei. — Edayyelioucar ray faciketay rod Bed). — Ici, comme au passage précédent, bien qu'il s'agisse de . Jésus lui-même, et non plus d'Isaïe, nous traduisons ebxyyeh caca par « annoncer ou prècher la bonne nouvelle, » et non par «annoncer ou prècher l'Évangile. » Jésus n’a jamais pu faire usage du mot Évangile, dans le sens que ce mot à reçu, après lui, chez les chrétiens. (Voy. Marc, I, 1, note). D'ailleurs Luc lui-même, il faut lui rendre cette justice, semble avoir voulu, pour prévenir toute équivoque, éviter de faire usage du mot edæyyékov, à la différence de Marc, qui l’a souvent employé. (Marc, I, 4, 45; VIE, 35;

216 NOTES POUR LE TEXTE COMPARATIF 9 - X, 29; XIE, 103 XIV, 9; XVI, 48.) Luc, au contraire, s’est toujours servi Gu verbe ebayyekilouar. (Luc, TI, 18; IV, 18, 43; VIT 22; VIIL, 13 IX, 6; XVI, 16; XX, 1). Dans le premier de ces passages, il s'agit de Jean-Baptiste, et par rapport à lui le sens du verbe ed«yyexoua ne peut être douteux.

Comme ci-dessus (Luc, IV, 148) de Sacy a traduit, et toujours à tort : «Il faut que je prêche l'Évangile du royaume de Dieu. »

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